Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a songé de son propre aveu à un coup de force militaire pour obliger le gouvernement à déclencher la guerre en juin 1967, alors qu’il était général, mais le projet a fait long feu, révèle une étude.
M. Sharon a confié avoir envisagé à l’époque que « l’armée prenne le pouvoir pour contraindre le gouvernement à se décider » à lancer une attaque préventive contre l’Égypte. On savait que l’armée avait exercé une pression considérable sur le gouvernement, mais le fait qu’Ariel Sharon ou d’autres généraux aient songé à une espèce de putsch constitue une révélation.
« Pour la première fois, j’ai eu alors le sentiment qu’une telle chose pouvait se produire en Israël et serait bien accueillie » par la population, a confié M. Sharon au service historique de l’armée, dans un témoignage publié par la revue Maarakhot du ministère de la Défense. « Il ne s’agissait pas pour l’armée de prendre le pouvoir et de diriger le pays mais de décider » à la place du pouvoir civil, ajoute M. Sharon qui faisait partie à l’époque de l’état-major et commandait une division blindée dans le sud d’Israël.
Il souligne qu’aucune mesure concrète n’avait été prise en vue d’exécuter un tel plan et qu’il en avait parlé le 28 mai 1967 avec le chef d’état-major et futur Premier ministre Yitzhak Rabin. « Je ne me souviens pas s’il était d’accord ou non, mais je pense qu’il voyait les choses comme moi », poursuit M. Sharon. Quelques jours plus tard, il lui dira sa conviction que les gouvernants « auraient été au fond soulagés si le chef d’état-major avait pris les devants, les avait enfermés dans une chambre et avait annoncé à la radio la décision de l’armée ».
La tension entre l’armée et le pouvoir civil atteindra un point culminant lors d’une entrevue extrêmement orageuse le 28 mai au siège de l’armée entre l’état-major et le Premier ministre travailliste de l’époque Lévy Eshkol. Lors de cette rencontre, que les historiens ont appelée la « révolte des généraux », le général Sharon et d’autres officiers supérieurs exigent qu’Israël déclenche une guerre préventive contre l’Égypte.
Ils affirment qu’Israël doit absolument frapper le premier alors que l’Égypte a concentré des forces dans le Sinaï et fermé le détroit de Tiran, sur la Mer Rouge, sachant que l’État hébreu considérait de telles actions comme un casus belli. Dans ses mémoires, M. Sharon rappelle avoir averti : « Il faut agir immédiatement car chaque jour qui passe donne aux forces égyptiennes le temps de se retrancher ». Et d’ajouter : « Nous sommes en train de perdre notre arme essentielle : la force de dissuasion », selon le témoignage de l’aide de camp de Levy Eshkol, Israël Lior. Eshkol résistera un temps en espérant une intervention internationale qui ne viendra pas. Finalement, après un feu vert américain, selon des documents d’archives, il approuvera l’attaque qui sera lancée le 5 juin 1967, début de la guerre des Six-Jours, avec l’Égypte puis la Jordanie et la Syrie.
« Ces révélations sont certes préoccupantes, mais il faut se placer dans le contexte de l’époque », a indiqué le chercheur Ami Gloska qui a publié ces documents. Il rappelle la « terrible angoisse » des Israéliens suite aux menaces arabes et leur crainte d’être jetés à la mer. Il relève que l’armée, contrairement à la population, avait conscience de sa supériorité militaire mais estimait qu’Israël était menacé dans son existence si les armées arabes frappaient en premier.
« Finalement, il n’y a pas eu de putsch parce que les généraux ont eu gain de cause et, de toute façon, le gouvernement aurait opté pour la guerre », relève le politologue Menachem Hofnung de l’Université hébraïque de Jérusalem. Mais cette affaire illustre, selon lui, le « poids démesuré qu’avait en politique l’establishment militaire en Israël et qui depuis s’est encore accru ».
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M. Sharon a confié avoir envisagé à l’époque que « l’armée prenne le pouvoir pour contraindre le gouvernement à se décider » à lancer une attaque préventive contre l’Égypte. On savait que l’armée avait exercé une pression considérable sur le gouvernement, mais le fait qu’Ariel Sharon ou d’autres généraux aient songé à une espèce de putsch constitue une révélation.
« Pour la première fois, j’ai eu alors le sentiment qu’une telle chose pouvait se produire en Israël et serait bien accueillie » par la population, a confié M. Sharon au service...