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Actualités - Opinion

Le point Tous otages

Qu’y a-t-il de commun entre les preneurs d’otages d’Ossétie du Nord, les kidnappeurs de deux journalistes français en Irak, les « veuves noires » tchétchènes et les kamikazes de Beersheva ? Rien, sinon un mélange à la vérité assez confus, fait de sentiments allant de la soif de vengeance au désir de défendre une cause, plus rarement parfois un attrait pour le gain facile quand ce n’est pas un obscur besoin de s’affirmer, de défier l’autorité établie qui relève davantage du divan du psychanalyste que des byzantines analyses des chancelleries. Cela débouche périodiquement, surtout ces dernières années et le plus souvent en période de fin d’été, sur une brutale flambée avec son lourd cortège de morts et de blessés, d’orphelins traumatisés à vie, plus rarement, hélas, de mobilisation internationale pour défendre une sécurité qui jamais n’aura été aussi aléatoire, encore moins pour régler un problème depuis trop longtemps en suspens. En l’espace de quelques jours, le monde a suivi, effaré, le déroulement d’un scénario chaotique mettant en cause un groupuscule irakien, auteur de l’enlèvement de deux journalistes français pour obtenir la levée de l’interdiction du port du voile dans les écoles de la République, après s’être rendu tristement célèbre en exécutant douze travailleurs népalais, accusés de vouloir « combattre les musulmans et se placer au service des juifs et des chrétiens » – un objectif, on en conviendra, plutôt éloigné de l’hindouisme dont se réclame officiellement le pays. Dans le premier cas, l’objectif des Ansar al-Sunna dénote une totale méconnaissance du fonctionnement d’une démocratie – ce qui, dira-t-on, n’a rien d’étonnant. Nulle partie, et encore moins des extrémistes, ne saurait dicter à un pays souverain, qui plus est une grande puissance, sa politique. Les effets d’une telle prétention, on les constate aujourd’hui : les représentants en France de la communauté musulmane (près de 5 millions de personnes) sont montés aux premières lignes pour dénoncer le dangereux amalgame et demander la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, aussitôt imités par, entre autres, les Frères musulmans en Égypte, le Hamas à Gaza et les plus hautes autorités religieuses dans le reste du monde arabe. La semaine dernière, le rapt d’Enzo Baldoni puis son exécution n’avaient pas produit l’effet désiré par ses assassins : obtenir le retrait du contingent italien présent en Irak. Le cas des ressortissants du royaume himalayen, l’un des pays les plus pauvres du Sud asiatique, est autrement plus tragique. Ils sont près de 200 000 établis depuis deux lustres dans le Golfe, dont 17 000 auraient franchi la frontière, à la recherche d’emplois subalternes, après l’entrée à Bagdad des troupes américaines. Quoi qu’il en soit, l’affaire a eu des retombées inattendues à Katmandou même, où des émeutiers ont incendié cette semaine une mosquée avant de s’en prendre à des commerces tenus par des musulmans. Il est aisé d’affirmer après coup que les dérapages de part et d’autre auraient pu être évités. Mais allez donc faire valoir auprès des exaltés présents sur la scène mésopotamienne que le départ, volontaire ou bien sous la contrainte, de ces hommes et de ces femmes, qui ne sont nullement partie à la confusion militaire, n’aurait pu en rien influer sur le cours tragique des événements actuels. À des milliers de kilomètres de là, il est difficile de voir la Russie céder au chantage de la violence et octroyer son indépendance à un pays d’à peine un million d’habitants. Même si, à trois jours d’intervalle, Moscou se soit trouvé confronté à une triple épreuve : deux attentats contre des avions civils, une opération-suicide près d’une station de métro, qui a fait neuf morts ; enfin mardi, dans la lointaine Ossétie du Nord, une prise massive d’otages étroitement en rapport avec la lutte tchétchène. Le défi est d’importance pour Vladimir Poutine, qui n’est pas parvenu à tenir la promesse faite il y a cinq ans de casser le séparatisme de ce minuscule État situé en bordure du Caucase. Au contraire même : le conflit se durcit, s’internationalise et déborde sur les républiques voisines, ainsi qu’on vient de le constater. Aujourd’hui, l’ancien colonel du KGB qu’est le président russe, partisan de la ligne dure, ne peut sans se renier engager des pourparlers avec les rebelles barricadés dans une école de Beslan. Il ne saurait non plus se voiler la face devant la probabilité d’une issue tragique à l’affaire, ni même procéder à une escalade dans la guerre, un tel recours ayant fait la preuve de son inefficacité. Tout comme, plus près de nous, se sont révélées sans effet les sanglantes ripostes aux opérations du Hamas d’Ariel Sharon, le bourreau de Gaza. Rendons-nous à l’évidence : avec la violence, aveugle le plus souvent, voici venu le temps des difficiles remises en question de tout ce qui a fait à ce jour notre dictionnaire des idées reçues. Celle-ci par exemple : un résistant, qu’est-ce, sinon un terroriste qui a réussi ? On le voit, dans le distinguo jadis établi par Pascal, les Pyrénées demeurent omniprésentes. Christian MERVILLE
Qu’y a-t-il de commun entre les preneurs d’otages d’Ossétie du Nord, les kidnappeurs de deux journalistes français en Irak, les « veuves noires » tchétchènes et les kamikazes de Beersheva ? Rien, sinon un mélange à la vérité assez confus, fait de sentiments allant de la soif de vengeance au désir de défendre une cause, plus rarement parfois un attrait pour le gain facile quand ce n’est pas un obscur besoin de s’affirmer, de défier l’autorité établie qui relève davantage du divan du psychanalyste que des byzantines analyses des chancelleries. Cela débouche périodiquement, surtout ces dernières années et le plus souvent en période de fin d’été, sur une brutale flambée avec son lourd cortège de morts et de blessés, d’orphelins traumatisés à vie, plus rarement, hélas, de mobilisation...