L’honneur retrouvé
des déserteurs à l’oreille coupée
le 21 juillet 2004 à 00h00
Le régime de Saddam Hussein tranchait l’oreille droite aux déserteurs. Des années plus tard, cinq chirurgiens plasticiens proposent à des hommes meurtris de réparer l’affront subi.
Boursouflée et suturée, la nouvelle oreille d’Ali Wahid Chellal est aussi son honneur retrouvé. Rencontré à l’hôpital Alwassi de Bagdad, ce chômeur de 29 ans relate sans pathos son calvaire, depuis sa désertion. « J’avais 19 ans. Ils m’ont arrêté et mis en prison. Puis des membres du Baas accompagnés de policiers m’ont fait prendre des drogues et bandé les yeux. Quand je me suis réveillé, je n’avais plus d’oreille. » Ali se retrouve mis au ban de la société. « Tout le monde me regardait mal. Les gens me reprochaient mon “crime contre l’honneur”. Je ne pouvais être embauché nulle part. Aucune femme ne m’acceptait. » Plusieurs fois il tente de se suicider. Il est persuadé que sa punition sera éternelle. Il exhibe d’impressionnantes cicatrices sur son ventre et ses bras, correspondant à des coupures qu’il s’est infligées. Il y a quelques semaines, Ali entend parler d’un groupe de cinq médecins au grand cœur, qui proposent aux ex-déserteurs une intervention gratuite de chirurgie réparatrice. Il est parmi les tout premiers à se présenter et à être opéré. Aujourd’hui, il rêve de mariage.
Le Dr Ridha Ali, l’un des cinq chirurgiens, estime à 3 600 le nombre de déserteurs à l’oreille amputée sous Saddam Hussein, la plupart en 1994. Lui et ses quatre confrères ont déjà opéré une vingtaine d’entre eux à raison de deux chacun par semaine. Techniquement, un morceau de cartilage est prélevé au niveau des côtes du patient, puis façonné en forme de pavillon auditif et greffé ensuite. De la peau est tendue sur l’oreille reconstituée. « Le résultat n’est pas toujours parfait. Il y a des dommages psychologiques permanents, mais incontestablement ils se sentent mieux », constate le Dr Ali. Des prothèses synthétiques existent, qui évitent l’incision du thorax pour extraire le cartilage. « Nous ne disposons pas de ce matériel et nous aurions besoin de l’importer des États-Unis », indique-t-il. L’opération lancée par les cinq chirurgiens, qui se sont adjoint les services d’un psychologue, répond à une demande insondable. Chaque jour de nouveaux déserteurs, mis au courant par le bouche-à-oreille, viennent allonger la liste d’attente à l’hôpital Alwassi.
Le régime de Saddam Hussein tranchait l’oreille droite aux déserteurs. Des années plus tard, cinq chirurgiens plasticiens proposent à des hommes meurtris de réparer l’affront subi.
Boursouflée et suturée, la nouvelle oreille d’Ali Wahid Chellal est aussi son honneur retrouvé. Rencontré à l’hôpital Alwassi de Bagdad, ce chômeur de 29 ans relate sans pathos son calvaire, depuis sa désertion. « J’avais 19 ans. Ils m’ont arrêté et mis en prison. Puis des membres du Baas accompagnés de policiers m’ont fait prendre des drogues et bandé les yeux. Quand je me suis réveillé, je n’avais plus d’oreille. » Ali se retrouve mis au ban de la société. « Tout le monde me regardait mal. Les gens me reprochaient mon “crime contre l’honneur”. Je ne pouvais être embauché nulle part. Aucune femme ne...
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