Il y a quelques mois, les États-Unis présentaient, dans ses grandes lignes, leur projet pour le « Grand Moyen-Orient ». Partant du constat, assurément vérifié, que les différents pays de la région bafouent régulièrement les principes démocratiques de base, ce plan vise à promouvoir des réformes démocratiques ainsi que le respect des droits de l’homme. Face aux États arabes soumis à la critique, Israël, dont certains persistent à louer son respect de la démocratie, viole pourtant le droit international. Et ce en toute impunité. Samedi soir, il en a encore apporté la preuve en assassinant le leader du Hamas dans la bande de Gaza, Abdelaziz al-Rantissi. En l’éliminant, l’État hébreu n’a pas seulement, comme il l’affirme, « débarrassé la planète d’un terroriste », il a également tué un dirigeant politique. Un acte illégal au regard de toutes les lois. Outre cet homme politique, dont on peut certes condamner les méthodes, deux gardes du corps sont morts et de nombreux civils ont été blessés. Dégâts collatéraux dont Israël a déjà montré, à de nombreuses reprises, qu’il ne faisait pas grand cas.
On se souvient de cette bombe d’une tonne lâchée en juillet 2002 sur un leader du Hamas, Salah Chéhadeh, dans un quartier résidentiel de Gaza. Plusieurs civils, dont des enfants, avaient péri avec le dirigeant islamiste. Abdelaziz Rantissi n’est, en outre, que la dernière victime d’une longue série d’assassinats ciblés commandités par l’État hébreu. Une stratégie illicite, dont la paternité ne revient toutefois pas à Ariel Sharon, puisqu’elle avait été établie par Golda Meir au lendemain de la sanglante prise d’otages des Jeux olympiques de Munich en 1972. Depuis cette date, des dizaines de Palestiniens, leaders politiques ou simples intellectuels complètement étrangers à la prise d’otages, ont été tués par les autorités israéliennes.
Autre atteinte au droit international, l’occupation des terres palestiniennes. Une occupation pour laquelle le Premier ministre israélien vient d’obtenir un blanc-seing américain. En donnant son feu vert au plan de séparation d’avec les Palestiniens, Washington n’a pas uniquement soutenu un retrait israélien de la bande de Gaza, il a également appuyé le renforcement de six grands blocs de colonies en Cisjordanie. Figurent également dans le plan Sharon un rejet catégorique du droit au retour des réfugiés palestiniens et la poursuite de la construction du mur de Cisjordanie. Autant de décisions unilatérales dont les Européens ont rappelé vendredi qu’elles ne faisaient pas une paix sur le long terme. Par son non-respect du droit international, Israël ne plaide en outre pas pour sa propre cause. D’une part, il donne une excuse aux États arabes qui ne sont pas prêts à lancer des réformes démocratiques. D’autre part, en éliminant Rantissi, il expose sa population à un inévitable acte de vengeance. Enfin, si, en étêtant le Hamas, l’État hébreu pense s’assurer une sortie glorieuse de la bande de Gaza, il doit également se préparer à gérer le risque d’un éclatement du mouvement islamiste en plusieurs groupuscules incontrôlables. Quant aux États-Unis, si leur position d’intermédiaire dans le processus de paix était encore un peu plus écornée avec cette carte blanche accordée à Tel-Aviv, aujourd’hui, avec l’assassinat de Rantissi, au lendemain du retour de Sharon de Washington, leur crédibilité dans le monde arabe est complètement anéantie. Si les spécialistes de la région soulignent que la « feuille de route » est moribonde, on peut estimer que le projet du « Grand Moyen-Orient » l’est également. Car à trop demander d’une partie, tout en passant tout à l’autre, George W. Bush gagne certainement des électeurs juifs, mais réduit à néant les efforts de pacification et de démocratisation du Moyen-Orient. Après l’assassinat de cheikh Yassine le 22 mars dernier, le Maariv, quotidien israélien, prévoyait du sang et des larmes. La politique illégale du gouvernement Sharon, alliée à celle des deux poids, deux mesures de l’Administration Bush, confirme cette triste prévision.
Émilie Sueur
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a quelques mois, les États-Unis présentaient, dans ses grandes lignes, leur projet pour le « Grand Moyen-Orient ». Partant du constat, assurément vérifié, que les différents pays de la région bafouent régulièrement les principes démocratiques de base, ce plan vise à promouvoir des réformes démocratiques ainsi que le respect des droits de l’homme. Face aux États arabes soumis à la critique, Israël, dont certains persistent à louer son respect de la démocratie, viole pourtant le droit international. Et ce en toute impunité. Samedi soir, il en a encore apporté la preuve en assassinant le leader du Hamas dans la bande de Gaza, Abdelaziz al-Rantissi. En l’éliminant, l’État hébreu n’a pas seulement, comme il l’affirme, « débarrassé la planète d’un terroriste », il a également tué un dirigeant...