Nantes, où deux associations ont rendu possible la célèbre exposition des Anneaux de la mémoire au début des années 1990, apprend peu à peu, par à-coups, à regarder son passé de premier port négrier français. Un mémorial des esclaves prendra place au cœur de la ville en 2006, et le futur musée d’histoire de la ville, qui doit ouvrir la même année au château des ducs de Bretagne, réservera 500 m2 au thème de la traite.
Le maire PS Jean-Marc Ayrault a voulu situer le mémorial sur les rives de la Loire, à l’entrée de l’estuaire du fleuve, qu’il est permis de voir ici comme un témoin silencieux du passé. Les 1732 expéditions de commerce triangulaire organisées du XVIIe au XIXe siècle ont représenté plus de 40% des affrètements français, loin devant Le Havre, Bordeaux ou La Rochelle. Mais en 1983, quand Mémoire d’outre-mer et les Anneaux de la mémoire entament leur action, le passé négrier de Nantes n’occupe que deux vitrines du musée de la ville. Mémoire d’outre-mer entend alors incarner la prise de conscience de leurs racines par les Français des Antilles vivant à Nantes. Au même moment, à l’université, se forme le collectif d’historiens des Anneaux de la mémoire.
Les deux groupes s’associent dans le projet de commémorer, en 1985, le tricentenaire du sinistre Code noir. La municipalité RPR de l’époque soutient initialement le projet, avant de se retirer. La commémoration échoue faute de moyens. «Cela a été dur, mais le mouvement était lancé», se souvient Octave Cestor, président de Mémoire d’outre-mer et conseiller municipal PS.
«Combat de chaque jour»
En 1985, un colloque international réunit à Nantes une centaine d’universitaires. Et, en 1989, Jean-Marc Ayrault, nouvellement élu, décide de constituer une commission municipale sur la mémoire. L’exposition des Anneaux de la mémoire, en décembre 1992, provoque un choc dans la ville. C’est la première fois que Nantes est confronté aussi directement et ouvertement avec son passé. Une salle, en particulier, affiche les emblèmes des navires de la traite. On y reconnaît des noms de voies, de lieux, d’hôtels particuliers. Des noms, enfin, de personnes et de familles qui forment toujours, pour certaines, le gotha de la cité.
M. Guin, un historien, revendique «un regard désormais distancié et conscient» de Nantes sur son passé.
«La condamnation de la traite est unanime et, en même temps, tout le monde comprend que cette période est devenue un objet historique, analyse-t-il. Les familles héritières elles-mêmes sont décomplexées.» L’idée que ces familles ont voulu cacher le souvenir de leurs ancêtres esclavagistes est fausse, estime Yannick Guin: «Le secret est une invention. En fait, on a débattu ici de traite et d’abolition plus tôt qu’ailleurs.» «Ce fut notamment, ajoute-t-il, un thème essentiel de la Révolution à Nantes.» Octave Cestor n’en estime pas moins que «la reconnaissance du passé reste un combat de chaque jour». La décision de construire un mémorial, rappelle-t-il, a d’ailleurs été prise en 1998 dans l’émotion, quelques semaines après la profanation d’une statue commémorant la seconde abolition en France.
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Le maire PS Jean-Marc Ayrault a voulu situer le mémorial sur les rives de la Loire, à l’entrée de l’estuaire du fleuve, qu’il est permis de voir ici comme un témoin silencieux du passé. Les 1732 expéditions de commerce triangulaire organisées du XVIIe au XIXe siècle ont représenté plus de 40% des affrètements français, loin devant Le Havre, Bordeaux ou La Rochelle. Mais en...