La frontière entre Suède et Norvège passée, le train sort d’un tunnel et amorce sa plongée vers le fjord émeraude qui apparaît 500 mètres en contrebas. Une bonne demi-heure plus tard, il atteint l’océan, et Narvik, le terminus de cette « ligne du soleil de minuit », l’une des voies ferrées les plus septentrionales au monde. Les touristes sont nombreux, mais ce n’est pas pour eux que la ligne a été construite, au prix de travaux titanesques, à travers la chaîne côtière. Elle a été ouverte en 1902 pour exporter à travers la Laponie le fer suédois de Kiruna vers le port norvégien de Narvik, profond et toujours libre de glaces, alors que les deux pays étaient réunis dans un royaume commun.
Au volant de sa locomotive, Olav fait deux allers et retours quotidiens sur les 42 km qui séparent Narvik de la frontière suédoise. « La ligne est bien tracée. Il n’y a aucun problème, même l’hiver », quand les températures peuvent descendre à -40°C, note-t-il.
La pente incite toutefois à la prudence, sur cette voie unique qui surplombe souvent le vide. Pas plus de 70 km/h, donc. Et un coup de sifflet avant chaque tunnel – il y en a vingt, et une dizaine de galeries –, actionné par le fils d’Olav, qui est aujourd’hui du voyage dans la cabine et a posé ses affaires à côté du réchaud à café. La majorité des passagers vient de Suède. Le train, exploité par la société française Connex, est parti de Stockholm, à plus de 1500 km de là, 21 heures plus tôt. Depuis la capitale suédoise, le trajet, d’abord assez monotone avec un continuum de bouleaux, de conifères et de lacs, devient franchement beau à partir de Kiruna, lorsque l’on pénètre dans les grands espaces sauvages de Laponie. La descente finale vers Narvik, à flanc de montagne, en surplomb du fjord, fait office de bouquet final. Appendice du réseau ferré suédois, la « ligne du fer » a longtemps été le seul lien permanent de la région de Narvik avec le reste du monde. Il permet aujourd’hui à nombre de voyageurs d’y parvenir à un prix raisonnable, avant de poursuivre vers les îles Lofoten toutes proches et/ou le Cap Nord. « Nous avons pris la compagnie aérienne à bas prix Ryanair jusqu’à Stockholm. Vu les prix très élevés en Norvège, ça nous permet de monter très au nord pour pas trop cher », confirme Maria, une jeune Italienne surveillant un amas de sacs à dos, tandis que ses compagnons de voyage se fraient un chemin vers la peu engageante cafétéria de «Svenska Orient-Expressen ».
Un groupe d’Anglais d’un certain âge savoure l’un de ces «grands voyages en train » confectionné par leur voyagiste. « On voit ainsi des choses que l’on ne voit pas depuis le ciel, ce n’est pas la même façon de voyager », note Franck Pallister, leur accompagnateur. À Narvik, la voie ferrée est l’une des attractions de la ville. Elle la coupe littéralement en deux, avant d’arriver au port et à un terminal minéralier géant. La petite ville lui doit son existence... et sa destruction en 1940, quand Français et Britanniques ont un temps réussi à repousser des armées allemandes désireuses de s’assurer le contrôle de la « route du fer ». Aujourd’hui, une balade en train s’y impose, au même titre que la montée en télécabine sur la montagne voisine pour jouir du panorama – et contempler le soleil de minuit l’été, on est à plus de 68° nord –, le panneau indiquant qu’on est à 2420 km du Pôle Nord, le musée de la guerre et les séances de plongée à la recherche des épaves de bâtiments allemands envoyés par le fond lors de la célèbre bataille. Mais si l’Office du tourisme mise sur davantage de trains de loisirs, le transport du minerai de fer reste fort important, et la ligne Narvik-Kiruna est en constante amélioration. La moitié du fret transitant en Norvège l’utilise! En attendant qu’un jour, peut-être, Narvik devienne, comme le préconise l’Union internationale des chemins de fer, la tête de pont d’un axe de transport de marchandises entre l’Amérique du Nord et la Chine.
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Au volant de sa locomotive, Olav fait deux allers et retours quotidiens sur les 42 km qui séparent Narvik de la...