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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Parlons-en !

«Personnellement, je l’ai toujours tenu en haute estime ; mais face à cette nouvelle façon de voir les choses, à ces thèses nouvelles, tout ce que je peux dire c’est que je m’en remets à la grâce du Tout-Puissant. » Le chef du gouvernement syrien Otri n’a pas compris – et ne comprend toujours pas – comment le ras-le-bol libanais a pu gagner un allié aussi privilégié, aussi choyé même que Walid Joumblatt. Cet étonnement est à l’évidence des plus sincères, et c’est précisément cela le plus navrant : il montre en effet que l’on continue d’avoir bien du mal, à Damas, à saisir toute la mesure des bouleversements intervenus ces dernières années au plan international mais aussi local, et qui commandent impérieusement une redéfinition en profondeur des rapports syro-libanais. Et puisque les dirigeants de Syrie en sont à solliciter l’inspiration céleste, il n’est pas difficile d’imaginer le genre de message qui en toute logique – et en toute justice – devrait leur parvenir de là-haut : ce serait pour l’essentiel un conseil de réalisme, d’adaptation rationnelle aux réalités nouvelles, paradoxalement prodigué à un régime connu et même parfois admiré (notamment par Henry Kissinger) pour son grand pragmatisme. Fallait-il vraiment les attentats antiaméricains de septembre 2001, la campagne antiterroriste de George W. Bush, l’invasion de l’Irak, les GI’s postés à la frontière syrienne, le Syria Accountability Act et pour finir la résolution 1559 de l’Onu pour que les autorités de Damas s’aperçoivent enfin qu’il y a problème ; qu’elles ne peuvent continuer de laisser ostensiblement à des officines de renseignement le soin de distribuer directives, bons points ou blâmes aux dirigeants, députés et hauts fonctionnaires libanais ; et qu’il convient de mettre en place donc des canaux de communication, disons plus fréquentables. C’est cette approche new look, non plus froidement sécuritaire mais politique et diplomatique (encore que les Syriens détestent les implications libanaises de ce dernier terme), que traduisent les visites de Mohammed Naji Otri et de l’ambassadeur Walid al-Moallem. Escorté d’une bonne douzaine de ministres, le premier est venu réactiver lundi une série d’accords bilatéraux appelés à consolider une coopération demeurée jusqu’à ce jour bancale. Considérablement plus innovante est la mission du second, présent depuis hier à Beyrouth et qui, outre la classique tournée des officiels, a rencontré diverses personnalités de l’opposition, qu’elle soit déclarée ou feutrée. Aussi importante que l’événement en soi est cette dernière nuance qui, pour le moment du moins, n’offre à la vue qu’un panorama par trop schématisé et simplifié, et par conséquent trompeur : ici, des contestataires chrétiens dont les plus modérés n’acceptent rien moins qu’un repli immédiat des troupes syriennes sur la plaine de la Békaa, le retrait intégral devant être négocié par la suite conformément à l’accord de Taëf ; et là, des personnalités mahométanes nettement plus circonspectes, même quand elles déplorent l’immixtion des services parallèles, tant syriens que libanais, dans la vie politique locale. C’est dire (et cela sans mettre en doute un seul instant la représentativité des interlocuteurs d’al-Moallem) que si approche nouvelle il y a vraiment, si elle ne se réduit pas à une manœuvre visant à calmer les esprits ou à diviser l’opposition, elle ne connaîtra son point d’orgue que le jour où on se décidera enfin à dialoguer avec Joumblatt : Joumblatt interdit d’accès à la Sublime Porte aussi longtemps qu’il se refusait à faire d’abord antichambre – et acte d’allégeance – à Anjar ; Joumblatt encore, indispensable rouage d’une quête souverainiste débarrassée enfin de toute coloration sectaire ; Joumblatt enfin, dont les doléances recueillies en direct devraient permettre à M. Otri et à ses chefs de « comprendre » sans qu’il y ait lieu d’en appeler au Créateur.

«Personnellement, je l’ai toujours tenu en haute estime ; mais face à cette nouvelle façon de voir les choses, à ces thèses nouvelles, tout ce que je peux dire c’est que je m’en remets à la grâce du Tout-Puissant. »
Le chef du gouvernement syrien Otri n’a pas compris – et ne comprend toujours pas – comment le ras-le-bol libanais a pu gagner un allié aussi privilégié, aussi choyé même que Walid Joumblatt. Cet étonnement est à l’évidence des plus sincères, et c’est précisément cela le plus navrant : il montre en effet que l’on continue d’avoir bien du mal, à Damas, à saisir toute la mesure des bouleversements intervenus ces dernières années au plan international mais aussi local, et qui commandent impérieusement une redéfinition en profondeur des rapports syro-libanais. Et puisque les...