À l’heure où la saison estivale bat son plein, et où les vacanciers paressent insouciants sur les plages libanaises, un trouble-fête fait son apparition sur les côtes : les méduses. Fascinantes pour les uns, dégoûtantes, voire effrayantes, pour bien d’autres, ces créatures viennent rappeler aux adeptes du sable doré que tout simplement rien n’est parfait! Mais quel est cet animal marin gluant et transparent qui nous veut du mal?
Les origines
Les méduses existent depuis environ mille millions d’années. Certes inhérentes à la Méditerranée, de nouvelles espèces font leur apparition sur les côtes du Levant (Méditerranée orientale) au cours des vingt dernières années, essentiellement entre juin et septembre. La première manifestation des méduses nomades (Rhopilema nomadica) sur les côtes méditerranéennes remonte à 1976. L’arrivée de ces créatures est communément attribuée à l’ouverture du canal de Suez qui, depuis 1869, a permis l’introduction d’une multitude d’organismes marins d’origine indopacifique dans les eaux de la Méditerranée orientale. Par la suite, l’absence de prédateurs, les conditions hydroclimatiques prévalentes et la pollution croissante, couplées à une capacité d’adaptation et de reproduction élevée, ont grandement favorisé la prolifération de l’espèce sur les côtes levantines. En témoigne le fait qu’en 1986, la concentration de ces méduses était estimée à environ un million au kilomètre carré.
Leur nature
La nature des méduses a longtemps été controversée. Aristote les appellera Acalephae (ortie) et ce n’est qu’au XVIIIe siècle que leur nature animale sera reconnue. Leur aspect physique est d’autant plus suggestif: un corps gélatineux en forme de parapluie avec des tentacules à la traîne. Les méduses nomades peuvent ainsi atteindre un diamètre de 80 cm pour un poids de 40 kg. Comme toutes les méduses, celles-là se déplacent par de simples contractions rythmiques de leurs ombrelles. Mais leur capacité au mouvement est très limitée. Étant facilement emportées par le courant qui les entraîne souvent sur les plages, elles disparaissent «évaporées» en moins d’une journée, grâce aux rayons solaires.
Mais une interrogation revient souvent: pourquoi les méduses se manifestent-elles principalement en été? En fait, la méduse en elle-même ne représente qu’une partie de l’animal, dont la vie se décompose en deux phases: une phase attachée (polype) et une autre libre (méduse).
De minuscules petites méduses sont libérées par les polypes au printemps et atteignent leur taille maximale en été. Celles-ci produiront les œufs et les spermatozoïdes qui, suite à la fécondation, aboutissent à des larves qui iront s’attacher aux rochers et former des polypes. Le cycle reprend au printemps suivant.
Des effets néfastes
Les effets néfastes dûs à cette présence dévastatrice sont d’ordre économique, environnemental et sanitaire. Les filets des pêcheurs sont fréquemment bloqués par les méduses qui, également, se nourrissent entre autres de larves de poissons. Mais la conséquence la plus ressentie par les hommes est sans aucun doute leur piqûre qui constitue la plaie des zones touristiques. Il est à noter qu’une méduse n’attaque jamais et peut donc être évitée aussitôt repérée. La piqûre, elle, est provoquée par un contact physique avec les tentacules de l’animal, contact qui provoque aussitôt une décharge de venin des nématocystes (cellules urticantes que les méduses utilisent pour saisir leur nourriture) à l’aide d’aiguillons qui pénètrent comme des seringues dans le corps de la victime.
La gravité de la piqûre est liée à la partie affectée du corps et à la sensibilité de l’individu. Les symptômes se résument en une sensation de brûlure accompagnée d’enflure et d’œdèmes qui peuvent durer plusieurs jours.
Si vous êtes l’objet d’une attaque de méduse, voici quelques conseils qui sont de grande utilité:
– nettoyez les plaies sans les frotter pour ne pas éveiller les cellules urticantes restantes;
– appliquez par la suite délicatement du sable afin de piéger les débris qu’il faudrait enlever à l’aide d’un carton rigide;
– rincez la plaie abondamment à l’eau de mer (jamais à l’eau douce) de préférence tiède (la toxine étant détruite par la chaleur) pendant environ trente minutes. Vous pouvez également rincer la plaie avec du vinaigre;
– n’hésitez surtout pas à contacter les services d’urgences en cas de piqûres graves ou de symptômes anormaux, certaines personnes pouvant être plus sensibles que d’autres ou souffrir d’une allergie.
D’autre part, beaucoup de nageurs se sentent protégés par les filets prévus sur certaines plages, or les méduses peuvent passer en dessous. De plus, des fragments de tissus, principalement des tentacules, contenant les nématocystes peuvent passer au travers des filets causant un effet «d’eau piquante».
Désagréables et souvent menaçantes, ces créatures demeurent cependant fascinantes. En effet, plusieurs interrogations restent sans réponse à leur sujet. C’est pourquoi il faudrait encore beaucoup de recherches pour mieux comprendre ces mystérieux animaux.
Nadim CHAKHTOURA ,
étudiant en médecine
et Michel BARICHE,
docteur en biologie marine
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