L’Italien Valentino Rossi (Yamaha) va tenter seul de conserver sa position de shôgun du championnat du monde de vitesse motocycliste 2004, dimanche, au Grand Prix du Japon, sur le « twin ring » de Motegi, contre sept samouraïs obéissant au seigneur du lieu, le constructeur Honda. Détenteur de six succès au cours des onze premières épreuves de la saison, Rossi tient particulièrement à ajouter cette course à son palmarès. Une victoire l’assurerait d’un relatif confort dans la quête d’un sixième titre mais lui procurerait surtout la jubilation de terrasser les forces déployées par la marque au logo ailé au pied de sa place forte. Rossi n’a plus à prouver à son ancien employeur que la valeur du pilote prime sur la qualité de la machine. Il a redoré à lui seul le blason de la M1 depuis son arrivée dans l’écurie Gauloises-Fortuna Yamaha. Et si la machine a considérablement évolué, c’est essentiellement parce que les ingénieurs ont prospecté dans les voies de développement suggérées par le champion italien. Si bien que la fameuse « bête à gagner », la Honda RC211 V5 que l’on disait invincible s’incline jusque sur des circuits réputés très défavorables à Yamaha. Au Grand Prix du Portugal il y a quinze jours, Takeo Fukui, président de Honda, a enfin avoué que « Rossi manque » au constructeur nippon. Il est par contre très utile au concurrent qui, dès le lendemain de la victoire de son chef de file à Estoril, lui a confié une nouvelle monture. Elle dispose d’une cartographie électronique permettant aux 4 cylindres de 990 cc de délivrer plus de puissance à mi-régime et d’un nouveau dispositif d’échappement dont les volumineuses sorties émergent à peine du bas de carénage, à hauteur du bras oscillant, deux à deux, de part et d’autre de la machine. Sur cet engin, Rossi est à même d’égaler le record de deux anciennes gloires de la marque aux trois diapasons en remportant sept victoires dans la saison. L’Américain Eddie Lawson avait été le premier, en 1986, récidivant deux années plus tard. Son compatriote Wayne Rainey l’avait imité en 1990. Chaque fois, l’un et l’autre avaient conclu leur saison sur un titre mondial.
La belle allure des forces Honda ne masque pas leur défaut, la dispersion. L’Espagnol Sete Gibernau, dauphin de Rossi au championnat du monde, a marqué le pas au Portugal, où il n’a toujours pas utilisé le dernier développement de la RC211 V5.
Il a cédé face au Brésilien Alex Barros, qui se retrouve frappé d’obligation de résultat pour garder un soupçon d’espoir de conserver son guidon. Mais les deux ont subi la loi du Japonais Makoto Tamada.
Deuxième derrière Rossi après sa victoire au Brésil, Tamada pourrait prendre rang de chef de file Honda. La course de dimanche sera déterminante pour lui. Tout comme celle de son coéquipier de l’écurie Camel Honda, le Romain Max Biaggi, vainqueur à Motegi la saison dernière et pressé de faire oublier sa chute coupable au Portugal.
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