Un rapide coup d’œil sur le tableau permet de constater que les anti-reconductionnistes sont bien plus nombreux que les partisans d’une rallonge présidentielle, de n’importe quelle forme. Pour compenser ce handicap, les intéressés déploient une combativité plus marquée. Ils accusent le camp d’en face de négativisme. Dans ce sens qu’il se contente de dire non à la reconduction, sans faire de proposition pour la suite logique. C’est-à-dire sans indiquer pour quel candidat ses piliers optent. Ni faire savoir aux Libanais leurs vues pour l’avenir. Le but de cette critique est assez évident : jouer sur les contradictions, sur les divisions potentielles de l’adversaire. Dont la belle unité devrait voler en éclats, une fois que la reconduction aura été éconduite, et qu’il faudra choisir un candidat.
Les loyalistes se plaisent donc à relever les conflits d’intérêts, politiques ou autres, qui opposent nombre de leurs contempteurs. Pour mettre l’accent sur cet avertissement indirect : si on ne reconduit pas, les vainqueurs vont inévitablement s’étriper. Et plonger le pays dans une crise encore plus grave.
Cela étant, certains reconductionnistes n’hésitent pas à faire de l’autocritique. En reconnaissant que le verbe de leurs adversaires retentit plus fort, et mieux, auprès de l’opinion. Ils trouvent que la propagande des réalisations du régime en six ans a été insuffisante. Ils pensent également, mais ne le disent qu’à mots couverts, que l’impulsion venue d’en haut fait plutôt défaut. En clair, qu’il n’y a pas eu de mot d’ordre du régime pour lancer, en l’organisant soigneusement, une vraie campagne pour la reconduction. Ce constat d’inertie est d’ailleurs assez habile en soi : il tend à confirmer ce que le chef de l’État a toujours proclamé. À savoir qu’il ne demande jamais rien pour lui-même, ni directement ni via ses partisans. Dans le même esprit, il n’y a pas non plus de directive émanant des tuteurs. C’est ce que laisse entendre Berry, quand il affirme qu’il est encore trop tôt pour parler sérieusement de la présidentielle.
De fait, les visiteurs qui retournent de Damas indiquent tous que les Syriens ont d’autres chats à fouetter pour le moment. Focalisés sur les pressions US, sur l’Irak, sur les Territoires, ils n’ont pas de temps à consacrer au dossier de la présidentielle libanaise. Certains loyalistes y voient un signe rassurant pour eux. Ils estiment en effet que l’attentisme syrien a de bonnes chances de se prolonger, à cause de la pause qu’implique la présidentielle US, jusqu’à la toute dernière ligne droite. Les choses s’inversant, le temps se ferait alors pressant. Et pour ne pas se mettre martel en tête, les Syriens se rabattraient sur la reconduction d’un régime qu’ils apprécient considérablement, car il a prouvé qu’il est digne de confiance.
Un raisonnement que des observateurs jugent un peu fragile. Car, même s’ils n’en font pas une priorité pour le moment, les Syriens ne débarquent quand même pas de Mars quand il s’agit de traiter le dossier libanais. Ils sont dès à présent fixés sur plusieurs points. Ils savent, surtout après la double déclaration Bush-Chirac, que les Occidentaux n’admettent plus que Damas désigne le chef de l’État libanais. Et, a fortiori, n’acceptent pas la reconduction. La question, qui n’est pas encore tranchée, est donc de savoir si au moment de la présidentielle les Syriens voudront ou non défier Washington et Paris, sans compter Bkerké et la majorité des forces politiques libanaises. À première vue, et les engagements du président Assad en faveur de la libanisation semblent le montrer, il n’y a pas de raison pour une confrontation syro-occidentale. Mais on ne sait jamais, et tout continue à dépendre de l’évolution des relations entre Damas et Washington. Pour le moment, des observateurs neutres mettent la côte des anti-reconductionnistes à 75 %, en estimant qu’ils vont encore marquer des points.
Mais les reconductionnistes ne baissent pas les bras. Une de leurs ailes propose une session extraordinaire en août. Pour voter un panier de retouches constitutionnelles, dont l’amendement de l’article 49. En vue d’une élection présidentielle avancée à septembre, avec feu vert pour une candidature du président Lahoud. Selon ces loyalistes, on abrégerait ainsi l’espace de fortes tensions suscitées par la présidentielle et qui nuisent au pays. Ils ajoutent qu’il n’y a pas de raison que deux membres de la troïka restent et que le troisième s’en aille. Un argument jugé éminemment antidémocratique, voire antirépublicain, par un député opposant. Qui se demande si les lahoudistes n’ont pas l’intention, tout compte fait, de jeter au panier cette Constitution que déjà, dans la pratique, ils contournent si souvent. Ce parlementaire, qui a déjeuné avec Ray LaHood, lui a redit l’attachement des Libanais au pacte national et à la loi fondamentale qui en est issue.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un rapide coup d’œil sur le tableau permet de constater que les anti-reconductionnistes sont bien plus nombreux que les partisans d’une rallonge présidentielle, de n’importe quelle forme. Pour compenser ce handicap, les intéressés déploient une combativité plus marquée. Ils accusent le camp d’en face de négativisme. Dans ce sens qu’il se contente de dire non à la reconduction, sans faire de proposition pour la suite logique. C’est-à-dire sans indiquer pour quel candidat ses piliers optent. Ni faire savoir aux Libanais leurs vues pour l’avenir. Le but de cette critique est assez évident : jouer sur les contradictions, sur les divisions potentielles de l’adversaire. Dont la belle unité devrait voler en éclats, une fois que la reconduction aura été éconduite, et qu’il faudra choisir un candidat.
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