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La communauté chiite de Bagdad soudée pour enterrer ses morts

Camions aux pèlerins entassés et drapeaux noirs flottant au-dessus des autocars : par milliers, les chiites de Bagdad affluaient hier vers le mausolée Kazem pour enterrer leurs morts tués la veille dans des attentats aveugles. Beaucoup viennent de Sadr City, zone chiite défavorisée de la capitale. Bien avant le quartier de Kazimiya, où se trouve le mausolée de l’imam Moussa al-Kazem, leur sanctuaire le plus sacré dans la ville, ils descendent des véhicules. Ils forment vite un impressionnant défilé. « Cette affluence est un défi pour les auteurs des attaques. Les gens montrent qu’ils ne sont pas affectés et qu’il n’y aura pas de division sectaire en Irak », affirme Mohammed Ali Jassim, qui assiste à la procession. Pour traverser à pied le pont enjambant le Tigre, il faut se soumettre à des dizaines de palpations de sécurité tous les dix mètres. On recherche un éventuel nouveau kamikaze. Chacun se croit investi de cette mission de vigilance, et des dizaines d’anonymes fouillent avec les policiers. Un bandeau vert sur le front affichant le nom de Hussein – le petit-fils du prophète Mahomet martyrisé en 680 et vénéré par les chiites –, des hommes se flagellent le dos avec des chaînes. Leurs mouvements au son du tambour semblent chorégraphiés. D’autres se frappent la poitrine. Tout comme des femmes, portant une traditionnelle abaya noire, alignées sur le trottoir. La foule arrive en face de la mosquée de Kazimiya, mais le mausolée est fermé. Les attentats-suicide ont fait là 70 tués et 321 blessés en ce lieu. Le sol est pour la énième fois lavé à grande eau. Des commerçants réparent leur enseigne et époussettent des châles sur les présentoirs. « Les familles des victimes procèdent à la cérémonie d’inhumation chacune de leur côté », explique l’imam Safik Hassan al-Jezarri, un descendant direct du prophète comme en témoigne son turban noir. Un simple cercueil en bois flotte au-dessus d’une forêt de bras : Ghassam Sabakh avait 25 ans, il s’était marié il y a trois mois. Il a été tué juste devant la mosquée. La dépouille passe à l’endroit précis où le kamikaze s’est fait exploser. Les imams avaient lancé des appels au calme, et les fidèles, souvent armés d’un pistolet ou d’un fusil d’assaut, s’autodisciplinent. On les arrose avec de l’eau de rose. Quelques religieux sunnites participent aussi à la marche, en solidarité avec les chiites meurtris de Bagdad. Ce geste est salué par le cheikh al-Jezarri, qui dit cependant : « On ne veut pas de sympathie de façade. »

Camions aux pèlerins entassés et drapeaux noirs flottant au-dessus des autocars : par milliers, les chiites de Bagdad affluaient hier vers le mausolée Kazem pour enterrer leurs morts tués la veille dans des attentats aveugles.
Beaucoup viennent de Sadr City, zone chiite défavorisée de la capitale. Bien avant le quartier de Kazimiya, où se trouve le mausolée de l’imam Moussa al-Kazem, leur sanctuaire le plus sacré dans la ville, ils descendent des véhicules. Ils forment vite un impressionnant défilé.
« Cette affluence est un défi pour les auteurs des attaques. Les gens montrent qu’ils ne sont pas affectés et qu’il n’y aura pas de division sectaire en Irak », affirme Mohammed Ali Jassim, qui assiste à la procession. Pour traverser à pied le pont enjambant le Tigre, il faut se soumettre à des dizaines de...