Ils accaparent notre culture, nos vêtements, introduisent dans notre quotidien une nouvelle esthétique et s’infiltrent jusque dans les rêves de nos enfants, irrémédiablement scotchés à leurs épisodes « à suivre ». La société occidentale, qu’une nostalgie des années pop et de son enfance « eighties » a rendue perméable à ces nouveaux envahisseurs, s’interroge sur la japonisation de ses fantasmes. En attendant, cet été encore, depuis les collections prêt-à-porter de Dior jusqu’au tee-shirt le plus basique, vous n’échapperez pas aux grands yeux larmoyants de ces héros lumineux à la philosophie particulière.
Chaque culture a sa spécificité, nourrie d’une histoire, d’une tradition et de tous les fantasmes qui en découlent. Les symptômes s’expriment très clairement au quotidien, mais de manière peut-être encore plus limpide dans les créations que le pays développe. Les États-Unis s’émeuvent de prophéties bibliques issues des profondes racines judéo-chrétiennes, la France loue sa propre terre d’être si riche et si fertile, les slaves s’accrochent à la leur malgré l’habitude d’en être privés...
Et c’est ainsi que le passé, les peurs et autres fantômes viennent hanter les imageries populaires.
Comprendre et admettre l’ampleur des mangas nécessitent une ouverture à la société japonaise, au-delà de ces images et des rejets qu’elles suscitent.
Il suffira de quelques mots pour saisir à quel point le Japon a su utiliser les mangas comme exutoire d’une violence tant décriée ; et surtout pour découvrir l’univers de l’animation japonaise tel qu’il est. C’est-à-dire un véritable puits de connaissance, de richesses, de diversité et, contre tous les préjugés, de poésie.
Les ancêtres graphiques
du manga
Avant même le Moyen Âge, il existait un genre pictural où s’associaient codes graphiques et codes textuels. De façon plus précise, les paysans, alors à peine lettrés, portaient sur eux des carnets de voyages qu’ils gardaient toute leur vie et qui étaient essentiellement composés de dessins. Les livres du XVIe et au XVIIe siècle ont subi les influences bouddhistes des Chinois et les œuvres illustraient surtout des superstitions et connaissances ésotériques liées à l’astrologie et à la démonologie. Les origines du manga ont une trace – graphique et spirituelle – dans trois outils picturaux issus de trois époques différentes :
Du XVIIe au XIXe siècle, avec les Ukiyohe, estampes qui ont inspiré Gustave Klimt, Henri Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh. Ce terme bouddhique renvoie à la nature éphémère de la vie. Jusqu’au XVIIIe siècle, son sens véhiculait surtout l’image d’un monde transitoire et misérable. À partir d’Edo, l’éphémère est appliqué au plaisir et à l’érotisme, et les Ukiyohe deviennent des œuvres divertissantes et accessibles. Les artistes répondaient à une demande populaire tout en la poussant vers l’avenir.
Au XIe siècle, les Tobayohe, dessins d’un genre satirique, ont été créés par le moine Toba Sojo. Ces représentations mettaient en scène des animaux regroupés dans des actions ou des attitudes humaines, à la manière des fables de La Fontaine.
Au XIIe siècle, les Chinois ont introduit les Emakimono, manuscrits faits de textes et de dessins. Ces rouleaux de peinture narrative décrivaient des scènes de société à vocation socio-historique et leur découpage était quasi cinématographique. Leur longueur était telle que le spectateur ne pouvait en découvrir le récit dans son ensemble et ne s’attachait alors qu’au présent, notion fondamentale dans la relation au temps chez les Japonais.
Réalité et anticipation
Le manga de science-fiction est le genre le plus exporté dans les pays occidentaux, ce qui n’implique pas qu’il est le seul existant. Il exprime de façon très explicite les coutumes et les peurs japonaises. Leurs créateurs puisent dans l’actualité pour l’extrapoler ensuite – faits divers, problèmes de société, réalité économique ou écologique. À ce titre, le manga est un phénomène de société qui contient tous les indices des maladies de ce siècle et de ses éventuels remèdes.
Hayao MIYASAKI (Porco Rosso, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke) dit au sujet de princesse Mononoke : «J’avais besoin de réaliser une œuvre où l’homme commet des crimes contre la nature. On doit faire des films qui exposent les relations entre l’homme et la nature. Dix ans plus tard, je penserais peut-être que tout cela était inutile.» L’écologie est souvent abordée dans les mangas, mais ses enjeux ne semblent pas encore manifestes dans la conscience collective, et ce sujet a peu d’impact au quotidien. En ce qui concerne les autres thèmes les plus récurrents, ils sont aussi visibles au quotidien que dans les mangas et appartiennent à des angoisses très spécifiques.
