Il ne nous reste plus qu’à prier
Élie Hobeika, Marwan Hamadé, Rafic Hariri... Même des années après la guerre, quand quelqu’un dérange, « on » s’arrange pour s’en débarrasser. Et pas discrètement en plus. Il faut que ça fasse le plus de bruit et de dégâts physiques et psychologiques possible. « On » s’amuse à distiller la terreur, réveillant des peurs enfouies tant bien que mal.
Et là, on se retrouve à regarder, désespérés, impuissants, des images d’un passé qu’on espérait révolu : des voitures en flammes, des corps calcinés, la peur... Où comptent-ils s’arrêter ? Qui sera le prochain sur leur liste ? Quand donc laisseront-ils ce pays en paix ? Quand donc les Libanais pourront-ils exprimer leurs opinions sans crainte de se faire assassiner ?
Il ne nous reste plus qu’à prier, toutes confessions confondues, pour que cet atroce assassinat ne soit pas le prélude à une escalade de violence, et que le pays parvienne à s’en sortir plus uni, plus attaché à sa liberté et sa démocratie.
Maya HOBEIKA
Microcosme et laboratoire
Chers amis,
Ce petit message pour vous préciser – vous confirmer – que vous disposez de lecteurs qui ne sont pas nécessairement émigrés. Je suis un Belge de 41ans amoureux du Liban. Je m’y intéresse particulièrement depuis que mon père y est allé au début des années 70 et ses récits à son retour m’ont toujours frappé au point que à Pâques de l’année dernière, j’ai réalisé mon rêve de visiter le Liban. Ce pays représente pour moi un microcosme et un laboratoire des enjeux pas seulement du Moyen-Orient, mais de la planète entière. Les questions fondamentales s’y posent avec une acuité particulière, Orient-Occident, cohabitation interreligieuse, modernité-tradition, ouverture sur le monde ou repli. Le livre Identités meurtrières de Amin Maalouf développe ces idées avec infiniment plus de finesse et d’intelligence que moi.
Je suis littéralement bouleversé par l’attentat du 14 février et suis particulièrement inquiet pour l’avenir de ce pays. Je tenais à vous dire que des personnes, de par le monde, sans avoir de sang libanais dans les veines, sont de tout cœur avec vous.
Jean-Luc ROBERT
France
Unis et responsables
Non, ce n’est pas un pays que l’on assassine, c’est juste un homme, tout puissant et aimé qu’il fût. Chers frères libanais, surmontez votre effroi et tenez bon le cap ! Vous le savez bien, c’est avec vos larmes et votre sang que l’on vous a vaincus. Ca suffit ! Montrez à tous ceux qui veulent semer le chaos chez vous, et ils sont nombreux, que vous êtes unis, responsables et déterminés à ne vous exprimer que par la seule arme digne du Liban : la démocratie.
Courage, nous sommes avec vous.
Jacqueline PETMEZAKIS
Le pays appartient à son peuple
Je commencerai par une des phrases les plus connues de Gibran Khalil Gibran remaniée pour l’occasion « Le pays ne vous appartient pas, il appartient à son peuple. »
Comme tous les Libanais, je suis scandalisé par ce qui c’est passé le 14 février 2005. Une fois de plus, la vie d’un Libanais a été enlevée sous le prétexte qu’il voulait défendre son pays et représenter son peuple. Il est bizarre ce pays ! Ceux que nous voulons comme hommes politiques disparaissent, et ceux que nous voulons voir disparaître restent...
Mais cette fois, les Libanais ne s’entre-tueront plus. Cette fois nous sommes unis, plus de barrières religieuses, sociales, politiques. L’énorme bruit de l’explosion résonne encore à nos oreilles et a réveillé en nous la colère, la révolte, la liberté, l’unité... Joumblatt, Aoun, Gemayel et les autres, ne nous laissez pas tomber, et surtout ne laissez pas tomber Rafic Hariri. Il a cru en vous. Qu’il ne soit pas mort pour rien... Que le Liban ne meure pas une fois de plus. C’est l’occasion ou jamais de s’unir et de montrer que le pays et son destin nous appartiennent.
Ziad ABDO
Émirats arabes unis
Restez forts et unis
Sincères salutations attristées.
Je suis un ami de votre beau et ancien pays. Je suis sincèrement attristé par ce qui vient de se produire. Restez forts et unis. Ainsi, votre homme d’État et patriote n’aura pas été sauvagement assassiné pour rien.
Un modeste Français qui aime votre pays et votre peuple.
Roger DOUARCHE
Moncourt, France
Plaidoyer pour la laïcité
Chers messieurs
J’aurai pu mettre des milliers de noms à côté des vôtres. J’aurai pu mettre les noms de tous ceux qui ont participé aux funérailles de notre cher disparu.
