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NOUVEAUTÉS EN LIBRAIRIE Suspense, femmes et Orient : six romans de l’été (photos)

Pour un été bien installé, voilà six livres qui font parler d’eux. Deux polars, deux romans, un peu de danse orientale et une réflexion, via son architecture, sur Israël. Disponibles à la librairie el-Bourj. «La ligne noire», Jean-Christophe Grangé, Éditions Albin Michel Après l’extraordinaire succès des Rivières Pourpres (1998, Éditions Albin Michel), une parution immédiatement suivie d’une adaptation au cinéma, Jean-Christophe Grangé vient de faire paraître La ligne noire, son nouveau pavé de 500 pages bien tassées. L’auteur français a, d’évidence, une prédilection pour l’hémoglobine. Sauf que là, le sang est privé d’oxygène et qu’il est noir. Bien sûr, il coule à flots et transporte le lecteur, entre nausée et fascination, dans un labyrinthe de crimes et de non-dits. Sang et non-dits, les deux bottes secrètes de Grangé. Un tueur fou, emprisonné en Indonésie pour deux horribles meurtres, révèle à lui-même un paparazzi, lui aussi poursuivi par la mort violente. Le chasseur et la proie qui, bien sûr, finissent par s’intervertir, ont une prédilection pour le moins sanguinaire pour les femmes. Sauf que le doux des 450 premières pages ne le découvrira que plus tard. La trame est très solide, les recoupements très bien maîtrisés, les indices remarquablement distillés et les profils psychologiques vraiment inquiétants. Hélas, Jean-Christophe Grangé approfondit toujours la même faiblesse: une fin déroutante, presque bâclée. Après tant de suspenses, c’est vraiment dommage mais pas assez, tout de même, pour ne pas recommander cette délicieusement affreuse Ligne noire. «La nuit est mon royaume», Mary Higgins Clark, Éditions Albin Michel Même si l’autrice à suspense américaine a de nombreux détracteurs, comme d’ailleurs de nombreux adeptes, il faut admettre parfois, comme c’est le cas pour La nuit est mon royaume, que le polar dans les règles classiques a encore du bon. Chez Mary Higgins Clark donc, pas de torrents de sang, pas de sexe cru, pas de technologie, pas d’argot. Plutôt des situations presque banales – comme ici, des retrouvailles d’étudiants autour d’un brunch dans les locaux de l’université qui les avait accueillis pour leurs études –, des personnages apparemment sans traumatisme particulier et, de manière très attendue, des seconds rôles qui prennent peu à peu les devants. La force de la routarde du policier de l’été réside dans la construction impeccable de son récit. Si la chute ne renverse pas des montagnes, il n’en reste pas moins qu’elle est la conséquence implacable de ce qui suit, sans distorsion de rythme. L’énigme et sa clé sont une seule mécanique bien huilée. Alors, oui au suspense un tantinet suranné, dans le style et dans la situation, de Mary Higgins Clark. «Qu’elle aille au diable, Meryl Streep!» Rachid el-Daïf, Éditions Actes Sud Si Paul Morand a été l’«homme pressé» de la littérature du début du XXe siècle, on peut qualifier sans hésiter Rachid el-Daïf d’homme inquiet de la production romanesque libanaise. Le voilà donc de retour avec une sixième traduction française, cette fois-ci de son roman Qu’elle aille au diable, Meryl Streep! Actes Sud, son éditeur depuis Passage au crépuscule (1992), peine à rattraper sa plume libanaise, très féconde. Voici donc, pour les lecteurs francophones, un récit du meilleur cru de Rachid el-Daïf, avec les ingrédients qui entérinent son talent aussi indéniable qu’exigeant. Le style est assurément la pierre d’angle de ce bel univers romanesque, dont le pays peut, avec celui d’Élias Khoury, être fier. Autant dire qu’il est la réplique exacte des émotions, ravagées par un conflit civil hallucinant, qui habitent chaque Libanais. Angoissé, paranoïaque, pessimiste, cynique à souhait et, surtout, velléitaire. Beaucoup parler pour ne pas faire grand-chose. Ces pages absolument savoureuses, écrites dans une langue immédiatement accessible, à savoir le libanais pur et