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Actualités - Opinion

Un ballon d’oxygène pour une économie en sursis

À en croire les projections concernant la croissance libanaise en 2004 émanant de diverses sources – des banques commerciales au FMI, en passant par le ministère des Finances –, la santé économique du pays a été florissante au cours des 12 derniers mois. Au moins 3 % pour les uns, 5 % pour les autres, l’augmentation du PIB en 2004 est quasi unanimement considérée comme acquise, même si elle est absolument impossible à quantifier réellement faute de statistiques macroéconomiques valables, en l’absence d’appareil efficace de comptabilité nationale. Qu’à cela ne tienne, quelques indicateurs suffisent à conforter les analystes du rebond : les importations et les exportations sont en très forte hausse, ainsi que le nombre de touristes, tandis que les investissements fonciers et les dépôts des banques continuent d’augmenter, sans compter la reprise du cours de l’action Solidere qui a doublé en un an ! Tous les indicateurs du système économique libanais d’après-guerre étaient au vert en 2004, pour la première fois depuis des années. Un simple exemple, après quatre à cinq années de baisse, les ventes de voitures neuves ont redécollé à la hausse en 2004. En sursis, le Liban a bénéficié une nouvelle fois d’une conjoncture favorable. La reconstruction de l’Irak a constitué un appel d’air inespéré pour commerçants et industriels, tandis que certains secteurs ont ponctuellement eu de bonnes surprises, comme par exemple l’ouverture du marché syrien pour les cimentiers libanais qui cherchaient par tous les moyens à écouler leurs excédents de production. Les répercussions des attentats du 11 septembre 2001 ont, quant à elles, continué de produire leur effet sur une économie dont la survie dépend de l’injection permanente de capitaux frais. Une légère crainte a surgi à ce propos en fin d’année, à cause des tensions qui ont entouré la prorogation du mandat présidentiel d’Émile Lahoud, mais elle a été vite apaisée : au-delà des divergences politiques, trop d’acteurs avaient intérêt à éviter une crise. Malheureusement, le ballon d’oxygène dont a bénéficié l’économie en 2004 n’a pas été mis à profit pour entamer les réformes structurelles dont le caractère urgent est sans cesse répété. Sur un plan strictement financier, même si la dette a continué d’augmenter, les dégâts ont été limités grâce à Paris II qui a donné sa pleine mesure sur le budget 2004, en provoquant une baisse très sensible du service de la dette. La restructuration de la dette dont le but était d’échanger des emprunts en livres par des emprunts moins coûteux en devises a réussi à alléger la charge financière annuelle liée à la dette. Mais, ce faisant, l’État s’est lié davantage encore les mains, car tous les ans, il lui faut consacrer des montants de plus en plus élevés de devises au remboursement de la dette en devises. Le casse-tête de l’énorme échéance initialement prévue en 2005 a été provisoirement résolu, grâce à une opération de swap qui a reporté le remboursement à plus tard. De ce point de vue donc, la fuite en avant continue, à vive allure. La relative bonne tenue des résultats budgétaires s’explique par ailleurs par la forte augmentation des recettes fiscales, emmenées par la TVA qui est désormais l’une des principales sources de revenus de l’État. Pas la peine de s’appesantir sur la signification sociale du phénomène : en augmentant la ponction fiscale pour assurer le service de sa dette, l’État libanais développe un système fiscal de redistribution inversée qui, au lieu de puiser dans la poche des plus riches pour venir en aide aux plus pauvres, consacre toute son énergie à rémunérer ses créanciers. En continuant de faire de la stabilité monétaire l’unique objectif de sa politique de court terme sans s’attaquer aux déséquilibres structurels de l’économie réelle, l’État libanais a une nouvelle fois fait la preuve en 2004 de son incurie. Ce qui n’a pas empêché des avancées dans tel ou tel domaine : les efforts épars de certaines administrations, comme ceux du ministère de l’Économie pour préparer l’adhésion du Liban à l’OMC, ou ceux du ministère des Finances dont le projet de TVA est une réussite ; des réalisations institutionnelles ici et là, l’inauguration du nouveau terminal de conteneurs du port de Beyrouth, par exemple ; ou les performances de telle ou telle entreprise privée, etc. Mais toujours pas, en 2004, d’effet d’accumulation au niveau national. Sibylle RIZK
À en croire les projections concernant la croissance libanaise en 2004 émanant de diverses sources – des banques commerciales au FMI, en passant par le ministère des Finances –, la santé économique du pays a été florissante au cours des 12 derniers mois. Au moins 3 % pour les uns, 5 % pour les autres, l’augmentation du PIB en 2004 est quasi unanimement considérée comme acquise, même si elle est absolument impossible à quantifier réellement faute de statistiques macroéconomiques valables, en l’absence d’appareil efficace de comptabilité nationale.
Qu’à cela ne tienne, quelques indicateurs suffisent à conforter les analystes du rebond : les importations et les exportations sont en très forte hausse, ainsi que le nombre de touristes, tandis que les investissements fonciers et les dépôts des banques continuent...