L’environnement des mangas est surtout issu des grandes villes japonaises, et plus particulièrement de Tokyo. Et même si Ghost in the Shell fait exception avec Hong Kong, il ne déroge pas à l’atmosphère surpeuplée et résolument moderne de la vie urbaine japonaise. Cet univers sert systématiquement de toile de fond dans les mangas de science-fiction et situe l’action dans une notion très présente. Quasiment indissociable de la cité oppressante, la vision apocalyptique du Japon vient définir un futur entièrement prophétique. L’idée de l’apocalypse vient non seulement des croyances religieuses liées aux manifestations des esprits et des forces de la nature, mais peut-être plus encore de l’instabilité du sol japonais.
Car il faut toujours garder à l’esprit que la culture japonaise s’est forgée sur des tremblements de terre à répétition et que leurs effets rappellent à son peuple que la vie sur terre a des consonances éphémères, notion parfaitement étrangère au sol européen. Cette conscience obsessionnelle s’exprime également dans certaines parties des États-Unis, pour celles qui sont sujettes aux mêmes mouvances, et leurs films catastrophes ne sont que des reflets de cette inquiétude. Le Japon voit chaque année un nouveau Nostradamus scientifique qui prévoit la destruction totale du pays. Dans cet esprit, Akira est devenu un véritable phénomène, non pas strictement pour des raisons graphiques, mais aussi par cette idée fondamentale que les forces terrestres préparent irréversiblement leur rébellion. Même réflexion concernant Macross, adaptation en long-métrage de la série à succès Robotech, qui décrit la destruction de la terre et la menace de l’espèce humaine. La mentalité japonaise ne se résume pas à une arrogance technologique et à une surconsommation indécente, d’ailleurs très proche du peuple américain. Elle a purement et simplement une vision régulière du danger qui la rapproche un peu plus chaque jour de l’éphémère. Et la violence de certains mangas n’a pas pour fonction d’aguicher le spectateur, elle est l’expression d’une réalité humaine que le Japon préfère assumer sans la détourner en cause moraliste. Le manga, tel qu’il est perçu en Europe, constitue au Japon un garde-fou contre le passage à l’acte et contribue, semble-t-il, à réduire le taux de criminalité urbaine à des proportions parmi les plus faibles du monde.
Héros et expressions
sociales
Si les mangas puisent dans une réalité terrienne, ils ne peuvent échapper aux symptômes nés de leurs coutumes sociales. Le Japon porte dans son histoire les caractéristiques des héros d’aujourd’hui. Entre le XVIIe et la fin du XIXe siècle, la période d’Edo véhiculait certaines règles morales très strictes destinées à rendre la masse populaire gouvernable. Nous avons nous-mêmes subi de telles influences à travers le christianisme et l’application de son pouvoir. Durant cette époque, le Japon a expulsé le christianisme pour s’enfermer sur des mœurs qui lui étaient propres.
Les cinq codes moraux – bienveillance, justice, sens de la propriété, sagesse et honnêteté – étaient diffusés dans la société par les samouraïs, et la religion faisait cohésion avec l’État. Ces vertus d’obéissance, de loyauté, la prégnance des liens filiaux sont autant d’indices des valeurs japonaises perçues aussi bien dans la réalité que dans la fiction.
L’opiniâtreté de Kaneda, dans Akira, à sauver Tetsuo est l’image même du lien fraternel, une valeur au-delà de tout autre lien et qui justifie toutes les batailles. Le Bushido, ou code de l’honneur des guerriers, est aussi très présent dans Jin Roh, la brigade des loups, une vision rétro-historique de l’après-guerre où la sécurité fragile de Tokyo doit être préservée par des hommes-animaux aux principes très rigides. Ce film dévoile également l’importance de la collectivité dans un Japon antérieur. Depuis l’Edo, l’enseignement visait à nier l’utilité de l’existence individualiste pour éviter toute démarche jugée dangereuse pour la communauté. Un être était défini par son appartenance à un groupe qui obéissait à un modèle social imposé. C’est pourquoi les héros de mangas ont souvent appartenu à un cadre clairement délimité avant d’être des solitaires à tendances rebelles à l’image de Ryô Saeba, alias Nicky Larson, genre de détective un peu gauche sous sa libido surdimensionnée, mais habile face au danger. Ce personnage séduisant reste d’ailleurs l’un des plus appréciés, tant au Japon qu’en France. Mais les valeurs collectives ont continué leur ronde à travers des unions de forces que l’on retrouve dans Bioman, par exemple
Elles ont été appliquées à toutes les classes sociales, notamment à travers l’éducation. Le système scolaire japonais a été une source de stress insatiable, figé dans une forte tradition compétitive. De nombreux mangas mettent d’ailleurs en scène des enfants jugés faibles par leurs camarades et humiliés par ces derniers.
