Dans les rivières des Cévennes, les vacanciers ne traquent pas seulement le gros poisson: certains s’y transforment, le temps des vacances, en véritables chercheurs d’or. L’initiative a été lancée, il y a cinq ans, par le centre de formation à l’orpaillage Oreval, en partenariat avec le camping du Chercheur d’or à Cardet (Gard), dont le propriétaire a lui-même fait fortune dans le métal jaune. « Trouver de l’or, c’est un rêve d’enfant que tout le monde a envie de réaliser », affirme Véronique Vilain, l’un des dix orpailleurs professionnels de l’Hexagone et fondatrice d’Oreval qui propose, d’avril à octobre, des stages de formation aux vacanciers, dans les eaux du Gardon.
Une pépite guyanaise de 9,8 grammes autour du cou, cette grande femme rousse, qui a sillonné les cours d’eau à travers l’Europe, s’amuse des « regards sceptiques » et veut montrer que « l’or est accessible à tous ».
Encore faut-il connaître les filons et les «bons coins» qu’entre orpailleurs on s’échange parfois, à la manière de pêcheurs aguerris.
Inoxydable et indestructible, le lourd et précieux métal, arraché à la roche par l’érosion, gît principalement dans les failles creusées dans le lit des rivières, appelé le «bedrock». On le retrouve aussi prisonnier d’obstacles naturels, comme les virages ou les méandres d’un cours d’eau.
Devant les chercheurs en herbe qui remplissent leur batée, sorte de grande écuelle utilisée pour trier les alluvions, l’orpailleuse commence par tordre le cou à certains clichés, rappelant notamment que « l’or est mat et ne brille pas ». « Quand j’en aurai assez, avec tout l’argent, je ferai un grand cadeau à mes parents », promet Kellian, 10 ans, en s’affairant dans la rivière, tandis qu’un de ses camarades rêve déjà d’ « acheter une belle maison ». Mathilde, 9 ans, se contenterait, elle, d’un « beau bijou », fabriqué à partir de son butin. Si l’aventure séduit de nombreux enfants, les adultes aussi se piquent au jeu de la ruée vers l’or. « C’est une façon de joindre l’utile à l’agréable, même si l’on sait qu’on ne va pas gagner une fortune », sourit Patrick Vignon, 53 ans, gérant de société, qui a invité ses clients à participer au stage. Le plus souvent, les orpailleurs amateurs ne dénichent effectivement que des «paillettes», c’est-à-dire quelques milligrammes d’or, pieusement conservés dans une éprouvette. Ils découvrent plus rarement des grains, encore moins des pépites, les seules découvertes lucratives, pesant au moins un dixième de gramme.
Au risque de susciter quelques désenchantements, Véronique Vilain prend d’ailleurs soin de refroidir d’emblée les moins désintéressés. « L’or n’est pas rare, on en trouve partout. Un gramme vaut à peine 8 euros, c’est moins cher qu’une truffe ou même que certaines épices comme le safran », prévient l’orpailleuse, dont la plus grosse trouvaille n’a pas excédé un gramme.
« Malgré tout, on ne sait jamais. Un jour, un de mes élèves, un gamin de 12 ans, est tombé sur une pépite de 3,2 grammes. Il n’y a pas de recette », ajoute-elle, d’un air mutin.
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