Les déclarations d’intention du sommet israélo-palestinien de Charm el-Cheikh en Égypte, proclamant solennellement la fin des violences entre Israéliens et Palestiniens, vont être mises à l’épreuve des faits dans les semaines et les mois qui viennent.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a annoncé « la fin des opérations militaires contre les Palestiniens partout », le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas promettant la fin de « tous les actes de violences contre les Israéliens et les Palestiniens où qu’ils soient ».
Mais des spécialistes du Proche-Orient mettent en garde contre un excès d’optimisme après ces annonces qui interviennent après plus de quatre ans d’intifada et d’espoirs souvent déçus.
« J’ai appris que sur la terre des prophètes, il vaut mieux ne pas se livrer au jeu de la prophétie », confie à l’AFP Eytan Haber, ancien conseiller du Premier ministre israélien assassiné en 1995 Yitzhak Rabin. « D’autant, ajoute-t-il, que l’expérience nous a montré que sombrer trop vite dans l’euphorie pouvait aboutir à de mauvaises surprises. »
Les accords d’Oslo de 1993, signés par Rabin et Yasser Arafat, le président de l’Autorité palestinienne décédé en novembre, avaient suscité un grand espoir dans la région, avant de capoter et d’être suivis par des flambées de violence. « Des sommets, nous en avons déjà vu beaucoup », rappelle le professeur de sciences politiques de l’Université hébraïque de Jérusalem, Avraham Diskin. « Il se peut que celui-là aboutisse vraiment à un arrêt complet de la violence, que l’on se dirige vers un État palestinien, mais tant qu’il n’y aura pas une reconnaissance générale du fait israélien dans la région, il n’y aura pas de paix », affirme l’universitaire. Ce qui ne l’empêche pas de considérer le successeur d’Arafat, Mahmoud Abbas, comme « un dirigeant plus réaliste, plus rationnel, avec lequel il est possible de discuter ».
Pour le professeur Shaul Michal, politologue à l’Université de Tel-Aviv, il est possible que les parties entament des négociations sur le statut définitif des territoires palestiniens « plus vite que nous le pensons ». À condition, fait-il valoir, que « nous assistions à un tremblement de terre politique qui permettra de redessiner la configuration des organisations palestiniennes » armées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Dany Rubinstein, spécialiste du monde arabe au quotidien Haaretz, met en garde lui aussi contre « le risque d’échec lorsqu’Israël et les Palestiniens aborderont les vrais problèmes », autrement dit la question de Jérusalem, la barrière de sécurité, la colonisation des territoires palestiniens. « Au-delà du sommet, ce qui est inquiétant, c’est que les problèmes les plus sensibles ne soient pas encore abordés », renchérit Khader Khader, expert palestinien du Jerusalem Media and Communication Center, à Jérusalem-Est. « Nous ne pouvons pas dire que nous sommes heureux, seulement soulagés de voir que le processus a bien commencé », a-t-il poursuivi, en regrettant qu’Israël bénéficie toujours du soutien inconditionnel des États-Unis. « L’essentiel, c’est ce qui va se passer une fois que les projecteurs de Charm el-Cheikh se seront éteints », souligne-t-il, en mettant en garde contre « l’émergence prochaine assurée de divergences majeures ».
Abdessallam Najjar, maire de Newe Shalom (Wahat al-Salam en arabe), localité près de Jérusalem où vivent des Israéliens et des Arabes, considère que les deux parties doivent changer radicalement leur approche sur le conflit. « Israël doit cesser de penser que sa sécurité ne pourra être assurée que par la force et les Palestiniens qu’ils parviendront à leur indépendance par des opérations terroristes », estime-t-il, en affirmant que « ce qui n’a pas marché dans le passé entre les négociateurs des deux bords ne marchera pas non plus à l’avenir si cette approche ne change pas ».
Patrick ANIDJAR (AFP)
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