D’autre part, les films d’animation exposant des technologies très perfectionnées sont symboliques de cette quête liée au dépassement humain. Ces enjeux imprégnés d’une réussite «obligatoire» ont souvent été jugés comme l’une des causes des nombreux suicides d’enfants qui ne trouvaient pas d’écoute, ni auprès de leurs parents ni auprès de leurs professeurs.
De nombreuses séries ont pour sujet ou pour base narrative un suicide juvénile (Lain, Patlabor); détresse adolescente que l’on retrouve dans Perfect Blue à travers le parcours d’une jeune chanteuse en mal de reconversion. En 1960, époque où la télévision était encore peu répandue, ils ont été 2800 moins de douze ans à mettre fin à leurs jours. En 1980, ils n’étaient plus que 800. Cette évolution fait état d’un progrès en la matière, mais elle montre aussi, envers et contre tout, que les films d’animation japonais ne semblent pas avoir les vertus destructrices qu’on leur attribue. Une évolution cautionnée par des premiers rôles souvent tenus par des femmes, de façon directe ou indirecte. Les femmes sont de moins en moins infantilisées et deviennent de véritables guerrières, sans pour autant être des incarnations froides et robotiques. Le personnage féminin de Ninja’s Crowl, combattante dont le sang est imprégné d’une maladie mortelle, dégage une sensibilité pleine de nuance et d’intérêt. Dans la même logique, les héros de mangas se sont largement humanisés et expérimentent autant leurs faiblesses que leurs forces.
Les personnages cybernétiques ne sont plus seulement des fantasmes de pouvoir, mais avant tout des êtres ambigus capables d’emprunter des chemins déviants - Ghost in the Shell en est un parfait exemple. Cette subtilité ajoutée donne une épaisseur non négligeable aux héros actuels et leur fait entrevoir «le côté obscur de la force». Citer Star Wars n’est pas anodin, sachant que George Lucas s’est ouvertement inspiré de certaines récurrences japonaises. Les Jedis sont une véritable transposition occidentale des samouraïs, groupe social à vocation défensive, conditionné par la volonté et le stoïcisme, dont on retrouve les vertus dans les arts martiaux. La notion du maître et de l’élève est assurément une recherche permanente d’équilibre entre la sagesse et l’énergie juvénile. Un équilibre délicat que l’animation japonaise parvient à maîtriser à travers l’imaginaire et la poésie.
Rêve et modes étrangères
La candeur attachante est souvent employée comme signe distinctif des personnages-clefs dans les mangas et c’est cette fraîcheur qui apportera l’harmonie. Le personnage de Fio dans Porco Rosso est celui qui permet au cochon de redevenir un homme. La chanteuse Lynn Minmei dans Macross est celle par qui la paix universelle sera retrouvée. Dans la plupart des mangas, la recherche de l’équilibre est une quête permanente : entre l’ancien et le moderne, le rêve et la réalité.
Au sujet de Porco Rosso, l’intrigue se situe dans une période véridique de l’histoire, l’entre-deux-guerres, et fait intervenir des éléments fantastiques afin de concrétiser ce qui est abstrait. La honte de Porco Rosso ancrée sur son visage devenu animal et sa future délivrance signifiée par un retour à son apparence originelle. Le rêve n’est pas seulement lié à des données surréalistes.
Dans l’esprit des Japonais, le rêve est synonyme de l’autre, de l’étranger.
C’est pourquoi les héros de mangas ont des critères physiques occidentaux. Si leurs yeux sont ronds comme des billes et clairs comme de l’eau, ce n’est pas par vertu commerciale dans l’optique d’une exportation. Cette caractéristique sert à incarner le rêve à travers une représentation d’un ailleurs. Une approche imaginaire qui rend tous les scénarii possibles, sans que le réel ne soit mis en danger. La démarche consiste à inclure un élément fantastique dans un univers parfaitement quotidien. Mon voisin Totoro prend comme base une famille japonaise commune et la met en relation avec Totoro, genre de peluche géante issue de l’imagination de ses créateurs. Le résultat est d’une poésie et d’une tendresse incontournables qui dément toutes les idées reçues concernant la violence des mangas. En effet, ceux-ci ont des vocations extrêmement larges et prennent l’initiative de s’adresser à tous les publics. Dans cet esprit, les Japonais se sont souvent associés à des studios étrangers pour explorer d’autres horizons et se sont autant nourris de leurs propres légendes ancestrales que de contes occidentaux ou étrangers (Les trois mousquetaires, Les quatre filles du docteur March, Aladdin, L’île au trésor). Il suffit de penser aux coproductions franco-japonaises abondantes pendant les années 80 et des succès qu’elles ont suscités (Ulysse 31 et «Les mystérieuses cités d’or de Jean Chalopin, Il était une fois, L’homme puis l’espace» d’Albert Barillé). L’animation japonaise n’a pas peur des autres cultures. Elle les digère, les transforme et leur porte une attention toute particulière destinée à les pousser un peu plus vers le futur. Même si les créateurs occidentaux hésitent encore à le dire ouvertement, les mangas nourrissent progressivement l’étranger. Les studios Disney ont attendu 1999 pour admettre que Le Roi Lion s’était inspiré de la série d’Ozamu Tezuka, Jungle Tatei, alias le Roi Léo, créée dans les années cinquante. Pour affirmer cette appartenance, les studios Tezuka ont sorti un long métrage d’animation de 104 minutes qui reprend le troisième et dernier volet de la série. À découvrir sous un autre regard...
