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Actualités - Rencontre

Mode ÉVÉNEMENT Un espace Cartier à la rue al-Moutran (photo)

Cartier a bien tenté une ouverture à Beyrouth dans le passé. Mais c’était en 1975, à la veille de la guerre, et la boutique a fait long feu. Le come-back du célèbre joaillier français ne pouvait donc être que spectaculaire. Dans le cadre d’une politique de reprise de la distribution en direct sur l’ensemble du Moyen-Orient, initiée en 2000, il lui fallait un partenaire à la mesure de ses ambitions. Leader du luxe au Liban, c’est Aïshti qui a décroché le pompon. Pour célébrer l’événement, le ban et l’arrière-ban de la république étaient présents mercredi soir pour couper le ruban du nouvel espace Cartier, dans le cadre d’un dîner féerique, aussi glamour que bon enfant. En face du magasin Aïshti, le tronçon de la rue al-Moutran était enfermé pour l’occasion dans une version géante du célèbre écrin rouge. Tout au fond, une magnifique panthère observait en ronronnant de féline féminité l’évolution des «beautiful» parmi les arbres innombrables d’une jungle improvisée. Au fond de la rue perpendiculaire, un écran géant diffusait des images d’archives et, le long des façades, un jeu de lumière projetait le sigle de Cartier et des panthères stylisées grimpant aux murs. Sur les balcons, Dany Atoueh, la diva la plus en vue du moment, accompagnée d’un orchestre de jazz, magnétisait le public avec un répertoire doucement romantique. Les tables fleuries, illuminées de bougies et entourées de chaises d’orchestre dorées, portaient les noms sensuels des diverses collections du joaillier: «Baiser du dragon» ou «Délices de Goa». Le menu, prometteur, était signé Frank Paulmier. Voilà pour l’ambiance ! Une paire de ciseaux accrochée à un énorme coussin rouge portant la date de l’ouverture attendait la Première dame, Mme Andrée Lahoud, qui a coupé le ruban de concert avec l’épouse du premier Ministre, Mme Nazek Hariri, accompagnée pour la circonstance du ministre des Finances, M. Fouad Siniora. L’espace Cartier de la rue al-Moutran obéit à un nouveau concept dessiné par l’architecte Bruno Moinard. L’idée consiste à créer dans la boutique une ambiance d’hôtel particulier luxueux et chaleureux où la clientèle serait reçue comme par une famille et vivrait, le temps d’un passage, une expérience unique. À l’extérieur, les vitrines immenses laissent entrevoir le vocabulaire de bois clair et de marbre noir exprimé en majesté dans l’espace-mère de la rue de la Paix à Paris. Mais la modernité vient surtout de la légèreté du mobilier et son intemporalité, inaccoutumées en joaillerie. Dans son discours de bienvenue, Tony Salamé, locomotive de la mode au Liban s’il en est, a raconté avec humour ses débuts dans le métier du luxe. Ayant sursaturé sa première carte de crédit à 18 ans, avec, entre autres, l’acquisition d’une montre Santos de Cartier, il revient au Liban avec un débit douloureux à rembourser par ses propres moyens. C’est alors que lui vient l’idée de se lancer dans la confection et la revente de vêtements et d’accessoires, parallèlement à ses études de droit. Cartier, en quelque sorte à l’origine de sa faillite initiale, a ainsi indirectement contribué à sa fortune. Cette montre fétiche, il la portait pour l’occasion, ventant à qui voulait l’entendre le magnétisme et la fascination que le petit emballage rouge (testé avec succès sur son épouse Elham) exerce auprès des femmes. Patrick Normand, directeur général de Cartier pour le Moyen-Orient, se félicitait pour sa part de ce partenariat avec Salamé. « La raison en est très claire, déclarait-il. Nous avons constaté que Salamé a su développer un certain nombre de concepts propres et respecter l’intégrité des maisons pour lesquelles il a travaillé. Nous cherchions un partenaire possédant cette connaissance profonde de l’ADN des maisons du luxe. Le luxe ne se travaille pas au rabais. Lui seul avait la capacité d’entretenir le rêve lié à ce domaine. Pour preuve, il a pressenti Malda Bassous pour la prise en charge de cet espace, sans savoir que cette ancienne de l’ESCP a travaillé autrefois dans le département création de notre maison à Paris. » Pour l’heure, des créations uniques qui portent le nom de « Soleil », « Apsara », « Volubilis » ou « Dentelle », après avoir défilé autour du cou de superbes créatures, trônent dans les vitrines avant de repartir pour d’autres destinations. La panthère rugit de plaisir, certaine de ronronner encore longtemps dans sa tanière flamboyante de la rue al-Moutran. Collections Fendi et Prada roulent en Jaguar pour l’hiver à l’Aïshti Seaside Dans le cadre de la Semaine du luxe, Aïshti avait déjà ouvert la saison avec un événement spectaculaire où les collections Fendi et Prada défilaient aux côtés de la très féline Jaguar XK, en avant-première au Liban. Dans un costume noir de Fendi, un mannequin a traversé le «cat-walk», suivi de la Jaguar. À bord de celle-ci, trois magnifiques créatures conduites par un groom de rêve. En manteaux de fourrure de la nouvelle collection Fendi, maquillées par Helena Rubenstein, flattées par Cartier, elles étaient suivies en deuxième partie du défilé par les mannequins de Prada. À la pointe de la tendance, celles-ci ont dévoilé une collection de manteaux, de cardigans et de pulls agrémentés de grandes broches diamantées. Les hommes présentaient, quant à eux, les costumes