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Actualités - Opinion

L’Iran et la carte irakienne

L’Iran et l’Irak. Huit ans durant les relations entre ces deux pays ont été marquées par le fracas des armes. Huit ans de guerre, un million de morts, de mutilés ou de blessés graves. Après la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, l’Iran a été néanmoins l’un des premiers régimes à rétablir des liens avec les nouveaux représentants irakiens. En quelques mois, Téhéran a ainsi accueilli plusieurs délégations irakiennes afin d’ériger de nouvelles relations bilatérales fondées sur la confiance. De nouvelles relations établies alors même que le Conseil irakien de gouvernement (CIG) est sous tutelle américaine. Au sein du CIG, Téhéran compte en outre de nombreux alliés parmi lesquels les représentants de l’ASRII, l’Assemblée suprême pour la révolution islamique en Irak, l’un des principaux mouvements chiites d’Irak, dirigée par Abdel Aziz al-Hakim, frère de l’ayatollah Mohammed Baqer al-Hakim tué dans un attentat à la bombe à Najaf en août dernier. À l’origine de cette proximité, l’asile accordé par Téhéran aux membres de l’ASRII pendant les années noires du régime de Saddam Hussein. Avec le récent regain de violence, l’Iran pousse un peu plus loin son nouveau jeu irakien. Car, dans le chaos qui semble s’être abattu sur l’Irak avec le soulèvement de Falloujah et des miliciens de Moqtada Sadr, Téhéran trouve son compte. En effet, sur le dossier du nucléaire, le régime des ayatollahs, qui vient d’annoncer la construction d’un réacteur à eau lourde, ne s’attire pas les éloges de la communauté internationale. Que les États-Unis réitèrent leurs critiques n’est pas pour surprendre, mais que Mohammed el-Baradei se fasse plus ferme et que les pays européens marquent leur impatience à voir Téhéran faire preuve de bonne volonté est assurément plus problématique pour l’Iran. Aujourd’hui, le dossier iranien est ainsi passé dans l’ombre de la crise irakienne qui a capté l’attention de la communauté internationale avec ses prises d’otages en série et son lot quotidien de violences. Téhéran n’a toutefois un intérêt dans le chaos irakien que si celui-ci demeure contrôlé. Un Irak complètement déstabilisé représente pour tous ses voisins, à commencer par l’Iran, une menace de premier ordre. Or, si depuis le début de la crise, Téhéran ne se prive pas de critiquer la politique et la stratégie américaines en Irak, les représentants de la république islamique se gardent bien d’apporter un quelconque soutien clair au jeune leader radical chiite Moqtada Sadr. Mercredi, ils ont en outre abattu une nouvelle carte de choix, celle de la médiation. Une délégation iranienne s’est en effet rendue en Irak pour négocier avec les représentants chiites les conditions d’un apaisement sur le terrain. Quelques heures plus tard, Moqtada Sadr se disait prêt non seulement à négocier et à transformer sa milice en mouvement politico-social, mais aussi à comparaître devant un tribunal. Les Américains contraints de faire appel à Téhéran pour sortir du bourbier irakien, voilà de quoi contenter la diplomatie iranienne qui, affaiblie il y a peu, pourrait retrouver une certaine vigueur. Émilie SUEUR
L’Iran et l’Irak. Huit ans durant les relations entre ces deux pays ont été marquées par le fracas des armes. Huit ans de guerre, un million de morts, de mutilés ou de blessés graves.
Après la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, l’Iran a été néanmoins l’un des premiers régimes à rétablir des liens avec les nouveaux représentants irakiens. En quelques mois, Téhéran a ainsi accueilli plusieurs délégations irakiennes afin d’ériger de nouvelles relations bilatérales fondées sur la confiance. De nouvelles relations établies alors même que le Conseil irakien de gouvernement (CIG) est sous tutelle américaine. Au sein du CIG, Téhéran compte en outre de nombreux alliés parmi lesquels les représentants de l’ASRII, l’Assemblée suprême pour la révolution islamique en Irak, l’un des...