Vingt-deuxième semaine de 2004.
Si un pouvoir de substitution imbibé jusqu’à la moelle des préceptes de souveraineté, d’indépendance, de réformes politiques, démocratiques et économiques, de changement urgent des mentalités, de résistance, et d’égalité entre chaque citoyen au-dessous du droit voyait le jour au Liban, l’État ne serait plus dirigé par une troïka dont chacun des membres, qui a les deux autres en horreur, est devenu maître dans l’art du croc-en-jambe politique à n’importe quel prix ou du machiavélisme jusqu’au-boutiste réservé à ceux qui mourraient pour conserver un poste et éjecter l’adversaire. Si ce pouvoir voyait le jour, plus personne ne souffrirait, à tort ou à raison, de complotite aiguë, ne se prévalerait d’un monopole exclusif sur le sécuritaire, le militaire, l’économique, plus personne ne se déroberait à ses responsabilités, n’utiliserait la surenchère démagogique comme seul programme préélectoral. Si ce pouvoir voyait le jour au Liban, les manifestations contre la cherté de vie ne se limiteraient pas à une édition chaque douze ans et entraîneraient au moins une correction du tir par le gouvernement en place, à défaut d’un remaniement ou d’une démission. Si ce pouvoir s’installait un jour, les partis représentés au pouvoir se désengageraient de l’équipe ministérielle avant d’aller battre le pavé avec les mécontents. Si ce pouvoir venait à prendre les rênes, force est de parier que le respect mutuel, l’acceptation de l’autre et la confiance réciproque entre les citoyens, l’armée et les forces de l’ordre auraient trouvé un terreau bien plus fertile. Si ce pouvoir s’installait, aucun gouvernement, aussi fort et populaire fût-il, n’aurait tenu le coup après 7 morts et 50 blessés, résultats d’une criminelle volonté ou d’un simple dérapage ponctuel. Si ce pouvoir s’installait, la valeureuse armée libanaise qu’on assure être un archétype de convivialité et de coexistence n’aurait jamais été investie de missions qui n’ont pas à être les siennes. Si ce pouvoir était, aucune revendication populaire, anecdotique ou vitale n’aurait été, elle aussi, détournée, occultée, transformée en un bain de sang. Si ce pouvoir voyait le jour, les partis, tous les partis, ne seraient plus maîtres d’un quartier, honnis par les puissances étrangères, ou au-dessus de l’État. Si ce pouvoir était, l’État existerait. Si ce pouvoir était, on n’empêcherait pas les Libanais de débattre, même à quelques mois d’avance, de la plus importante de leurs échéances – la présidentielle –, pervertissant ainsi jusqu’à la moelle la vie et la pratique politique libanaises.
Vingt-deuxième semaine de 2004.
Si ce pouvoir de substitution, imbibé jusqu’à la moelle des préceptes de souveraineté, d’indépendance, de réformes politiques, démocratiques et économiques, de changement urgent des mentalités, de résistance, et d’égalité entre chaque citoyen au-dessous du droit voyait le jour au Liban, il n’y aurait plus eu cette insupportable assurance d’une classe dirigeante à l’encontre d’un peuple, civil soit-il ou militaire, ni ce mépris.
Cette brave et sotte Marie-Antoinette avait pourtant eu, elle, le bon sens de préconiser, à quelques enjambées de l’échafaud, les petits Lu de l’époque en cas de pénurie de pain. Pas les balles.
Ziyad MAKHOUL
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Si un pouvoir de substitution imbibé jusqu’à la moelle des préceptes de souveraineté, d’indépendance, de réformes politiques, démocratiques et économiques, de changement urgent des mentalités, de résistance, et d’égalité entre chaque citoyen au-dessous du droit voyait le jour au Liban, l’État ne serait plus dirigé par une troïka dont chacun des membres, qui a les deux autres en horreur, est devenu maître dans l’art du croc-en-jambe politique à n’importe quel prix ou du machiavélisme jusqu’au-boutiste réservé à ceux qui mourraient pour conserver un poste et éjecter l’adversaire. Si ce pouvoir voyait le jour, plus personne ne souffrirait, à tort ou à raison, de complotite aiguë, ne se prévalerait d’un monopole exclusif sur le sécuritaire, le militaire,...