par Jihad YAZIGI
Le gouvernement syrien a augmenté de 450 % les prix du diesel industriel qui est passé de 1 350 livres syriennes la tonne à 6 000 livres syriennes la tonne, soit 115 dollars.
Cette augmentation, avec effet immédiat, a pris les industriels par surprise. Ils s’attendaient à une telle mesure, mais pas avant le premier trimestre 2005. Plus de 400 usines fonctionnent au diesel et risquent d’être affectées par la hausse des prix. Le ministre de l’Industrie s’est justifié en expliquant que le prix pratiqué reste en dessous des prix mondiaux, ajoutant que l’augmentation des prix contribuerait à réduire la facture à l’importation de ce carburant.
Les autorités syriennes semblent résolues à réduire graduellement les subventions, bien qu’elles aient encore du mal à l’énoncer ouvertement.
En fait, plus grave que le diesel, c’est la subvention du fuel qui représente un lourd fardeau pour les finances publiques. « Mahroukat », la compagnie publique chargée de la distribution des produits pétroliers, achète deux millions de tonnes environ de fuel par an, à un prix moyen de 392 dollars la tonne. Ces deux millions de tonnes s’ajoutent aux quatre millions de tonnes produites par les raffineries syriennes et le tout est vendu sur le marché local à 7 000 livres syriennes la tonne, soit 134 dollars : au tiers de son coût. La différence de 258 dollars est assumée par l’État, ce qui représente un coût annuel de subvention du fuel de 516 millions de dollars ! Les pertes sont accentuées par l’augmentation de la contrebande vers les pays voisins, en raison de la différence du prix du fuel entre la Syrie, d’une part, le Liban, la Turquie et la Jordanie, d’autre part. La hausse de la contrebande alimente la hausse des importations et, par conséquent, la facture assumée par le Trésor.
Lors d’une conférence de presse organisée le mois dernier, le ministre du Pétrole, Ibrahim Haddad, avait déclaré que l’augmentation de la facture des importations était principalement due à la contrebande, et il avait appelé au renforcement du contrôle des frontières. Le ministre a toutefois reconnu que la seule solution viable à long terme serait de vendre ce dérivé pétrolier au même prix que dans les pays voisins, ce qui implique de mettre un terme aux subventions.
Annuler la subvention du fuel aura cependant un coût social très élevé, en raison de l’impact sur toute la structure des prix des produits fabriqués en Syrie. Les autorités ont donc du mal à établir une politique claire en la matière, d’autant qu’aucune alternative crédible n’a été présentée. Lors de sa conférence de presse, le ministre du Pétrole a ainsi appelé la commission du Plan à mettre au point une étude sur les conséquences sociales d’une telle mesure, avant de décider quoi que ce soit.
De même, dans une interview accordée à un quotidien local, le ministre de l’Électricité, Mounib Sayem al-Dahr, a refusé de répondre à une question sur l’augmentation possible des tarifs de l’électricité, un autre secteur lourdement subventionné. Il a simplement déclaré qu’il ne lui revenait pas de prendre une telle décision, mais qu’elle relevait de la responsabilité du gouvernement tout entier, étant donné que « les conséquences économiques et sociales d’une telle décision » doivent être prises en considération.
En coopération avec :The Syria Report
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