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Actualités - Opinion

Le point « In God We Trust »

Transposée à l’échelle de la présente campagne américaine, c’est la fameuse équation de la quadrature du cercle : comment gagner les 4 millions d’électeurs de la droite religieuse (fondamentalistes, pentecôtistes...) n’ayant pas voté Bush en l’an 2000 sans pour autant effaroucher ces centristes indécis qui feront leur choix à la dernière minute ? Karl Rove en tête, les caciques du Parti républicain ont mis au point une solution consistant en un film et quelques omissions. Au Madison Square Garden donc, les 2 509 délégués ont eu droit dès le premier jour à un court métrage au titre éloquent : La foi à la Maison-Blanche. Il y est question d’un homme aux convictions religieuses solidement ancrées mais ouvert – en réponse à ses détracteurs qui le jugent « impitoyable », « arrogant » même – et d’un citoyen préoccupé par les problèmes de ses semblables – pour contrer la prétention des démocrates à s’arroger le monopole du cœur. Dans le même temps, les observateurs présents dans l’immense salle n’ont pas manqué de relever que des noms ne figuraient pas sur la liste des invités ou des intervenants. Ceux, entre autres, des révérends Jerry Falwell, qui avait récité la prière inaugurale à la précédente convention, et Franklin Graham, qui avait lu l’invocation lors de la prestation de serment, ainsi que celui de Pat Robertson, fondateur de la Christian Coalition. Dont le porte-parole a cru bon de préciser qu’en ce qui concerne celle-ci, la représentation était assurée par... le chef de l’Exécutif lui-même. Et pour les sceptiques qui auraient été encore tentés de succomber au péché du doute, il y a le petit détail représenté par les blocs de bois du podium, dont l’agencement fait apparaître distinctement deux croix. Autant de signes qui portent le très sérieux New Times d’Orlando à s’interroger, un rien inquiet : « Sommes-nous en train de devenir une théocratie chrétienne ? » Refus catégorique de toute légalisation de l’avortement, condamnation sans appel des unions gays : la plate-forme de 93 pages adoptée dès lundi soir donne entière satisfaction à une frange de la population, dont les deux partis se disputent les faveurs, suscitant du coup les protestations de certains de ses représentants, pour qui « Jésus n’est ni républicain ni démocrate ». Il n’empêche : le poids de ces groupes profondément religieux est indéniable. D’ailleurs, au cours des quatre dernières années, n’ont-ils pas contribué, en reportant sur eux la totalité de leurs voix, à assurer la désignation de plusieurs sénateurs, dont Bill Frist (Tennessee), Mitch McConnell (Kentucky), Bob Bennet (Utah), Kay Bailey Hutchinson (Texas) ? En attendant de faire réélire, du moins l’espère-t-il, l’actuel président. Dans ce tableau monochrome, la présence d’Arnold Schwartzenegger mais aussi l’absence de Colin Powell ne peuvent que sembler insolites. Le gouverneur de Californie faisant figure de libéral révolutionnaire avec ses idées sur la protection de l’environnement et les unions d’homosexuels – deux thèmes très peu populaires dans son camp –, il est permis de se demander si son bref déplacement à New York, dont les 350 000 dollars de coût ont été entièrement assurés par des donations privées, n’est pas dicté par son désir, inavoué à ce jour, de figurer sur le prochain ticket. Comment, par ailleurs, expliquer que l’on n’ait pas jugé utile de requérir les services du secrétaire d’État, sinon par le fait que dans le discours prononcé à la convention de Philadelphie, il y a quatre ans, il avait critiqué le parti pour son opposition à l’« affirmative action » avant de se montrer d’une suspecte tiédeur lors de l’opération anti-Saddam Hussein. Il existe une autre préoccupation majeure du Grand Old Party, représentée, celle-là, par les électrices. Lors de la précédente campagne, Al Gore caracolait en tête, avec un écart de onze points, dans leurs préférences. Cette fois, 49 pour cent des voix féminines iront à John Kerry et seulement 42 pour cent à son adversaire, malgré le sprint entrepris en début de semaine par Laura Bush, dont les premières interventions publiques semblent aussi dévastatrices pour l’image de son époux que celles de Teresa Heinz Kerry. Usure d’une campagne menée tambour battant ou bien léger couac causé par un début de désorganisation au niveau du « Breakfast Club », cet aréopage dont les membres se réunissent au petit déjeuner (d’où son surnom) pour décider de la ligne de conduite à suivre. Toujours est-il qu’à vingt-quatre heures d’intervalle, le président a parlé, dans une interview télévisée, de la guerre contre le terrorisme comme d’« une lutte qui pourrait être sans fin », puis dans un discours à Nashville d’« un combat que nous n’avons pas déclenché mais que nous allons gagner ». À rapprocher du fait que, la semaine dernière, il avait reconnu, dans un accès de franchise sans précédent, que la campagne d’Irak avait été « un succès catastrophique ». Tout autant peut-être que pourrait l’être pour le pays une éventuelle victoire, au soir du 2 novembre. Christian MERVILLE
Transposée à l’échelle de la présente campagne américaine, c’est la fameuse équation de la quadrature du cercle : comment gagner les 4 millions d’électeurs de la droite religieuse (fondamentalistes, pentecôtistes...) n’ayant pas voté Bush en l’an 2000 sans pour autant effaroucher ces centristes indécis qui feront leur choix à la dernière minute ? Karl Rove en tête, les caciques du Parti républicain ont mis au point une solution consistant en un film et quelques omissions. Au Madison Square Garden donc, les 2 509 délégués ont eu droit dès le premier jour à un court métrage au titre éloquent : La foi à la Maison-Blanche. Il y est question d’un homme aux convictions religieuses solidement ancrées mais ouvert – en réponse à ses détracteurs qui le jugent « impitoyable », « arrogant » même – et...