dur, racontent les questionnements, au bord de la crise de nerfs, d’un homme qui, devant sa télévision, revient sur son mariage et sa sexualité. Il ne faut pas en dire plus, cela gâcherait le plaisir mi-figue, mi-raisin de se reconnaître un petit peu dans le narrateur, ce magnifique frère très encombrant. «Hommes sans mère», Hubert Mingarelli, Éditions du Seuil Après deux policiers haletants et un roman bien stressé à la première personne, Hommes sans mère, d’Hubert Mingarelli, ressemble un peu à un passage par le stand, entre deux tours de course : rapide (165 pages écrites en assez gros caractères) et régénérant. Les dialogues prennent ici la place du monologue et du récit et retranscrivent les conversations d’Homer et Olmann, marins en permission dans une contrée inconnue. D’où le jeu de mots lacanien du titre. Pour les amateurs de climat à la fois doux et étrange, où les événements se déroulent selon un cycle naturel, heureux ou malheureux, peu importe, ce petit roman est une merveille. En revanche, pour ceux qui préfèrent un peu plus de corps, un peu plus d’individus ou, selon, un peu moins de fièvre rentrée, Hommes sans mère est un peu décevant ou, tout du moins, ne dure qu’une saison dans la mémoire. «Petit manuel de danse orientale», Laurence Alessandri et Kaltoum Mounhim, Éditions Marabout Les Éditions Marabout, après un vrai passage à vide pendant les années 90, ont désormais le vent thématique et marketing en poupe. Nouveau format, nouvelle présentation et surtout sujets alléchants. Témoin, ce remarquable Petit manuel de danse orientale, qui explique par le menu, photos et schémas à l’appui, comment devenir une reine des danses «baladi» et «sharqi». Accessible, enthousiasmant – les éditeurs ont enfin compris que les manuels pratiques se devaient de ne jamais décourager le néophyte avec des explications pompeuses et prétentieuses –, il n’oublie ni les accessoires, ni les tenues, ni les disques indispensables. Avec un zeste parfait de derniers conseils avant de se lancer. «Une occupation civile. La politique de l’architecture israélienne», sous la direction d’Eyal Weisman et de Rafi Segal. Les Éditions de l’Imprimeur et Éditions Babel Autant ne pas s’étendre plus longtemps sur le titre, d’une clarté sans ambiguïté, d’un livre passionnant, tant architectural que politique, qui phagocyte, à l’aide de photos aériennes, de schémas et de documents divers, la logique «extensionniste» du gouvernement en place. Difficile d’avoir quelque chose à redire face à des documents iconographiques qui parlent d’eux-mêmes. Eyal Weisman et Rafi Segal, les deux architectes de Tel-Aviv à l’initiative de ce projet – interdit de première édition par son éditeur d’origine, l’Association israélienne des architectes unis, qui a considéré que les idées suggérées dans l’ouvrage «ne relèvent pas de l’architecture» –, démontent point par point, année après année, le travail, loin d’être innocent politiquement, des constructions et des déconstructions israéliennes. De quoi, si cela était malheureusement nécessaire, ajouter de l’eau au moulin des griefs à l’encontre d’une logique de colonisation dénoncée, et c’est ce qui est réconfortant, de l’intérieur. Passionnant. Effarant. Diala GEMAYEL
Pour un été bien installé, voilà six livres qui font parler d’eux. Deux polars, deux romans, un peu de danse orientale et une réflexion, via son architecture, sur Israël. Disponibles à la librairie el-Bourj.

«La ligne noire», Jean-Christophe Grangé, Éditions Albin Michel
Après l’extraordinaire succès des Rivières Pourpres (1998, Éditions Albin Michel), une parution immédiatement suivie d’une adaptation au cinéma, Jean-Christophe Grangé vient de faire paraître La ligne noire, son nouveau pavé de 500 pages bien tassées. L’auteur français a, d’évidence, une prédilection pour l’hémoglobine. Sauf que là, le sang est privé d’oxygène et qu’il est noir. Bien sûr, il coule à flots et transporte le lecteur, entre nausée et fascination, dans un labyrinthe de crimes et de non-dits. Sang et non-dits,...