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Actualités - Opinion

Ce qu’ils en pensent CRISE SOCIALE

En moins d’une semaine, les prix de l’essence ont enregistré une hausse affolante. Au point que désormais, comme le fait justement remarquer le président de la centrale syndicale, le salaire minimum équivaut à quelques bidons d’essence. La crise internationale du pétrole ne justifie pas totalement la hausse des prix au Liban, mais bien qu’il traverse une période particulièrement difficile, le citoyen est-il prêt à descendre dans la rue pour réclamer ses droits ? C’est à M. Ghassan Ghosn, président de la CGTL, qui a appelé à une grève générale demain, que nous avons demandé ce qu’il en pense. Ghassan Ghosn, président de la CGTL Q : M. Ghosn, n’avez-vous pas parfois envie de démissionner, pour faire autre chose ? R : « Quoi par exemple ? Si vous me donnez une idée, je pourrais y réfléchir. Soyons sérieux. Je crois beaucoup à ce que je fais. J’appartiens à un pays qui a longtemps saigné et où au moins deux générations ignorent le pouvoir des groupes de pression et le rôle de la société civile. Je ne peux pas leur en vouloir de ne pas saisir l’importance de leur mobilisation pour réclamer leurs droits. Mais je pense par contre qu’il est de mon devoir de les aider à prendre conscience de leur pouvoir. Et je dois dire que je sens de plus en plus que les gens recommencent à reprendre goût à l’engagement social. Pour répondre à votre question, je ne suis donc ni déprimé ni désenchanté. Certes, j’aurais voulu que la mobilisation des gens soit à la mesure de leurs souffrances et des humiliations qu’ils subissent chaque jour. Mais j’entreprends une vaste opération de réveil de la population à l’action syndicale. Je me dévoue à cette tâche et j’espère la mener à bout. » Q : N’éprouvez-vous pas de l’amertume lorsque vous voyez des jeunes qui se mobilisent pour un slogan, mais pas pour des causes qui touchent à la vie quotidienne ? R : « S’il ne s’agissait que de slogans ! Ils descendent dans la rue pour une chanson, un programme à la télévision, mais pas pour le prix de l’essence. C’est, bien sûr, un peu décevant. Personnellement, j’essaie de discuter avec eux et chaque fois que j’expose mon point de vue, la réaction est la même : “Vous avez raison. Mais à quoi cela servirait-il de descendre dans la rue ?” Je pense qu’il faut surtout leur donner du temps. » Q : C’est vrai, à quoi cela sert-il, puisque vous agissez mais ne parvenez jamais à des solutions ? R : « Ce n’est pas le rôle des centrales syndicales, ni au Liban, ni en France, ni en Grande-Bretagne, ni nulle part dans le monde, de trouver des solutions. L’action syndicale vise à faire pression sur les autorités pour les pousser à en trouver. C’est pourquoi plus il y a de monde dans les rues, plus les pressions populaires ont des chances d’aboutir. » Q : À combien estimez-vous le nombre de personnes qui participeront au sit-in de demain ? R : « Nous avons appelé tout le monde à descendre dans la rue, les syndicats, les ordres professionnels, les organisations de la société civile, vraiment tout le monde. Et à en juger par les plaintes des citoyens, tous devraient participer à la grève et au sit-in. Pensez donc à l’équation inversée qu’on leur impose désormais : c’est à vous, leur dit-on, de supporter l’État, et non le contraire. C’est incroyable. Tout comme est incroyable le fait que l’État laisse ses raffineries vides, ne se soucie nullement de stocker l’essence, comme le font les États-Unis, et laisse la scène ouverte à toutes les commissions et autres importations pas toujours réglementaires. » Q : Mais n’est-ce pas irréaliste de réclamer que le prix du bidon d’essence soit fixé à 15 000 LL au lieu de 25 000 ? R : « Pourquoi irraliste ? Même dans la situation actuelle de hausse internationale des prix, le bidon est à 7 dollars, soit 10 500 LL. L’État peut fixer une taxe à 4 500 LL, soit 35 % du prix. N’est-ce pas suffisant ? Je ne vois pas pourquoi lorsque les prix doublent, la taxe doit le faire aussi, puisque l’État la calcule en pourcentage. C’est ridicule. Mais ce sont les gens qui doivent décider. S’ils pensent comme nous, qu’ils le disent en descendant dans la rue. S’ils ne le font pas, nous ne serons pas pour autant désespérés. Cela voudra simplement dire que nous n’avons pas assez fait pour les mobiliser. » Jihad Alam, étudiant en droit Q : Comptez-vous descendre dans la rue, à l’appel de la CGTL, pour protester contre le prix de l’essence ? R : « Non, je ne crois pas. À mon avis, cela ne sert à rien. Ils réclament la réduction du prix de l’essence et personne ne les écoute. Ils seront demain à peine quelques centaines et ils rentreront le soir chez eux, exténués, après avoir perdu une journée de travail. Et cela s’arrêtera là. Ce qu’il faudrait, c’est changer tout le système. Le problème du Liban n’est pas dans le prix de l’essence, mais dans sa classe politique et dans la tutelle syrienne. Le jour où les Libanais commenceront à traiter les vrais problèmes, ils auront une chance d’en sortir et le prix de l’essence ne sera plus qu’un détail. » Q : Ne croyez-vous pas qu’il faudrait peut-être commencer par les petites choses, celles qui touchent tous les Libanais ? R : « Si le prix du bidon d’essence baisse, est-ce que la situation du pays va s’améliorer, est-ce que la classe politique sera moins corrompue ou la dette publique réduite ? Est-ce que les Syriens interviendront moins dans la vie politique et est-ce que les gens cesseront d’aller voter pour ceux qui pourrissent leur vie ? Je préfère ne pas participer à ce genre d’action. » Scarlett HADDAD
En moins d’une semaine, les prix de l’essence ont enregistré une hausse affolante. Au point que désormais, comme le fait justement remarquer le président de la centrale syndicale, le salaire minimum équivaut à quelques bidons d’essence. La crise internationale du pétrole ne justifie pas totalement la hausse des prix au Liban, mais bien qu’il traverse une période particulièrement difficile, le citoyen est-il prêt à descendre dans la rue pour réclamer ses droits ? C’est à M. Ghassan Ghosn, président de la CGTL, qui a appelé à une grève générale demain, que nous avons demandé ce qu’il en pense.

Ghassan Ghosn, président de la CGTL
Q : M. Ghosn, n’avez-vous pas parfois envie de démissionner, pour faire autre chose ?
R : « Quoi par exemple ? Si vous me donnez une idée, je pourrais y réfléchir....