Elle suce son crayon. La gomme est déjà partie en miettes avec son odeur de semelle. C’est au tour du petit cylindre métallique. Entre ses dents, elle l’aplatit, et ça fait comme une minuscule décharge électrique dans la bouche. Qui a dit que les minéraux n’avaient pas de saveur ? À présent, le bois diffuse dans sa bouche un jus âcre et un parfum de forêt. Une à une, elle retire les échardes éparpillées sur le bout de sa langue. Hier, sur la colline, le soleil faisait encore chanter les cigales, et l’air embaumait la sauge et le thym. Mais c’était hier.
Ce matin, un petit vent frais secouait de frissons les élèves en rangs désordonnés dans la cour. Qui sera avec qui ? Les plus grands s’amusent à terrifier les plus jeunes. J’espère que tu n’auras pas cette maîtresse, c’est une terreur ! Cette maîtresse, ils l’avaient pourtant embrassée à la fin de l’année. Tout de même. Pourvu qu’elle ne vienne pas se tenir à la tête de ce rang qui attend, tassé par le poids des cartables. Et puis il y a eu le grondement feutré des troupes dans les couloirs, le long des escaliers. Un à un, ils ont pris place sur ces bancs qui en ont vu tant d’autres. La salle sentait la craie et le linoléum. Plus jeunes, ils étaient fascinés par ces bouts de craie, attributs de la maîtresse. Ils en ramenaient parfois à la maison des brisures, pour mieux comprendre leur matière secrète.
Des phrases blanches fiévreusement frottées sur l’ardoise attendent d’être recopiées. Elles n’attendront pas longtemps. Bientôt le tampon, d’un grand geste nettoyeur, viendra mortifier les retardataires. Avec des cigales plein la tête, c’est dur de jouer les fourmis ! Les fourmis, on les a déjà aux pieds, sur ces bancs où l’on s’est trop longtemps assis. Si seulement ce crayon rogné d’impatience, et dont une écharde accroche encore au bord des lèvres, pouvait garder en lui ce que la mémoire refuse. Sapin, bouleau, qui partez dans les taille-crayons en sciures de dentelle, si seulement, entre les petits doigts raidis de trop nouvelles sciences, vous pouviez trouver seuls les clairières cachées dans la broussaille des lignes.
Fifi ABOUDIB
Elle suce son crayon. La gomme est déjà partie en miettes avec son odeur de semelle. C’est au tour du petit cylindre métallique. Entre ses dents, elle l’aplatit, et ça fait comme une minuscule décharge électrique dans la bouche. Qui a dit que les minéraux n’avaient pas de saveur ? À présent, le bois diffuse dans sa bouche un jus âcre et un parfum de forêt. Une à une, elle retire les échardes éparpillées sur le bout de sa langue. Hier, sur la colline, le soleil faisait encore chanter les cigales, et l’air embaumait la sauge et le thym. Mais c’était hier.
Ce matin, un petit vent frais secouait de frissons les élèves en rangs désordonnés dans la cour. Qui sera avec qui ? Les plus grands s’amusent à terrifier les plus jeunes. J’espère que tu n’auras pas cette maîtresse, c’est une terreur ! Cette...
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