de la saison, sombres pour l’élégance, satinés pour le glamour. Cet événement, suivi d’un dîner raffiné concocté par Frank Paulmier, le chef du restaurant People et de l’Aïshti Café, célébrait en beauté une nouvelle saison en Méditerranée. MADE IN CHEZ NOUS Sarah’s Bag, le p’tit sac qui monte, qui monte Tout n’a pas commencé dans cette boîte à confiseries tout en rayures roses et rayons de soleil de la rue du Liban. L’épopée des deux Sarah, c’est l’histoire d’une amitié qui vient de l’enfance, et d’une volonté commune et tenace de transformer la détresse en paillettes. Sarah Hakim Beydoun terminait une thèse en sociologie sur la prostitution au Liban. Ayant côtoyé six mois durant, en «sous-marin», comme prof de gym, des femmes vivant dans une précarité absolue, elle n’a pu concevoir, sa thèse terminée, de tourner la page en laissant ses «compagnes» à leur désarroi. C’est Hoda Kara, la directrice de Dar el-Amal, une œuvre magnifique dédiée aux prisonnières, qui lui a donné l’idée d’animer l’ouvroir de la prison de Baabda. La broderie est l’un des travaux traditionnels des prisons au Liban. Sarah se décide très vite. Elle se rend à la prison des femmes et propose aux pensionnaires de fabriquer des bracelets qu’elle promet de vendre en leur faveur. Mais elle n’est pas convaincue du résultat. Aussitôt, elle songe au sac. À la manie des femmes pour les sacs, leur passion d’en changer constamment. Alors elle apporte canevas et perles, tissus et paillettes, fils et sequins, aiguilles et ciseaux à manipuler sous haute surveillance car les accessoires dangereux sont interdits en ces lieux. Et de derrière les barreaux, les petites mains s’activent pour envoyer au monde libre des objets chargés de rêves, à eux seuls gages de liberté. Au premier marché aux puces du centre-ville, 12 sacs exposés sur une table sont raflés en 48h, et les commandes pleuvent. Plus tard, exposés chez le fleuriste Aloha (quelle bonne idée !), 150 sacs, tous différents les uns des autres, sont totalement vendus. Sarah B. ne peut plus faire face toute seule. C’est là qu’arrive Sarah Nahouli. Fraîche émoulue des écoles hôtelières suisses, le sac n’est pas tout à fait son domaine. Mais elle est femme, et rien de ce qui est féminin ne lui est étranger ! Un «brain-storming» permanent s’engage alors entre les deux amies. Le sac devient leur obsession. Aucune vitrine, aucune photo dans les magazines, aucune allure, aucun détail ethnique ou contemporain ne leur échappe. Elles sont constamment à l’affût d’idées nouvelles. En prison, le travail s’organise. Un atelier de formation prend en charge les débutantes. Les ouvrières confirmées sont rémunérées à la pièce . Ce travail leur assure une réinsertion idéale. Une fois dans leur milieu, elles peuvent à leur tour procurer du travail aux femmes de leur village ou de leur quartier. De rebuts, elles deviennent des patronnes et on les entoure du plus grand respect. Désormais, la production peine à suivre la demande, et les Sarah mettent à contribution la prison de Tripoli où croupissent dans une misère noire des femmes pleines de talent. Un soir, alors que Sarah Nahouli regardait distraitement la retransmission du mariage du prince d’Espagne, elle reconnaît le sac porté par la reine Rania de Jordanie. Elle se souvient qu’une cliente l’avait commandé pour le lui offrir. Ce sac fait partie d’une nouvelle collection ornée de calligraphies arabes. Calligraphies qui expriment des sagesses populaires, des citations poétiques ou, avec beaucoup d’humour, des titres de films égyptiens. Sur le sac de la reine Rania, il était brodé: «La prospérité vient à la mesure de l’effort (Ala qadri ahli ‘lazm, ta’ti lmaazem ).» La devise du royaume ! Un pur hasard et un clin d’œil du destin. Plus tard, les Sarah traqueront ce sac dans les magazines, mais elles ne le trouveront jamais sous le bon angle. Elles demandent alors à leur correspondante jordanienne de leur procurer la photo. Et celle-ci leur parvient, encadrée et scellée dans un coffret en bois aux armes du roi et de la reine avec un petit message de Rania. Un superbe gage de succès dans cette nouvelle étape où le petit sac devient grand. Sarah Nahouli se marie. Elle ne sait pas encore, entre ces deux vies en construction, ce que sera pour elle la suite. Une chose est sûre : les rayures horizontales et roses de la nouvelle boutique sont la face cachée des barreaux noirs et verticaux derrière lesquels les ouvrières de Sarah’s Bag brodent leur liberté. Pour une fois que le luxe s’associe à l’espoir, il ne sera plus jamais futile de s’offrire des sacs ! FIFI ABOUDIB
Cartier a bien tenté une ouverture à Beyrouth dans le passé. Mais c’était en 1975, à la veille de la guerre, et la boutique a fait long feu. Le come-back du célèbre joaillier français ne pouvait donc être que spectaculaire. Dans le cadre d’une politique de reprise de la distribution en direct sur l’ensemble du Moyen-Orient, initiée en 2000, il lui fallait un partenaire à la mesure de ses ambitions. Leader du luxe au Liban, c’est Aïshti qui a décroché le pompon. Pour célébrer l’événement, le ban et l’arrière-ban de la république étaient présents mercredi soir pour couper le ruban du nouvel espace Cartier, dans le cadre d’un dîner féerique, aussi glamour que bon enfant.
En face du magasin Aïshti, le tronçon de la rue al-Moutran était enfermé pour l’occasion dans une version géante du célèbre...