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Actualités - Opinion

courrier - Autopsie d’une expérience

Je décrocherai dans les jours qui viennent ma licence d’économie de l’Université Saint-Joseph (USJ). En trois ans de vie universitaire, j’ai tenté de m’intégrer activement dans ce qu’on appelle « le mouvement estudiantin », sans pourtant appartenir à un parti ou à un courant. J’ai participé à plus de 50 conférences, débats ou tables rondes et, pendant un an, j’ai dirigé la revue des étudiants de la faculté. Je termine mon cursus universitaire au Liban avec une série d’observations, que j’essaierai d’exposer de la manière la plus objective qui soit. Globalement, la situation est loin d’être fameuse, surtout dans un pays où le seul espoir de relève pourrait – et j’insiste sur le conditionnel – venir des étudiants. Il existe néanmoins quelques exceptions, mais qui arrivent rarement à faire durablement surface. Le mouvement étudiant reflète malheureusement la situation politique nationale, dans tous ses aspects. Les amicales, censées être les instances représentatives des étudiants, traversent une profonde crise. Bien qu’elles soient élues démocratiquement par la quasi-totalité des étudiants, un fossé considérable les sépare de la base. Il est rare que les élections opposent des courants vraiment antagonistes sauf dans quelques universités «mixtes », le débat politique n’a donc pas lieu, étant tous d’accord, à l’USJ en particulier, sur le triptyque liberté-souveraineté-indépendance. Les programmes sociaux et universitaires des candidats sont presque clonés et rivalisent en manque d’ambition. Les ponts entre les amicales et les étudiants se coupent directement après le festival électoral, et toute forme d’activité ne parvient plus à rassembler plus de 20% des étudiants au grand maximum, à moins qu’il ne s’agisse de se faire crever les oreilles dans un pub de la rue Monnot. Et il ne faut pas se leurrer par les manifestations qui jalonnent notre parcours universitaire ; la majorité se tient à l’écart, à une dizaine de mètres des manifestants, dont le volume est grossi par des groupes de partisans venus en bus spécialement affrétés pour l’occasion. Cela ne veut pas dire que les étudiants sont moins intéressés par la politique que par d’autres sujets, économiques, sociaux, culturels ou écologiques ; c’est effectivement là que le bât blesse le plus : la participation à ce genre d’activités se réduit à une trentaine d’étudiants, pour un campus qui en compte plus de 1500. Il est donc clair que le cœur du problème est la démotivation maladive, le refus de l’engagement et le désintérêt total pour toute forme d’action. Plusieurs acteurs sont responsables de ce « massacre intellectuel ». Tout d’abord, la classe politique, rivalisant de médiocrité, tant dans son volet loyaliste qu’opposant. Les partis politiques servent de levier aux amicales, lors des élections et des occasions médiatisées. Les amicales en ont donc besoin pour légitimer leur action ; les partis en sont parfaitement conscients et parviennent de ce fait à les tenir en otages. Le phénomène le plus triste est le syndrome «télécommande » par lequel les partis manipulent les amicales, réglant, selon leurs intérêts souvent occultes, toutes les bouffées revendicatives. La période précédant les dernières élections municipales, durant la seconde semaine de mars, en était le parfait exemple. Et quand on pouvait s’attendre à une réaction profonde aux résultats pas fameux de ces élections, remettant en question les cadres de l’opposition et leur gestion de la campagne, les amicales ont brillé par leur absence, ignorant le fait que la défaite a gravement affecté la crédibilité de leur mouvement. Au lieu que les partis s’alimentent des idées émanant des étudiants, ce sont ces derniers qui deviennent obligés de se soumettre aux desiderata arbitraires de tel ou tel chef de clan. Tant que cette séquence n’est pas inversée, les perspectives d’une évolution profonde resteront illusoires. En second lieu, les soi-disant « élites » intellectuelles : journalistes, artistes, penseurs, etc. J’hésite entre dire qu’elles sont inexistantes ou qu’elles ne jouent pas leur rôle. Au lieu d’être le moteur d’une dynamique de changement, cette classe perpétue, dans les «moulhaq » de quelques respectables journaux, sa discussion sur le sexe des anges, en usant d’un langage incompréhensible, mais surtout pédant et suranné. On nous ressert les éternelles querelles identitaires, les lamentations sur un onirique passé glorieux perdu, les discours-somnifères sur notre chère cohésion nationale. Pire encore, certains se plaisent à disséquer les psychologies des dirigeants américains, européens, thaïlandais et malgaches en s’adonnant à des prédictions que même Mme Soleil rechignerait à pondre. Il ne faut pas être expert en communication pour savoir que ce discours ne paie plus, qu’il a perdu toute capacité de mobilisation et n’arrive plus à susciter un intérêt même furtif. Enfin, et dans une moindre mesure, les parents. La guerre a produit quatre catégories de parents : ceux qui ont émigré et dont les enfants ne sont plus disponibles pour la bataille du changement ; ceux qui sont sortis blasés de la guerre, ne sachant ni comment elle a commencé ni pourquoi elle a pris fin et qui ont transmis cette désillusion à leurs enfants ; ceux qui en sont sortis aigris et qui ont transmis haine et intégrisme, et enfin une minorité qui a transmis des idéaux d’ouverture et une dynamique active en faveur d’un changement, certes lointain, mais qui vaut la peine d’être espéré. Donc statistiquement, on ne peut demander à une masse blasée ou aigrie de ne pas servir de modèle à des jeunes de 20 ans, confrontés de plus à de graves difficultés socio-économiques. La situation ne s’arrangera pas du jour au lendemain. Tout au plus peut-on, momentanément, l’empêcher d’empirer en élisant des amicales ayant un minimum de clairvoyance et d’autonomie intellectuelle et en participant activement aux échéances électorales nationales. Parallèlement, seule une réunion de plusieurs mois, de tous ceux qui se considèrent comme des élites ou des leaders d’opinion sur la scène universitaire, remettant en cause la structure du système actuel et proposant des alternatives crédibles, pourrait permettre l’indispensable changement. L’heure est grave et le temps presse ! Ayman G. MHANNA Étudiant en économie
Je décrocherai dans les jours qui viennent ma licence d’économie de l’Université Saint-Joseph (USJ). En trois ans de vie universitaire, j’ai tenté de m’intégrer activement dans ce qu’on appelle « le mouvement estudiantin », sans pourtant appartenir à un parti ou à un courant. J’ai participé à plus de 50 conférences, débats ou tables rondes et, pendant un an, j’ai dirigé la revue des étudiants de la faculté. Je termine mon cursus universitaire au Liban avec une série d’observations, que j’essaierai d’exposer de la manière la plus objective qui soit.
Globalement, la situation est loin d’être fameuse, surtout dans un pays où le seul espoir de relève pourrait – et j’insiste sur le conditionnel – venir des étudiants. Il existe néanmoins quelques exceptions, mais qui arrivent rarement à...