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Actualités - Opinion

L’opinion largement indifférente devant un statu quo flagrant

Les Libanais, ministrables mis à part, n’ont manifesté aucun intérêt pour le nouveau-né ministériel. Clone, pour le fond, du précédent, qu’ils connaissent trop bien. Aussi monochrome, aussi peu apte, de toute évidence, à opérer le redressement économique. À juguler la corruption, le gaspillage, à rétablir le courant électrique, à traiter comme il faut avec la 1559. À cesser la dérive politique. Un procès d’intentions ? Pas du tout. Quelles qu’elles soient, ces intentions, le temps manque concrètement pour leur donner corps. Le président Omar Karamé est d’ailleurs le premier à souligner qu’il ne faut pas attendre de miracles. Et que tout au plus, tout au mieux, son équipe pourra tenter, pourra essayer de freiner la descente aux enfers, économique et financière. Cela peut signifier que le pouvoir de transition voudra éviter de débattre d’un projet de budget 2005 susceptible de provoquer des disputes. Pour gérer l’État, jusqu’aux législatives, en base de la règle du douzième provisoire. Mais ce que le gouvernement ne peut éviter, c’est d’élaborer une nouvelle loi électorale, pour ces mêmes législatives. La loi précédente fait en effet l’unanimité contre elle. Cependant, il faudra voir si le nouveau texte sera juste, égalitaire, équilibré et dégageant une vraie représentativité populaire, comme les responsables l’ont toujours promis. Le test se situe, avant tout, au niveau du découpage des circonscriptions. Parallèlement, il faudra trancher la question des membres du Conseil constitutionnel, dont le mandat a expiré sans qu’ils ne soient remplacés. Car c’est cet organisme qui doit connaître des recours en invalidation, après les élections. Si l’on maintient le Conseil dans son état actuel, au titre de la continuité, la légalité même de ses verdicts pourrait être contestée. On tente de proroger le mandat de cinq membres : Amine Nassar (maronite, désigné par la Chambre) ; Moustapha Oja (sunnite, Chambre) ; Hussein Hamdane (chiite, Chambre) ; Sélim Jreissati (grec-catholique, désigné par le gouvernement) ; Fawzi Abou Mrad (grec-orthodoxe, gouvernement). Or les garder en poste nécessiterait, selon les juristes, un amendement de la loi-cadre organique créant le Conseil constitutionnel. Une procédure complexe qui peut facilement butter sur un refus de la Chambre et qui en outre froissera certainement l’opinion. De plus, la tentative ouvrirait la voie devant les députés pour apporter d’autres retouches à cette loi-cadre. Les juristes ne voient donc pas pourquoi on ne nomme pas des remplaçants, comme le prévoit l’alinéa 4 de l’article 4 de la loi en question. Mais revenons à l’essentiel : le découpage des circonscriptions. L’opposition attend, pour juger l’équipe Karamé, de savoir quelle configuration elle va choisir. Et quelles mesures elle va prendre pour un scrutin propre et libre. Les textes sont certes importants, mais le comportement politique du gouvernement ne l’est pas moins pour les résultats. Il dépend du pouvoir en effet d’empêcher ou non les immixtions abusives, les pressions, les intimidations ou les achats, les parachutages en somme. La responsabilité retombe principalement dans ce domaine sur les épaules du ministre de l’Intérieur, Sleimane Frangié. Qui doit prouver une parfaite impartialité. Comme son grand-père l’avait fait en 1968, en empêchant les services d’intervenir contre les opposants, ce qui avait permis au Helf de marquer des points. Cette réussite en tant qu’organisateur de vraies élections avait sans doute pavé la voie à l’avènement de Sleimane Frangié en 1970 à la présidence de la République. Dans la mesure où l’actuel ministre brigue à terme d’aussi hautes ambitions, sa gestion des législatives peut lui servir de tremplin ou, s’il n’arrive pas à contrôler le dossier, réduire ses chances. D’autre part, Élias Murr semble avoir bien fait de renoncer à l’Intérieur. Pourquoi ? Parce que, disent les observateurs, on l’aurait accusé de toute façon de parti pris dans les élections, et tous les perdants se seraient retournés contre lui. Ce qui se serait répercuté, à cause des liens de parenté, sur le régime. Émile KHOURY
Les Libanais, ministrables mis à part, n’ont manifesté aucun intérêt pour le nouveau-né ministériel. Clone, pour le fond, du précédent, qu’ils connaissent trop bien. Aussi monochrome, aussi peu apte, de toute évidence, à opérer le redressement économique. À juguler la corruption, le gaspillage, à rétablir le courant électrique, à traiter comme il faut avec la 1559. À cesser la dérive politique.
Un procès d’intentions ? Pas du tout. Quelles qu’elles soient, ces intentions, le temps manque concrètement pour leur donner corps. Le président Omar Karamé est d’ailleurs le premier à souligner qu’il ne faut pas attendre de miracles. Et que tout au plus, tout au mieux, son équipe pourra tenter, pourra essayer de freiner la descente aux enfers, économique et financière.
Cela peut signifier que le pouvoir de...