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Environnement : encore une année de perdue

Si l’on devait résumer en quelques mots la performance gouvernementale en matière de règlement des problèmes de l’environnement durant l’année 2004, on ne pourrait que se dire une fois de plus : encore une année de perdue. Les officiels semblent se complaire dans un surplace qui aggrave la situation et coûte des millions au Trésor, sans compter l’impact désastreux sur la santé, préférant ne pas faire face aux tentacules des investisseurs privés, probablement pour ne pas… être éclaboussés eux-mêmes par d’éventuels contrôles. Quoi d’autre pourrait justifier cet extraordinaire laxisme face à des actes répréhensibles comme l’exploitation sauvage et continue des carrières dans les zones vertes restantes du pays, ou comme ce nouveau phénomène, inquiétant au plus haut point, qu’est l’extraction du sable des dernières plages encore non envahies par le béton (notamment Nahr el-Kalb, à l’embouchure du fleuve, et Jieh, sous couvert de « nettoyage d’un bassin à l’intérieur de la centrale électrique »). Cette année a vu deux ministres, très différents l’un de l’autre, se succéder à la tête du département concerné. Le premier, Farès Boueiz, que la perspective d’occuper ce poste n’enchantait pas du tout au départ, a tenté de mettre un terme au chaos des carrières et de la chasse illégale en favorisant l’adoption d’un plan directeur pour les premières, et d’une loi pour la seconde. Les deux textes ont vu le jour mais sont quasiment morts-nés, puisque leur application est restée hypothétique. Le plan directeur des carrières, qui a fixé plusieurs sites dans tous les mohafazats (à part Beyrouth), a été critiqué : différents observateurs ont remarqué qu’il servait bien plus le clientélisme régional que les « critères scientifiques » sur lesquels il était supposé être bâti. Ce texte énonçait également les règles à suivre pour que les carrières ne soient plus exploitées aux dépens de l’environnement, mais d’aucuns ont douté du sérieux du contrôle qui aurait été effectué sur les sites, les expériences passées dans ce domaine n’étant pas du tout encourageantes. Enfin, le texte comportait une clause sur une garantie bancaire pouvant atteindre les 200 000 à 300 000 dollars, devant être utilisée pour la réhabilitation du site après exploitation. Aurait-elle été effectivement exigée ? Pour la chasse, la saison n’a pas été ouverte cet automne malgré la parution de la loi, en raison de garanties insuffisantes de bonne marche du processus. Pour des raisons politiques (la reconduction du mandat Lahoud auquel il s’opposait), M. Boueiz a présenté sa démission, tout comme trois autres ministres du bloc Joumblatt. Le cabinet a été ensuite remplacé, en octobre, par une équipe présidée par Omar Karamé, formée en grande partie de nouvelles figures dont l’une d’elles, Wi’am Wahhab, s’est vu confier le portefeuille de l’Environnement. Le nouveau ministre, réputé proche de la Syrie, a tout de suite affiché une volonté de traiter avec le plus grand sérieux les importants dossiers environnementaux qui souffrent d’une négligence endémique, notamment les carrières et les déchets ménagers. Il a même déclaré à L’Orient-Le Jour avoir obtenu « un feu vert des présidents Lahoud et Karamé » pour mener à bien sa tâche, en toute impartialité. Toutefois, un peu plus de deux mois plus tard (ce cabinet aura la vie courte puisqu’il devra démissionner à l’issue des élections parlementaires dans cinq mois), M. Wahhab n’a toujours pas entamé une quelconque action pour mettre un terme aux crimes perpétrés quotidiennement contre l’environnement. Un groupe de dix-sept ONG, qui ont médiatisé la scandaleuse affaire d’extraction de sable de Jieh il y a quelques jours, a même précisé avoir demandé en vain un rendez-vous au ministre pour soulever cette question. En revanche, celui-ci semble toujours prompt à faire des déclarations quotidiennes sur toutes sortes d’affaires très éloignées de l’écologie, prenant part activement au conflit opposant l’opposition plurielle à un pouvoir qui campe sur ses positions. Souvent, M. Wahhab paraît plus intéressé par des règlements de comptes avec M. Joumblatt (en prévision évidente des élections) que par les ordures qui s’amoncellent dans une décharge de Naamé depuis longtemps saturée, ce qui menace la capitale et ses environs d’une nouvelle crise si aucune solution sérieuse n’est envisagée. Et cette crise des déchets ménagers, rappelons-le, coûte beaucoup à l’État et au contribuable. Si la protection de l’environnement et la santé de la population ne constituent pas en soi des arguments assez puissants pour pousser le gouvernement à agir, celui-ci serait-il plus sensible aux raisons financières ? Selon une étude effectuée par une ONG, le Comité libanais de l’environnement et du développement, le problème des déchets a déjà coûté à l’État trois milliards de dollars entre 1992 et 1999 (avant le plan d’urgence). Aujourd’hui, chaque tonne nous revient à 106 dollars pour un traitement incomplet, puisque les compagnies ne compostent pas et ne recyclent pas autant de matières qu’elles devraient. Et la liste est longue... Suzanne BAAKLINI
Si l’on devait résumer en quelques mots la performance gouvernementale en matière de règlement des problèmes de l’environnement durant l’année 2004, on ne pourrait que se dire une fois de plus : encore une année de perdue. Les officiels semblent se complaire dans un surplace qui aggrave la situation et coûte des millions au Trésor, sans compter l’impact désastreux sur la santé, préférant ne pas faire face aux tentacules des investisseurs privés, probablement pour ne pas… être éclaboussés eux-mêmes par d’éventuels contrôles. Quoi d’autre pourrait justifier cet extraordinaire laxisme face à des actes répréhensibles comme l’exploitation sauvage et continue des carrières dans les zones vertes restantes du pays, ou comme ce nouveau phénomène, inquiétant au plus haut point, qu’est l’extraction du...