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Actualités - Opinion

Dette - Comment franchir la haie de 2006 Un tremplin, la société civile

«Une histoire, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur… » Tout à fait shakespearien, feu l’an 2004. Du moins dans son dernier tiers. Car jusqu’à la funeste fumisterie du 3 septembre, du coup d’État syrianisé, l’année avait été marquée par quelque espérance. Les Syriens faisaient risette à Bkerké. Et inventaient même, la main sur le cœur, la « libanisation ». Puis, malgré la 1559, la prorogation. Et la kyrielle de secousses qui en découlent, n’en finissent pas, débordent déjà sur 2005 et mordent sur les législatives. Un dur combat est engagé, là où tout aurait pu se passer gentiment. Pour que la normalisation, inéluctable, se fasse à l’amiable. Et que ce pays exsangue puisse s’attaquer à sa misère. Traiter ce problème national qu’est la dette publique. Pur reflet de la condition humaine : comme la fatalité de la mort, on vit avec, au jour le jour, comme si elle n’existait pas. Ou en se disant qu’on n’y peut rien. Au mieux, en en parlant à des fins d’exploitation politique. Un prêté pour un rendu, puisque ce fardeau est le produit direct des égarements de la politique. Corruption, racket, en tête. De combien le Liban est-il endetté ? De 35, de 40 milliards de dollars ? Dans ces eaux-là. Il arrive en tout cas à saturation. Les banques, principal créancier, font savoir que le plafond de leur capacité d’aide est largement crevé. Qu’elles ne peuvent plus mettre la main à la poche. Or, le temps court vite : en 2006, outre le service courant (paiement des intérêts), il faudra rembourser quelque 24 milliards de dollars du principal. Mission impossible, si le politique brouillon, qui accapare tout ou presque, continue – au nom de la loi – à gérer ce lourd contentieux financier. Ce pays court-il donc à la faillite ? Pas du tout. Du fait, paradoxal, de sa situation géopolitique dans une région effervescente où se joue la paix même du monde, il bénéficie d’un moratoire aussi certain que tacite. Mais si le pire n’est pas à redouter, l’échéance de 2006 augure de jours sombres, en termes de pauvreté généralisée, de vagues titanesques de drames sociaux. Il faut le souligner : le Liban a la chance de disposer d’un think tank technique hors pair. Il a pu ainsi empêcher, cette année, le cancer de métastaser. Grâce à l’habile expédient d’opérations swap. Lancées en août et clôturées en octobre. Avec pour résultat un amortissement de 2,3 milliards de dollars des eurobonds venant à expiration dès 2005. Mais ce report, il a fallu en payer le prix : l’eurobond de 100 dollars a coûté 3 dollars de plus. Que des intérêts élevés s’affichant suivant les catégories, à 10,25 et 9,375 %. Les obligations étant reportées respectivement au 5 mars 2010 et au 7 septembre 2012. Sur des tranches d’un milliard, de 850 millions et de 450 millions de dollars. Pas grand-chose, comparé au total. Que l’on a dû d’ailleurs augmenter. Par des obligations à 7,75 % sur cinq ans. Taux qui risque d’être renégocié à la hausse, car les grandes banques créancières s’en plaignent. Toujours est-il que les tours de passe-passe de nos cadres représentent quelque 250 millions de dollars d’économie. Comme quoi, le succès enregistré reste par trop relatif. Un modeste palliatif. Auquel s’ajoute le soutien des injections sur le marché des fonds fournis par la diaspora : 2,3 milliards de dollars en 2003. Tout cela étant insuffisant pour éviter une crise grave en 2006, il faut se tourner vers les causes. Vers les dérives du politique. Nul n’ignore, par exemple, que sans les désaccords des dirigeants (ou encore sans leurs accords, synonyme de copartage graveleux !), la situation financière de ce pays aurait été moins catastrophique. Nul n’ignore non plus le poids de la redevance acquittée, sous diverses formes aux tuteurs (au moins 3 milliards de dollars par an, sans compter la ponction des ouvriers syriens). Sur ce plan précis, tout prête à croire que cela va s’améliorer. À partir du moment où la 1559 sera appliquée. Mais il reste le gros du travail. C’est-à-dire, tous les professionnels le savent, le rétablissement de la confiance. Dans le personnel politique, elle est définitivement compromise à court terme. Car on ne voit pas comment, avant les fatidiques trois ans, l’opposition pourra prendre le pouvoir. Il est donc nécessaire de se tourner vers une troisième partie, fiable. Autrement dit, vers la société civile. Qui, d’une manière générale, n’obéit pas à des pulsions politiciennes, quand il s’agit d’affaires. Et qui a bien mieux, par sa nature d’élément actif du marché au sens large du terme, le sens de l’intérêt collectif que les soi-disant responsables. Qui d’ailleurs, consciemment ou non, commencent à s’en remettre côté économie, mais aussi côté orientation morale générale, à cette société civile. On aura ainsi noté avec satisfaction cette première qu’est la désignation de deux ministres en jupon, dont l’une, Leila Hamadé, s’est d’ailleurs vu confier l’Industrie. Et l’on aura appris, avec non moins de satisfaction, que les Finances ont été attribuées au spécialiste qu’est Élias Saba, l’Économie à l’éminent Adnane Kassar et l’Énergie à l’énergique Maurice Sehnaoui. Cependant, le présent cabinet est provisoire, bien que tumultueux. Il ne s’occupe, pour le fond, que des élections, en s’agitant beaucoup pour servir les desseins du pouvoir et du vrai pouvoir. Il renonce même à faire passer le budget remarquable préparé par Fouad Siniora. En d’autres termes, ce n’est pas cette fois encore qu’on pourra voir redresser la barre, sur le plan financier et économique. Il faut placer l’espoir dans le prochain gouvernement. Et dans l’effacement des politiques tout autant devant les experts que devant un plan unifié de redressement. Jean ISSA
«Une histoire, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur… » Tout à fait shakespearien, feu l’an 2004. Du moins dans son dernier tiers. Car jusqu’à la funeste fumisterie du 3 septembre, du coup d’État syrianisé, l’année avait été marquée par quelque espérance. Les Syriens faisaient risette à Bkerké. Et inventaient même, la main sur le cœur, la « libanisation ». Puis, malgré la 1559, la prorogation. Et la kyrielle de secousses qui en découlent, n’en finissent pas, débordent déjà sur 2005 et mordent sur les législatives. Un dur combat est engagé, là où tout aurait pu se passer gentiment. Pour que la normalisation, inéluctable, se fasse à l’amiable.
Et que ce pays exsangue puisse s’attaquer à sa misère. Traiter ce problème national qu’est la dette publique. Pur reflet de la...