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Actualités - Opinion

Le point Bilan et perspectives

« My Fellow Americans « Il y a quatre ans de cela, l’élection présidentielle perdue, je me préparais à regagner mon ranch de Crawford, au Texas, quand un véritable miracle se produisit – encore un, après celui de ma re-naissance, mais en Floride cette fois, dont le gouverneur, vous ne l’ignorez sans doute pas, est mon frère Jeb. Je veux parler de l’opération de décompte des voix populaires, plusieurs fois recommencée jusqu’à finir par tourner à mon avantage. Peut-être aurais-je dû par la suite me plier au verdict de la Cour suprême et ne pas accepter que ma famille et, plus largement, le clan auquel elle appartient exercent des pressions sur cette auguste assemblée, ultime recours dans la démocratie voulue par nos pères fondateurs. Avec le recul dont je dispose aujourd’hui, je reconnais avoir souvent fait preuve de pusillanimité, ce qui expliquerait peut-être, voulant me rattraper, mes audaces depuis lors. Mais cela, disait déjà Rudyard Kipling, est une autre histoire. « Parce que ce message, je l’ai voulu sous le signe de la franchise – une qualité rare au sein de notre parti et, en général, de la classe politique dans le monde –, je vous dois un autre aveu. D’aucuns sans doute l’avaient déjà compris : dès les années quatre-vingt-dix j’étais programmé pour, un jour, servir de prête-nom à une nébuleuse placée au service de la (très peu) sainte trinité religion-affaires-idéologie. Ai-je besoin de vous rappeler les noms des membres de cette peu recommandable confrérie ? Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Ashcroft et Perle, cornaqués par Karl Rove, c’est en quelque sorte le vice donnant la main à l’aventurisme le plus dangereux, le plus destructeur aussi. Je n’en veux pour preuves que les dévoiements auxquels leurs théories, une fois mises en pratique, ont donné lieu. « En Afghanistan, nous avons mis fin, certes, à l’odieux régime des talibans – militairement fracassé comme ils avaient eux-mêmes détruit les admirables statues de Bamyan – mais aujourd’hui, ce pauvre Hamid Karzaï se retrouve prisonnier dans un minuscule périmètre pendant que les seigneurs de la guerre se partagent les confettis de l’empire et que courent toujours, entre la passe du Khaybar et Harat, les anciens maîtres islamistes du pays. Ils ne sont pas seuls d’ailleurs, rejoints probablement par Oussama Ben Laden, Ayman el-Zawahiri et tant d’autres que nous nous étions juré de capturer « morts ou vifs » et en mettant un prix sur leurs têtes. « En Irak, nous avons été moins malchanceux, ayant réussi à nous emparer de la personne du tyran Saddam Hussein et à le livrer à la justice de son pays, où l’on semble prendre tout son temps pour instruire le dossier. Hélas, nous n’avons pu trouver nulle trace d’armes de destruction massive, d’arsenal chimique ou d’une quelconque collusion avec el-Qaëda. Devant le Conseil de sécurité, notre secrétaire d’État s’est couvert de ridicule lorsqu’il a exhibé un flacon qui aurait pu, a-t-il dit, contenir de l’anthrax, tandis que le Français Dominique de Villepin – je hais cet homme ! – était applaudi à tout rompre pour sa défense de la position de son pays. Et depuis que j’ai solennellement annoncé « Mission Accomplished », il est tombé plus de 800 soldats américains. Que l’on se rassure toutefois : Halliburton enlève à tour de bras des contrats, même si, de temps à autre, on feint de lui chicaner quelques cents pour des engagements qui n’ont pas été honorés. « À propos d’économie, je concède à mes critiques le retard pris dans le décollage, mais celui-ci ne devrait pas se faire attendre plus longtemps – dès l’an prochain, pour être précis, ainsi que le reconnaît, un peu à notre demande, Alan Greenspan. Les pauvres sont plus nombreux, les chômeurs aussi, tout comme les riches. Et alors ? Afin que tout aille bien, l’important est que ces derniers aient plus d’argent pour payer moins d’impôts, aggraver le déficit budgétaire et alourdir le boulet que nous traînons à nos pieds. « De mauvaises langues se sont acharnées dernièrement à jeter le doute sur mes capacités de leader au prétexte que j’ai évité de servir dans les rangs de notre corps expéditionnaire au Vietnam. À ce propos, je rappellerai que mon vice-président a lui-même bénéficié de cinq reports, sous les prétextes les plus fallacieux, tout comme, à l’époque, des milliers d’Américains qui ne se sentaient pas l’âme d’un John McCain ou d’un John Kerry. « Le tableau que je viens de brosser à votre intention ne prétend nullement être exhaustif. J’ajouterais que pour le prochain mandat, je n’ai aucune idée sur la manière de finir la tâche entamée en Asie centrale, de nous sortir du marécage mésopotamien, encore moins d’instaurer au Moyen-Orient une démocratie dont nul ne semble vouloir ou encore d’amener les Arabes et les Israéliens à faire la paix. Souvent, je suis tenté d’attendre que les jours deviennent meilleurs, par la grâce de la Providence qui sait parfois être du côté de ceux qui la sollicitent. Personnellement, je ne manque pas de le faire tous les matins. Et puis, on me dit qu’un président français – Mitterrand, me souffle-t-on – était partisan de « donner le temps au temps ». Alors, donnons-nous, donnez-moi quatre ans encore – ailleurs, on en fait trois. D’ici là, on verra bien... » George W. Bush Pcc Christian MERVILLE
« My Fellow Americans
« Il y a quatre ans de cela, l’élection présidentielle perdue, je me préparais à regagner mon ranch de Crawford, au Texas, quand un véritable miracle se produisit – encore un, après celui de ma re-naissance, mais en Floride cette fois, dont le gouverneur, vous ne l’ignorez sans doute pas, est mon frère Jeb. Je veux parler de l’opération de décompte des voix populaires, plusieurs fois recommencée jusqu’à finir par tourner à mon avantage. Peut-être aurais-je dû par la suite me plier au verdict de la Cour suprême et ne pas accepter que ma famille et, plus largement, le clan auquel elle appartient exercent des pressions sur cette auguste assemblée, ultime recours dans la démocratie voulue par nos pères fondateurs. Avec le recul dont je dispose aujourd’hui, je reconnais avoir souvent fait...