Aujourd’hui, c’est peut-être la seule et unique fois que vous êtes unis et réunis sous un même toit, et c’est sûrement le malheur qui vous réunit. Je vais vous suggérer de créer le bourgeon d’un parti politique national laïque qui pourrait être le point de depart d’un État laïque pour une nouvelle ère politique où l’alternance des pouvoirs se fera selon les différents programmes présentés par les partis laïques.
Dr Fouad ATIK
Une perte inestimable
J’avoue que je ne suis pas un grand fan de feu Rafic Hariri, mais je dois constater objectivement la gravité de la situation à laquelle nous faisons face au Liban. La disparition de Rafic Hariri est une perte inestimable. Elle a mis fin aux aspirations libanaises d’indépendance, de liberté et de progrès.
Toutefois, sa mort n’est point vaine. Elle sera l’étincelle qui mettra le feu aux poudres de la révolution.
Walid el-HACHEM
Que Dieu protège tous les innocents
En tant qu’expatrié, je déplore cet acte barbare qui ne sert que les intérêts des détracteurs de la paix et de la stabilité au Liban.
Toutefois, il m’est difficile de comprendre l’implication ou le rôle des Syriens dans cet attentat. Certes, vu ses différends avec M. Hariri, la Syrie est en première ligne des accusés. Mais n’est-ce pas justement l’intention des auteurs de ce crime haineux ? Autrement, à qui sert la déstabilisation du Liban, à la Syrie, à Israël, aux États-Unis, aux autres factions ?
Je trouve qu’il faut analyser les événements sous cette optique afin d’arriver à des conclusions valables.
Que Dieu protège tous les innocents de ce conflit qui semble se prolonger malgré l’espoir et la volonté des Libanais.
Viken FROUNDJIAN
Montréal
Mépris et dégoût pour les commanditaires
Il m’est impossible d’exprimer mon mépris et mon dégoût pour les commanditaires de ce meurtre.
Ceux qui ont perpétré cet acte lâche pensent que quelques kilos d’explosifs peuvent terroriser les Libanais et changer l’avenir.
Certes, ils ont réussi à assassiner celui qui incarnait espoir et confiance, mais désormais le peuple est uni contre l’occupant.
Le jour de la libération approche et justice sera faite très prochainement.
Chucri SERHAL
Des Français solidaires
Au moment où le Liban connaît des heures sombres, vraisemblablement fomentées par des personnes qui préfèrent la haine à la démocratie, en tant que Français ami du Liban, je veux vous témoigner de la solidarité de la France et des Français avec le peuple libanais et exiger son indépendance.
Dominique MOREL
Une stature internationale
Hariri était l’un des rares politiciens libanais encore vivants, sinon le seul, à avoir une stature économique et politique internationale, qui se répercutait sur le Liban. Sa mort enlève au Liban un peu de cette stature et le plonge dans un isolement et une situation pour le moins incertaine.
Hariri, d’une certaine manière, symbolisait une image philanthropique, bien rare durant la guerre, et l’image du père du Liban de l’après-guerre, ayant stabilisé pendant un certain temps la dérive économique du pays. Cette image a accompagné et dynamisé les efforts de reconstruction, malgré certaines bavures urbanistiques qui ont privé le centre-ville de Beyrouth de son âme levantine historique telle que nombre de Libanais de l’avant-guerre l’avaient vécue et dont ils gardent la nostalgie.
Malgré tout, Rafic Hariri avait replacé le Liban sur la mappemonde financière et politique. Lui disparu, le Liban replonge dans le vide et le malaise.
Jacques SALEH
New York
À qui profitent les crimes ?
La liste des personnalités politiques assassinées depuis 1976 m’amène à me poser une question à la fois simple et complexe : qui a pu profiter et profite toujours des différentes liquidations ayant eu lieu au Liban dont l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Harriri ?
Pour répondre à cette question, il convient de rappeler très brièvement la liste des principales personnalités assassinées et les circonstances de leur meurtre :
– Kamal Joumblat en 1977, quelques mois après le premier armistice durant la guerre libanaise ;
– Béchir Gemayel en 1982, au moment même où il réussissait à rassembler les Libanais autour d’un projet national ;
– Le mufti Hassan Khaled en 1989, pour avoir tenté un dialogue entre les divers partis libanais ;
– Le président René Moawad en 1989, pour avoir tenté d’entamer un dialogue avec le général Aoun afin d’aboutir à une solution du conflit libanais ;
– Rafic Hariri le lundi 14 février 2005, après avoir rejoint l’opposition et réussi à unifier le Liban en faveur de l’indépendance et du retrait des Syriens.
Une évidence ressort de cette revue : à chaque fois que les Libanais ont tenté de s’unir, leurs tentatives ont échoué en raison des attentats. La réponse à ma question me semble elle aussi évidente : ces assassinats profitent à ceux qui ont toujours divisé pour régner.
