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Actualités - Opinion

Le point En toute justice

Ce n’est pas tous les jours que le monde arabe assiste, ébahi et un rien incrédule, à la mise en jugement d’un président déchu. Le roi Farouk n’avait pas eu à connaître la dégradante épreuve d’une comparution devant un tribunal. À l’époque, les Officiers libres avaient même eu l’élégance de déléguer le général Mohammed Naguib, leur aîné, qui était aussi le plus haut gradé de la junte, pour le saluer avant son embarquement à bord du yacht Mahroussa. Ce n’est pas non plus la première fois que l’Irak entreprend de juger d’anciens dirigeants. Sans remonter trop loin dans l’histoire, il y eut, au lendemain du pronunciamiento de 1958 dirigé par le tandem Kassem-Aref, une triste parodie de justice, avec le célèbre « Tribunal du peuple » du colonel Mahdaoui. Mais le maître de l’Égypte préférait caresser ses conquêtes du moment plutôt que des rêves de grandeur. Quant aux ministres ou présidents du Conseil de l’ère Fayçal II, ils n’avaient pas à répondre de crimes contre l’humanité comme c’est le cas de l’homme dont le procès vient de s’ouvrir à Bagdad. Mégalomane jusqu’à la folie, Saddam Hussein avait très vite décidé, une fois débarrassé de son encombrant mentor, le faible Ahmed Hassan el-Bakr, qu’il serait à la fois la réincarnation d’un savant dosage de Nabuchodonosor et de Saladin – après avoir renoncé, semble-t-il, à faire appel aux mannes de Hamourrabi. Implacable dans l’exécution de ses desseins, il avait consacré la seconde moitié de ses trente années de pouvoir à de coûteuses et criminelles équipées : la guerre de huit ans contre l’Iran, les massacres de Kurdes à Halabja, puis de chiites dans le sud, l’invasion du Koweït. Sans parler de cette terrible loi qu’il faisait régner sur des Irakiens pris en tenailles entre d’une part les exigences d’un régime qui ne tenait plus que grâce aux sbires des moukhabarate et d’autre part l’embargo imposé par les Nations unies. C’est donc de ces chefs d’accusation que l’ancien dictateur devra répondre, ont laissé entendre les membres du Tribunal spécial irakien appelés à le juger. Oubliés donc – il arrive souvent que les vainqueurs souffrent d’une opportune amnésie… – l’introuvable stock de matériel chimique et l’arsenal d’armes de destruction massive. D’ailleurs, quel besoin aurait-on eu d’alourdir un dossier de 30 tonnes de documents et de milliers de témoignages. Potentiellement, a dit un magistrat, tous les Irakiens seront à la barre, le jour venu, pour évoquer les atrocités et les turpitudes commises depuis trois décennies. C’est dire que l’affaire prendra des mois et que le procès proprement dit n’est pas près de s’ouvrir. Pour l’heure, on se contentera d’observer que Saddam Hussein el-Majid, ainsi qu’il s’est présenté aux hommes venus le notifier de son mandat d’arrêt, a été livré à ses juges juridiquement mais non point physiquement. Il demeure en effet, « pour des raisons de sécurité » a-t-on avancé comme seule explication, sous la garde de l’armée américaine présente en Irak. On relèvera aussi qu’il ne s’agit plus d’un prisonnier de guerre, mais d’un détenu dont le sort relève désormais du système judiciaire irakien, a expliqué Adam Ereli, porte-parole adjoint du département d’État US. Ce qui arrivera d’ici à 2005, quand s’ouvrira le procès des Douze (dont Ali le Chimique, Taha Yassine Ramadan, Aziz Saleh Nooman, Tarek Aziz et les deux demi-frères de l’ex-président), nul ne se hasarderait aujourd’hui à le prédire. L’opinion publique, irakienne aussi bien qu’internationale, se sera-t-elle désintéressée du sort d’un homme qui a marqué par le fer, le feu et le sang celui de son pays ? La rébellion a déjà fait savoir qu’elle se sentait très peu concernée par le problème. Et donc qu’elle allait poursuivre ses opérations tous azimuts, ce qui présage d’un avenir immédiat rien moins que rose. Décidément, « le pays d’entre les deux fleuves » est bien loin d’être au bout de ses peines. Et avec lui, George W. Bush qui risque, à cause de la piteuse expédition décidée par ses néoconservateurs, de voir lui échapper un second mandat. Christian MERVILLE
Ce n’est pas tous les jours que le monde arabe assiste, ébahi et un rien incrédule, à la mise en jugement d’un président déchu. Le roi Farouk n’avait pas eu à connaître la dégradante épreuve d’une comparution devant un tribunal. À l’époque, les Officiers libres avaient même eu l’élégance de déléguer le général Mohammed Naguib, leur aîné, qui était aussi le plus haut gradé de la junte, pour le saluer avant son embarquement à bord du yacht Mahroussa. Ce n’est pas non plus la première fois que l’Irak entreprend de juger d’anciens dirigeants. Sans remonter trop loin dans l’histoire, il y eut, au lendemain du pronunciamiento de 1958 dirigé par le tandem Kassem-Aref, une triste parodie de justice, avec le célèbre « Tribunal du peuple » du colonel Mahdaoui. Mais le maître de l’Égypte...