Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Le point Un président, deux Palestine

Stratège de talent mais aussi excellent tacticien, Marwan Barghouthi vient de donner aux siens et au monde une nouvelle preuve de son talent de manœuvrier. Mahmoud Abbas attendait-il son appui ? Il le lui apporte, après avoir laissé entendre par son épouse Fadwa qu’à tout prendre, il se verrait bien monarque plutôt que faiseur de roi. Puis soudain le revoici, ayant opéré une de ces volte-face dont il a le secret, de nouveau propulsé sur le devant de la scène avec l’annonce de sa candidature à la présidence de l’Autorité palestinienne, quelques heures à peine avant l’expiration du délai pour le dépôt des inscriptions. Panique dans les rangs du Fateh, qui venait à peine de désigner Abou Mazen comme son unique candidat et qui, du coup, voit se profiler à l’horizon le risque de cette scission que nombre de ses dirigeants appréhendaient depuis la disparition brutale du vieux raïs. Pour se rassurer autant, semble-t-il, que pour calmer les craintes de leurs sympathisants, les dirigeants du mouvement se sont hâtés jeudi d’indiquer qu’il s’agira d’une initiative prise à titre indépendant, feignant d’ignorer que l’intéressé l’avait déjà précisé dans sa démarche opérée la veille. Nabil Chaath y est allé, lui, d’un commentaire qui se voulait explicatif mais qui en fait n’explique rien : » Il n’est pas certain qu’il va continuer et il pourrait décider plus tard de se retirer en faveur de notre représentant », a-t-il jugé utile d’affirmer. Mais alors, pourquoi s’être lancé dans la bataille ? Dans le parloir de la prison de Beersheva où il est incarcéré depuis avril 2002, Barghouthi, dit-on, a conféré auparavant avec son épouse et deux officiels palestiniens, dont un de ses lieutenants, Kaddoura Farès. Il faut croire pourtant que sa décision, il l’a longuement mûrie « après avoir reçu des centaines de messages de la base du Fateh et de nombreuses personnalités et cadres palestiniens ». Qu’en termes parfaitement limpides cela est dit ! Entre la vieille garde revenue d’exil en 1994 avec Yasser Arafat et les jeunes loups qui ont mené deux « révoltes des pierres », le fossé est abyssal, même si les deux camps se rejoignent sur le principe de la création d’un État palestinien englobant la Cisjordanie et la bande de Gaza ainsi que la partie orientale de Jérusalem. Par contre, les divergences sont nettes dès lors qu’il s’agit de la lutte armée, « justifiée » pour la génération présente, « grave erreur » pour les aînés. Membre dès l’âge de 15 ans de la principale composante de l’OLP, Barghouthi le passionné est adulé par les jeunes. Arrêté à 18 ans, il purge une longue peine de prison, puis, à sa sortie, s’inscrit à l’université de Bir Zeit où il décroche un mastère en relations franco-arabes. En 1987, il est déporté vers la Jordanie où il coopère avec Khalil el-Wazir, le compagnon de lutte d’Abou Ammar. 1996 le voit faire son entrée au sein du Conseil législatif palestinien où il accable les aînés et se bat pour obtenir des réformes favorables aux jeunes. Son ton se durcit nettement avec le déclenchement de l’intifada II et il passe pour être l’inspirateur sinon le leader des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, ce qui lui vaut les cinq condamnations à vie dont l’ont gratifié en avril 2002 les tribunaux israéliens. L’homme maîtrise à la perfection l’hébreu et il passe pour le meilleur connaisseur de la mentalité des dirigeants de l’État sioniste. En somme, il possède le parfait profil du parfait négociateur, quand sonnera l’heure du dialogue avec Tel-Aviv. Mais si le président israélien Moshe Katsav s’est déclaré disposé à examiner un éventuel recours en grâce, pour le ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom, il reste « un criminel » avec lequel on ne saurait composer. Que se passerait-il si le représentant du Fateh venait à perdre l’élection ? Personne pour l’instant ne veut envisager une telle possibilité tant elle paraît étrange. Pensez donc : des négociations entre un président-prisonnier et ses geôliers – à supposer qu’Ariel Sharon en accepte l’idée !... Mais auparavant, comment voteront les Palestiniens inscrits sur les listes électorales (71 pour cent sur un total de 1,3 million) ? On voit d’ici la base sur laquelle s’opérera le clivage : ceux « de l’intérieur » et les jeunes avec Barghouthi ; les autres avec Abbas. Confronté bien malgré lui à une situation sur laquelle il n’a aucune prise, le mouvement de la résistance islamique Hamas refuse de prendre part à une consultation destinée, selon lui, à redorer le blason d’une Autorité palestinienne issue des accords intérimaires de paix qu’il rejette. On dira à juste raison que tout cela fait un peu désordre. Avouons toutefois qu’Abou Ammar y reconnaîtrait les siens. Christian MERVILLE
Stratège de talent mais aussi excellent tacticien, Marwan Barghouthi vient de donner aux siens et au monde une nouvelle preuve de son talent de manœuvrier. Mahmoud Abbas attendait-il son appui ? Il le lui apporte, après avoir laissé entendre par son épouse Fadwa qu’à tout prendre, il se verrait bien monarque plutôt que faiseur de roi. Puis soudain le revoici, ayant opéré une de ces volte-face dont il a le secret, de nouveau propulsé sur le devant de la scène avec l’annonce de sa candidature à la présidence de l’Autorité palestinienne, quelques heures à peine avant l’expiration du délai pour le dépôt des inscriptions. Panique dans les rangs du Fateh, qui venait à peine de désigner Abou Mazen comme son unique candidat et qui, du coup, voit se profiler à l’horizon le risque de cette scission que nombre de ses...