Au sujet des élections, les émigrés libanais ont un devoir essentiel : être à côté de leurs compatriotes au Liban le jour du vote. C’est une occasion historique et unique pour recouvrer notre indépendance. Nous sommes tous responsables du destin de notre pays. Nous serons au rendez-vous !
Ralph AZKOUL
Paris
Le compagnon de route de tout Libanais
Rafic Hariri est mort, assassiné, avec quinze autres personnes. Il est mort, lui qui a ressuscité le Liban. Il est mort dans le quartier des hôtels qu’il a revivifié. Il est mort et nos politiciens poursuivent leur danse macabre autour de sa dépouille. Si les assassins ont utilisé les explosifs pour le tuer, les politiciens utilisent la médisance et la calomnie pour se déchirer et tuer le Liban au passage. Hariri a construit. Leurs accusations intestines menacent son œuvre ainsi que son souvenir dans chaque pierre de chaque immeuble et chaque artère qu’il a reconstruits. Ils finiront par détruire l’œuvre qui est le fruit et le souvenir de son passage sur cette terre du Liban.
Que faut-il donc, après cette catastrophe, pour nous réveiller et nous ouvrir les yeux ? Quel choc pourrait être plus révélateur que cet assassinat ignoble de l’homme de l’unité et de la modération, celui qui a voulu rapprocher les Libanais ?
Peut-on scier la branche sur laquelle on est assis ? Nos politiciens ne devraient-ils pas suivre l’exemple de celui qui est mort pour qu’il ne soit pas mort en vain ?
C’est le moment pour nous de nous unir enfin. Le martyre de ce grand Libanais n’aurait pas été vain.
Roger AKL
Paris
Impardonnable !
C’est louche et c’est impardonnable ce qui vient de se passer !
Rafic Hariri est mort... qu’il repose en paix !
Mais n’oublions pas tous les autres qui sont morts aussi dans cet attentat tragique.
N’oublions pas aussi tous les bléssés et les familles des victimes.
C.H.
France
Un acte barbare
Comme chacun, quand j’ai pris connaissance de l’attentat dont Beyrouth, le Liban et, plus encore, votre ancien Premier ministre et son entourage ont été victimes, j’ai été envahi d’une grande émotion.
Je tiens à vous dire ma sincère affliction et combien je partage le sentiment de tristesse qui doit être le vôtre.
Si cet acte, dont on aurait pu espérer que le caractère barbare appartienne à un temps révolu, est incompréhensible, il n’écorne en rien l’amitié que j’ai pour le Liban et la foi que je mets à voir un jour une démocratie pacifique, souveraine et indépendante s’installer définitivement.
Vous le méritez.
Avec toute mon amitié et ma profonde sympathie.
André A. ANGLADE
Le crime ne doit pas rester impuni
Devant ce crime, tous les Libanais doivent s’unir, comme ils l’ont fait hier, et crier haut et fort à la face du monde que le Liban est leur mère patrie.
En tant que banquier libanais travaillant à Bruxelles, je présente mes vives condoléances à la famille du défunt le président Rafic Hariri et condamne cette attaque barbare contre le symbole de la reconstruction et de l’économie du Liban.
Ce crime ne doit pas rester impuni. Si la France et la communauté internationale ne réagissent pas pour faire cesser la violence et punir les coupables, cela équivaudra à cautionner les criminels et à leur laisser les mains libres pour perpétrer d’autres crimes au Liban.
Je demande aux Libanais de ne pas paniquer et de ne pas se ruer vers les banques pour convertir leur épargne. Le système bancaire libanais est solide et la Banque du Liban a suffisamment de moyens pour empêcher les spéculateurs de nuire à l’économie de notre cher pays.
Bassam SALAMÉ
Bruxelles
Le crime ne doit pas rester impuniPour un Liban indépendant
Je suis toujours bouleversée et incrédule. Cette fois, le coup a été bien trop dur.
La disparition de Rafic Hariri me peine énormément. Il a trouvé la mort pour avoir défendu le rêve d’un Liban libre et uni, pour avoir osé dire non. Nous le pleurons, au Liban, comme à l’étranger.
Faisons en sorte que sa mort soit une résurrection pour le Liban, et le Liban, c’est nous tous : chrétiens, musulmans, druzes...
Continuons de nous asseoir à une même table et de marcher côte à côte et pas seulement pour des funérailles. Faisons cela pour qu’il n’y ait plus de funérailles, pour qu’il n’y ait plus de crimes impunis, pour qu’il n’y ait plus d’occupation...
Unissons nos rangs pour faire resplendir le joyau de l’Orient. Un joyau a de multiples facettes, tout comme le Liban est multiconfessionnel.
C’est ce qui le rend unique et magique.
Mes condoléances à la famille Hariri, aux familles des autres disparus, au Liban tout entier.
En espérant que les leçons du passé (15 ans d’une guerre fratricide et vaine) restent dans les mémoires pour bâtir un Liban sain, indépendant et riche de sa variété.
Dalia BEJJANI
Ohio, USA
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