Rechercher
Rechercher

Actualités

Le Point Le retour de l’honnête courtier

Tout secrétaire d’État qu’elle soit, Condoleezza Rice n’est pas femme à maquiller sa pensée derrière de belles tournures de style, de celles qu’affectionnent les diplomates. Et ses conseils résonnent comme autant de sentences qui tombent comme un couperet. Les Israéliens, vient-elle de décréter, doivent prendre des décisions « douloureuses », il appartient aux Palestiniens de tenir leurs engagements et ensemble, il leur est demandé de « vrais efforts pour la paix au Proche-Orient ». Discrète, avec cela. Ainsi, le sommet de Charm el-Cheikh, aujourd’hui entre Ariel Sharon et Mahmoud Abbas, sous la houlette tutélaire du roi Abdallah II et de Hosni Moubarak – lequel vient d’avoir droit lui aussi à une leçon de démocratie –, elle n’y sera pas présente, parce qu’il est préférable, a-t-elle jugé, que les deux camps progressent sans aucune aide extérieure. Mais alors la nomination d’un coordinateur spécial américain ? Officiellement, le général William Ward a pour tâche de superviser le respect par les uns et les autres de leurs engagements en matière de sécurité. Rien à voir donc avec la mission autrefois impartie en Irak à un certain L. Paul Bremer, ce qui est rassurant pour tout le monde. Tout de même, il y a quarante-six mois qu’aucun responsable américain d’un rang aussi élevé n’avait fait mine de soulever le couvercle du chaudron proche-oriental. Exactement depuis le mois d’avril 2002, quand Colin Powell avait entrepris, avec le peu de succès qu’on connaît, de mettre un terme au cycle infernal attentats-mesures de rétorsion. À l’époque, l’Administration Bush avait choisi de croiser le fer en terre mésopotamienne avec l’Internationale terroriste conduite par un certain Oussama Ben Laden, mettant sur « hold » la question de Palestine. Pour bien montrer que cette fois, il entend être efficace, Washington va faire dans les trois mois à venir un somptueux cadeau à la nouvelle Autorité incarnée par Mahmoud Abbas : 40 millions de dollars pour aider à la création d’emplois, à l’encouragement des investissements et à la relance de l’économie – vaste programme s’il en est. La somme, a-t-on précisé du côté du généreux donateur, ne fait pas partie des crédits de l’ordre de 350 millions promis par George W. Bush lors de son discours de la semaine dernière sur l’état de l’Union. Le chiffre est à rapprocher de l’aide consentie depuis des décennies à l’État hébreu et qui s’élève annuellement à 3 milliards de dollars. On est prié de s’abstenir de toute allusion, à ce propos, au pâté fabriqué à parts égales, un lièvre, un cheval. Quoi qu’il en soit, et comme pour couronner tous ces satisfecits, doublés de gestes sonnants et trébuchants, le successeur de Yasser Arafat et le Premier ministre israélien devront se présenter au rapport dans la capitale fédérale, d’ici à trois mois, alors qu’auront été finalisées les dispositions censées faciliter le démantèlement des colonies de peuplement dans la bande de Gaza et que le tandem Hamas-Jihad islamique aura prouvé qu’il a définitivement troqué le fusil pour le rameau d’olivier. Ainsi, tout est en place pour une exhumation de la « feuille de route » et une relance d’un processus de paix entré en hibernation après le déclenchement de la seconde révolte des pierres, en septembre 2000. Signe encourageant : en week-end, le blocage a été évité de justesse, cette fois sur la délicate question des prisonniers palestiniens, dont 900, sur un total de plusieurs milliers, doivent être relâchés dans les semaines à venir. Dans le lot, Tel-Aviv n’a pas prévu d’inclure certains détenus accusés d’attentats mortels, à moins qu’un accord sur ce point ne soit conclu lors de la rencontre d’aujourd’hui en territoire égyptien. Là encore, les Américains veulent laisser le dialogue suivre son cours et n’intervenir que quand se fera sentir le besoin de forcer la main des négociateurs. Telle fut par le passé la tactique adoptée par trois des responsables US qui ont marqué le plus durablement le processus pacifique régional : Henry Kissinger, Jimmy Carter, James Baker. Proche collaborateur des trois hommes, Aaron David Miller vient de rappeler fort opportunément qu’il faut savoir trancher, tout en faisant montre d’empathie et en ayant le sens du timing. Il est vrai qu’il rapporte aussi ce mot de l’ancien secrétaire d’État sous la présidence de Bush père : « Si c’était à refaire, je choisirais d’être négociateur au Proche-Orient. C’est la garantie d’un emploi à vie. » Surtout qu’une telle perspective n’aille pas décourager « Condie ». ils ne sont pas nombreux ceux qui accepteraient de tendre la main pour recevoir le témoin. Christian MERVILLE
Tout secrétaire d’État qu’elle soit, Condoleezza Rice n’est pas femme à maquiller sa pensée derrière de belles tournures de style, de celles qu’affectionnent les diplomates. Et ses conseils résonnent comme autant de sentences qui tombent comme un couperet. Les Israéliens, vient-elle de décréter, doivent prendre des décisions « douloureuses », il appartient aux Palestiniens de tenir leurs engagements et ensemble, il leur est demandé de « vrais efforts pour la paix au Proche-Orient ».
Discrète, avec cela. Ainsi, le sommet de Charm el-Cheikh, aujourd’hui entre Ariel Sharon et Mahmoud Abbas, sous la houlette tutélaire du roi Abdallah II et de Hosni Moubarak – lequel vient d’avoir droit lui aussi à une leçon de démocratie –, elle n’y sera pas présente, parce qu’il est préférable, a-t-elle jugé, que...