Elle voulait « croire en la vie » après avoir vécu le pire. Elle est morte deux ans à peine après s’être libérée en écrivant Dans l’enfer des tournantes, publié chez Denoël, un livre témoignage d’une fille des cités, violée et rejetée parce qu’elle osait vouloir « la même liberté qu’un mec ».
Samira, 31 ans, dont on a appris la mort mardi des suites d’une longue maladie, était une petite brune aux yeux pétillants, aux longs cheveux bouclés. Elle avait un tempérament rebelle, disait-elle, qui lui a peut-être valu d’être prise dans le piège de jeunes violeurs de sa cité, mais qui lui a permis aussi de briser les tabous en dénonçant les coupables, en témoignant, au risque d’être mise au ban de sa famille et de son quartier.
Avec la jeune Sohane brûlée vive dans une cave par un petit caïd parce qu’elle lui résistait, Samira a permis au mouvement « Ni putes ni soumises » d’être le premier à lever le voile sur le sort réservé à nombre de filles des cités, à être entendu par les pouvoirs publics et l’opinion.
Son livre, sorti le 9 octobre 2002 chez Denoël, quelques jours après la mort de Sohane à Vitry, dans le Val-de-Marne, a été un révélateur des violences exercées contre les filles, notamment d’origine immigrée, dans les cités.
La vie entière de Samira a été une vie de violence. Née à Alger le 24 novembre 1972, elle est confiée à une famille belge jusqu’à l’âge de cinq ans, puis rejoint sa famille en Seine-Saint-Denis. En 1987, Samira a 14 ans. Elle ne supporte plus la violence du père, fugue, se « débrouille » et acquiert une réputation de fille affranchie dans la cité.
Elle le paie par la trahison de son petit copain, qui la livre à « K », qui l’entraîne dans des « tournantes » à deux reprises. Elle porte plainte. son avocate, commise d’office, « oublie » de l’avertir de l’audience. « K » est condamné à huit ans de prison. Mais Samira n’en sort pas indemne. Elle a rompu la loi du silence. Dans la cité, on ne le lui pardonne pas. Elle est rejetée et tenaillée par la honte et la culpabilité.
Sa mère mettra du temps à comprendre, avant de divorcer. Samira multiplie les petits boulots, les séjours en hôpital psychiatrique, et c’est son livre, publié dix ans après le procès et dédié à ses « frangines de galère », qui marque un tournant dans sa vie et la fin d’une longue psychothérapie. Depuis, elle poursuivait ses activités d’animatrice, témoignait dans les lycées, répondait aux nombreux appels à l’aide de filles des cités et, surtout, faisait du théâtre, sa passion.
« Elle était épanouie, s’était réconciliée avec tout le monde, elle avait compris que les hommes n’étaient pas tous comme ceux qu’elle avait connus, mais elle restait révoltée et continuait à témoigner et aider les gamines qui s’adressaient à elle », raconte une amie proche, Safia Lebdi, vice-présidente de « Ni putes ni soumises »
L’hommage de « Ni putes
ni soumises »
Le mouvement « Ni putes ni soumises » a rendu hommage à la « combativité sans faille » de Samira Bellil, qui était « marraine et militante » de cette association. Dans un communiqué, « Ni putes ni soumises » souligne que « toute sa vie Samira a fait preuve d’une combativité sans faille en se battant contre l’infamie du machisme barbare et la violence ». Selon le mouvement, la « présence fidèle et l’investissement » de Samira Bellil aux côtés de « Ni putes ni soumises » ont été « déterminants» et « sa force a permis à de nombreuses filles de résister pour gagner leur émancipation ».
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