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POINT DE VUE Crise sociale : les aléas d’un relèvement du salaire minimum

Le mémoire présenté récemment par les organismes économiques sur la situation économique et sociale rejoint dans ses préoccupations et son diagnostic d’autres mémoires et pétitions présentés par les Associations des commerçants et des industriels, et les syndicats. Le constat est simple : la situation sociale et économique est difficile pour des raisons politiques et financières. Des réformes doivent être faites. À partir de là, toute sorte de propositions des différentes parties ont été faites, du relèvement des taxes douanières, à la nécessité de privatiser les secteurs publics d’intérêt économique, au recours aux capacités financières du secteur bancaire… Au nombre des propositions pour aider à la solution du problème social, l’une d’entre elles se rapporte au relèvement du salaire minimum, et donc à un relèvement général des salaires et des traitements dans les secteurs public et privé. Cette proposition est-elle une bonne solution ? Assurément non. Le relèvement des salaires et des traitements sans une hausse correspondante de la productivité a déjà été expérimenté et vécu par le Liban jusqu’en 1996. Toute hausse des salaires – justifiée socialement mais non soutenue économiquement – conduit immédiatement à une hausse des prix annulant tous ses effets au niveau du pouvoir d’achat. Plus encore, la hausse des salaires telle qu’elle a été pratiquée jusqu’en 1996 a non seulement eu peu d’effet sur le pouvoir d’achat des ménages, mais a également contribué à alourdir les montants de compensation à verser à l’employé du secteur privé lors de la retraite via l’indemnité de fin de service de la Sécurité sociale ou à grever le budget public pour la pension ou l’indemnité des employés du secteur public tant civil que militaire. Mais alors, dira-t-on, comment répondre aux nécessités de la vie courante du citoyen et lui garantir les ressources nécessaires ? Tout simplement en considérant les solutions en aval et non en amont. Une solution en amont, c’est celle qui consiste à recourir aux mêmes mesures partielles (relèvement du salaire minimum, aide au transport, à l’éducation…) d’une autre époque et qui, sans rien résoudre, ont tout simplement assombri le paysage social. Une solution en aval, c’est celle qui vise à placer la société libanaise dans ses composantes de production et de consommation – pour tous les biens et les services – dans une situation de productivité et de rentabilité, en tentant, tout compte fait, d’équilibrer l’économique et le social. Et c’est là où le rôle de l’État acquiert valeur singulière. Pourquoi ? Parce que toutes les ressources de l’État libanais proviennent des ressources et des activités du citoyen. Que celui-ci achète un appartement, une voiture, qu’il consomme dans les magasins et les restaurants, l’État perçoit impôt ou taxe. Dès lors que l’État libanais n’a d’autres ressources financières que ce qui provient de ce même citoyen – puisque l’État ne possède ni champs pétrolifères ou gaziers, mines d’or, d’argent ou de pierres précieuses –, il lui est impératif de bien gérer la cité pour éviter distorsions et dérapages. Or, adopter une hausse des salaires et des traitements dans un cadre institutionnel et financier caractérisé par l’absence de productivité conduit au triple résultat négatif suivant : a) hausse des pris ; b) chute du pouvoir d’achat ; c) grèvement des générations suivantes en matière de retraite et/ou d’indemnité de fin de service. L’économie, c’est l’équilibre intelligent de tous les secteurs de production et donc de richesse de la société. Et pour être intelligent, cet équilibre doit être provoqué par les libres flux du marché et non par des décisions et des orientations bureaucratiques ou d’intérêt sectoriel mal placé. En effet, la querelle entre l’industrie, l’agriculture et les services pour savoir à qui revient la préséance réelle dans le tissu économique libanais prend souvent les allures de la querelle entre le maître à danser, le maître d’escrime et le maître de philosophie dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Si nous voulons résoudre le social en sortant des leitmotivs traditionnels sans résultat, il y a lieu de relancer l’économie dans son ensemble. Comment ? En se demandant si la gestion des affaires de quatre millions de Libanais exige des taxes douanières, une taxe sur la valeur ajoutée, des impôts directs, des impôts indirects, des taxes municipales, la taxe du timbre fiscal, des dizaines de taxes inconnues ou peu connues, mais bien pratiquées, des cotisations de Sécurité sociale… Si, avec tout cela, la dette augmente, et si les employés et les employeurs ne sont pas contents des performances, c’est bien que quelque chose de nouveau doit être tenté. Mais quoi ? En agissant sur les taxes douanières et la fiscalité pour encourager l’investissement et la création d’emplois… Au lieu d’envisager une hausse des salaires et/ou une pression sur les employeurs pour accorder une quelconque aide à titre de transport ou d’éducation, un véritable dialogue d’actions et non de mots inutiles entre les divers partenaires sociaux (État, secteur privé et syndicats) pourrait conduire à faire baisser la tension sociale par une rationalisation de la masse de taxes et d’impôts. Pareilles actions seraient dans la logique même de la politique et de l’économie transfrontière et moderne à laquelle le Liban prétend – toujours par des mots – adhérer. Ce serait un commencement de solution dans l’esprit de demain et non d’avant-hier. Hyam MALLAT

Le mémoire présenté récemment par les organismes économiques sur la situation économique et sociale rejoint dans ses préoccupations et son diagnostic d’autres mémoires et pétitions présentés par les Associations des commerçants et des industriels, et les syndicats.
Le constat est simple : la situation sociale et économique est difficile pour des raisons politiques et financières. Des réformes doivent être faites. À partir de là, toute sorte de propositions des différentes parties ont été faites, du relèvement des taxes douanières, à la nécessité de privatiser les secteurs publics d’intérêt économique, au recours aux capacités financières du secteur bancaire…
Au nombre des propositions pour aider à la solution du problème social, l’une d’entre elles se rapporte au relèvement du salaire...