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Actualités - Opinion

Le sommet du G8 et le Moyen-Orient

Par Hyam MALLAT Le sommet du G8 tenu à Sea Island a approuvé une initiative intitulée « Participation pour le progrès et l’avenir commun avec le Grand Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ». Ce document rédigé avec la plus grande circonspection rappelle les grands principes toujours évoqués dans les discours de chefs d’État et de gouvernement, les résolutions des Nations unies et de l’Union européenne en matière d’engagement pour la paix, de développement politique, économique et social et de stabilité dans les pays du « Grand Moyen-Orient ». Cette initiative reconnaît que la résolution des conflits moyen-orientaux, dont principalement le conflit israélo-arabe et la question irakienne, sont de nature à favoriser la stabilité de la région. Plus encore, chacun des pays de cette région devra régir l’évolution du changement vers la démocratie, la défense des droits de l’homme... selon ses structures ainsi que les attentes et les contraintes de chaque société. Si donc, cette initiative du G8 rappelle quelques grands principes bien connus depuis longtemps, mais peu acceptés ou adoptés jusqu’à présent, il est important de relever quelques idées de base de nature à aider à baliser cette action de participation : 1 - Ainsi, chaque pays devra doser la vitesse de changement, mais aucun d’entre eux ne pourra arguer des contraintes nationales et locales pour s’interdire de mener les réformes nécessaires (§ 5-6 de l’initiative). Il est incontestable que pareille recommandation acquière toute sa valeur si l’on sait que la défense des situations acquises est bien plus importante que la promotion du progrès. En effet, une longue habitude de tirer profit du statu quo conduit à s’interroger sur les bienfaits de tout changement. Et c’est bien là que les exigences de la société civile doivent être suffisamment bien déterminées pour pousser à un changement de qualité dans les situations politiques, économiques et sociales présentes. De là à dire que cette initiative constitue une sorte de constat et de blâme pour les pays du « Grand Moyen-Orient » et de l’Afrique du Nord, à aucun moment, le texte ne l’affirme, mais les propositions sur les nécessités du changement font croire que si cette initiative de changement est laissée à chaque pays, celui-ci se doit d’user de la meilleure détermination pour l’engager et la réussir. 2 - Si donc les pays du G8 essayent de présenter le projet du « Grand Moyen-Orient » dans un langage diplomatique évitant nombre de susceptibilités, il n’en demeure pas moins qu’une détermination de pousser aux réformes se manifeste par la décision de créer des institutions pour aider aux changements et par la réaffirmation en finale des objectifs même du développement économique et social escompté. Sur le plan institutionnel, l’initiative du G8 prévoit d’investir l’IFC – organe financier de la Banque mondiale – d’une mission de financement des établissements privés dans le « Grand Moyen-Orient » et l’Afrique du Nord. Avec un montant de 100 millions de dollars, l’IFC se doit donc d’aller au-devant du secteur privé et de la microentreprise pour aider à la réalisation des objectifs de l’initiative du G8. C’est dire que, d’une part, la microentreprise et donc la microéconomie deviennent un phénomène phare dans le changement démocratique et social parce qu’elles élargissent la base de la population engagée dans ces processus, ce qui est de nature à obliger les gouvernements des pays membres à s’engager dans les réformes tant pour justifier leurs engagements publics que pour répondre aux attentes concrètes et pratiques de la société. Il ne s’agit plus dès lors d’inscrire des principes au fronton des monuments et de la littérature politique, mais bien d’en assurer le suivi et la concrétisation. Plus particulièrement, la micro-entreprise et la microéconomie acquièrent droit de cité politique car elles sont de par leur nature facteur de développement et de stabilité. La bonne santé des banques dans un pays – bien que nécessaire et normale – ne reflète pas toujours la bonne santé de la société civile si celle-ci ne trouve pas véritablement son compte et son intérêt. En rappelant cela, l’initiative du G8, surtout dans l’état politique actuel des choses, va incontestablement assurer un saut qualitatif dans les visées de toute société du « Grand Moyen-Orient ». D’autre part, les recommandations du paragraphe 11 de cette « initiative » sur le triple plan politique, social, culturel et économique constituent un engagement de nature à bousculer bien des traditions et des statu quo. Venant après toute la circonspection des termes et des analyses des sections 2, 3, 4, 5... du document – particulièrement à ce qui est dit au § 5-5 comme quoi « le changement ne peut être imposé de l’extérieur » –, voici que ces trois thèmes constituent un engagement des pays du G8 et un défi pour tous les pays du « Grand Moyen-Orient » et de l’Afrique du Nord. L’appui aux réformes implique, en effet, (a) l’établissement d’un cadre institutionnel ministériel pour le dialogue G8 – pays du « Grand Moyen-Orient » et les engagements du G8 dans les questions politiques, économiques et sociales dans le cadre du respect mutuel ; (b) lancer une initiative financière pour les microcrédits et aider des petits employeurs à sortir de la pauvreté ; (c) favoriser l’alphabétisation de plus de 20 millions de personnes ; et (d) formation de plus de 100 000 enseignants d’ici à 2009. C’est dire que si ce document du G8 sur la participation constitue en partie un diagnostic de l’état des choses dans les pays du Moyen-Orient avec une véritable reconnaissance des originalités de chaque pays et de l’exigence de respecter les modalités nationales de réformes ainsi qu’une prise de position sur les conflits israélo-palestinien et irakien, il n’en demeure pas moins qu’il vise à bousculer des statu quo et des situations politiques, économiques et sociales acquises que les pays du Moyen-Orient gagneraient à faire évoluer positivement et rapidement eux-mêmes pour éviter que le retard politique ne constitue en fin de compte une faillite de société au regard de l’histoire.
Par Hyam MALLAT

Le sommet du G8 tenu à Sea Island a approuvé une initiative intitulée « Participation pour le progrès et l’avenir commun avec le Grand Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ». Ce document rédigé avec la plus grande circonspection rappelle les grands principes toujours évoqués dans les discours de chefs d’État et de gouvernement, les résolutions des Nations unies et de l’Union européenne en matière d’engagement pour la paix, de développement politique, économique et social et de stabilité dans les pays du « Grand Moyen-Orient ». Cette initiative reconnaît que la résolution des conflits moyen-orientaux, dont principalement le conflit israélo-arabe et la question irakienne, sont de nature à favoriser la stabilité de la région. Plus encore, chacun des pays de cette région devra régir...