La nouvelle flambée des prix du pétrole réveille les risques d’un ralentissement de la croissance économique, sans doute plus élevés aux États-Unis qu’ailleurs, mais qui divisent les économistes et dépendront surtout de la durée pendant laquelle les prix resteront élevés.
« Évidemment, ce n’est pas une bonne nouvelle alors que l’économie mondiale est en phase de reprise. Mais si la hausse est temporaire, elle sera gérable et ne fera pas déraper la croissance », a jugé Nigel Pain, économiste à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
« Le constat sera néanmoins différent si les prix restaient durablement au-dessus de 40 dollars », a-t-il ajouté.
La question est de savoir si ces prix, en partie dépendants actuellement des rumeurs sur Ioukos et de la spéculation qui en découle, vont décroître dans les mois à venir, ou si la force de la demande mondiale, notamment de la Chine, contribuera à les maintenir durablement élevés.
Selon des économistes, comme Antoine Brunet, chef stratégiste chez HSBC-CCF, cela pourrait durer : s’il ne s’agit pas d’un choc comme dans les années 1970, ce pourrait être un mouvement long, appelé à se prolonger, « peut-être jusqu’à 50 dollars (le baril) à l’horizon 2005 ». Des prix élevés du pétrole contribuent à réduire le pouvoir d’achat des consommateurs, les marges de beaucoup d’entreprises, et incitent les banques centrales à remonter les taux d’intérêt, des effets qui tous handicapent la croissance.
Les conséquences sur les grands pays consommateurs ne sont cependant pas identiques. La zone euro, où la croissance est déjà plus basse qu’ailleurs, « est en partie protégée actuellement par le niveau fort de l’euro vis-à-vis du dollar », note Anne Beaudu, économiste au Crédit agricole.
Les pays d’Asie, malgré leur dépendance aux importations pour leurs énormes besoins en énergie, disposent, eux, d’une forte capacité de résistance en raison de leurs importantes réserves de changes et de leurs excédents commerciaux.
« L’impact ne devrait pas être trop sévère à ce stade car les économies peuvent payer », souligne un responsable à Singapour de l’agence de notation financière Standard and Poor’s, Chew Ping.
La Banque asiatique de développement avait estimé le mois dernier que le PIB de dix pays d’Asie, dont le Japon, la Chine et l’Inde, ne reculerait que de 0,1 % cette année si le prix du baril restait autour de 40 dollars.
Les États-Unis sont, eux, plus directement exposés, dans un contexte où la Réserve fédérale n’exclut pas une hausse de taux en cas d’inflation accrue et alors qu’elle vient de légèrement revoir à la baisse sa prévision de croissance du PIB pour 2004, désormais entre 4,50 % et 4,75 %, avant un ralentissement plus marqué en 2005 entre 3,50 % et 4 %.
Reste que les économistes sont divisés sur l’ampleur des risques. L’Insee, notamment, a cherché à dédramatiser lors de sa dernière note de conjoncture, en présentant un modèle moins pessimiste que ceux du FMI ou de l’OCDE.
L’Institut de statistiques met en évidence que dans les grands pays consommateurs, tant la part de la consommation intermédiaire en carburants et combustibles dans la production en valeur, que la part de la consommation en produits pétroliers dans la consommation totale, n’ont cessé de baisser depuis vingt ans, ce qui rend leur croissance moins vulnérable au pétrole que dans les années 1970.
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