Les plus populaires...
Historiquement, côté larmes, il y a eu Candy (Candy Candy en VO). Orphelinat, infirmière, humiliation par les riches, amitié avec les animaux... du grand mélo. Et sinon, côté science-fiction, le premier héros interplanétaire fut Goldorak (Grendizer en VO). 2 séries: l’une un peu primaire avec le départ d’Euphore, la seconde plus sophistiquée (La sœur Phénicia, 3 nouveaux vaisseaux...) avec le retour vers Euphore.
On a ensuite eu le droit à Capitaine Flam (flamboyant), Akira (film phare du cinéma), Sailor Moon et Dragon Ball, le très sombre et triste Crying Freeman, l’expérimental Gon, l’obsédé Nicky Larson, etc., «l’anime» montre à quel point le genre est riche. En France dernièrement, Jin-Roh, Perfect Blue, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke et Pokémon ont conquis les salles et séduit un public de plus en plus nombreux et une critique de plus en plus enthousiaste.
Le Japon n’est plus si loin. Il est là, dans notre salle de séjour. Nos enfants ont de nouveaux codes d’honneur, des valeurs que nous ne soupçonnons pas… et nos bodies siglés véhiculent à notre insu, sur chaque pore de notre peau, l’une des plus vieilles civilisations du monde.
Perdre une taille
grâce au look
On vous dit que vous avez minci, mais ce matin vous avez encore fait couiner votre balance en affichant trois kilos de trop ? Bravo, vous avez trouvé l’astuce qui affine les contours. En voici quelques-unes à retenir pour ne plus être fâchée avec son apparence:
Un cou épais ?
À porter: les décolletés en V qui allongent et les encolures larges qui créent un effet d’optique. Vous avez intérêt à dégager votre gorge pour changer les proportions: misez sur les décolletés et les cache-cœurs, dévoilez votre nuque (avec des chignons, queues-de-cheval).
À éviter: les colliers de chiens, les cols chinois ou arrondis qui tassent les petits cous.
Des épaules trop larges
À porter: afin de casser les lignes rectangulaires de vos épaules droites, misez sur les cols en V. Profitez de votre carrure pour oser des formes difficiles à porter : encolure bandeau, emmanchures américaines, manches raglan ou kimono.
À éviter: inutile de rajouter des fioritures sur votre carrure déjà suffisante: pas de broderies, de manches ballon, de rayures horizontales.
Des bras un peu lourds
À porter: les manches larges ou bouffantes pour affiner le bras; les formes rectilignes, à longues manches; le noir et les couleurs foncées.
À éviter: les débardeurs, les manches courtes, les colliers de bras ou les accessoires qui attirent l’attention au mauvais endroit.
Une poitrine imposante
À porter: les décolletés en V qui valorisent le sillon entre les seins, les cache-cœurs, les chemises d’homme à col ouvert.
À éviter: les gros pulls qui rajoutent du relief; les tops trop colorés qui accentuent démesurément le haut du corps.
Des hanches débordantes
À porter: les jupes à taille haute, les robes à forme «Empire», les vestes longues et évasées.
À éviter: les robes ajustées aux hanches qui accentuent le relief, les jupes plissées, les vestes boléro.
Des fesses trop rebondies
À porter: les rayures verticales, les formes trapèze, les découpes de biais au milieu de la jupe.
À éviter: les rayures horizontales, les jupes plissées ou «bouffantes», toutes les fioritures sur les hanches: fronces, drapés, poches…
Des jambes trop fortes
À porter: les jupes longues, les tailles hautes, les collants opaques et foncés, les talons hauts et les semelles compensées qui affinent les jambes.
À éviter: les jupes courtes, les collants clairs ou fantaisie, les pantalons à revers, les tailleurs dépareillés (mieux vaut uniformiser le buste et les jambes).
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