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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE - Embrassez qui vous voudrez

Cinquième semaine de 2004. L’échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah a donné lieu à une émouvante, une poignante cérémonie d’accueil pour ceux qui ont souffert pendant des années dans leur chair pour la patrie. Certes. Mais cette cérémonie aura surtout mis directement sous les spots les différentes façons d’embrasser le prisonnier libéré des pontes de la République. Émile Lahoud en « Je suis le petit père du peuple », Nabih Berry en « Mon Dieu, dites-leur que j’existe encore, j’existe ! », Rafic Hariri en « Mais qu’est-ce que je fais là ? », et Hassan Nasrallah en Leonardo di Caprio sur le pont du Titanic, les bras triomphalement ouverts aux cieux, aux vents, aux éléments. Se demandant déjà ce qu’il va bien pouvoir trouver – ou alors comment souffler l’idée aux maîtres de Damas et de Téhéran, que Colin Powell ne compte décidément pas laisser en paix – pour que ses hommes puissent continuer de se prendre pour autant de soldats de l’armée libanaise. Mais c’est quelques minutes avant que la République ne se poste sur le tarmac de l’AIB que les baisers échangés étaient, de loin, les plus intéressants. Si les accolades Lahoud-Hariri, Berry-Hariri, Lahoud-Berry et Hariri-Nasrallah étaient on ne peut plus protocolaires, l’exubérante manifestation, les longs bécots entre le président de la Chambre et le secrétaire général du Hezbollah resteront sans aucun doute dans les mémoires et dans les archives. On les ressortira aux prochaines municipales, aux prochaines législatives, aux prochains raz-de-marée des candidats du Hezb. On les ressortira flanqués du nouveau cheval de bataille de Hassan Nasrallah, pick-pocketé à un Nabih Berry tétanisé et qui en avait fait un de ses fonds de commerce avec la communauté dont il veut rester le chef : exiger du fantasque colonel libyen de faire toute la lumière sur la disparition de l’imam Sadr. On ressortira le baiser Berry-Nasrallah à la prochaine élection du président de la Chambre, flanqué, aussi, de cette phrase sublime du patron du parti intégriste, qui n’a aucun problème à crier devant 8 000 personnes et cent fois plus de téléspectateurs son respect pour un ennemi qui tient autant à ses hommes – plus qu’une phrase, un lifting massif de crédibilité. Il ne reste plus à Hassan Nasrallah, somme toute, que de caser un maximum de fonctionnaires dans les bureaux des administrations de l’État. Pauvre État, réduit à détourner, usurper une gloire qui appartient en toute légitimité à ceux en faveur de qui il a pratiquement abdiqué, tout laissé, concomitance des volets libanais et syrien oblige. Pauvre Syrie qui aura bientôt l’occasion de goûter réellement, peut-être à ses dépens, aux inconvénients d’une tutelle de plus en plus dangereuse pour l’avenir du Liban. Car comment trancher entre Nabih Berry et Hassan Nasrallah, deux de ses plus fidèles alliés par ordre décroissant ? Les baisers échangés, volés, concédés cette semaine pourraient très bien préluder à d’autres. Totalement inédits. Si la loi électorale est telle que la promet, en coulisses pour l’instant, Élias Murr – juste, équitable, assurant une parfaite représentativité –, les effusions entre le Hezbollah et l’opposition, emmenée par Kornet Chehwane et ses alliés, risquent d’être tout sauf des baisers de cinéma. D’autant que tous deux, absents du pouvoir, ne cachent plus, ou presque, leur(s) intérêt(s) commun(s). Enfin, les superbes baisers échangés cette semaine entre les prisonniers libérés et leurs familles, entre ceux qui ont combattu l’ennemi et les dirigeants de leur pays retrouvé font atrocement penser aux larmes de bonheur et aux effusions de tendresse qu’attendent vainement, depuis des années, les mères des prisonniers libanais qui continuent de croupir dans les geôles syriennes et dont Beyrouth et Damas nient scandaleusement jusqu’à leur existence. Des mères qui ne comptent plus, elles non plus, ni leurs larmes ni leurs allers-retours à Bkerké – le seul espace où elles sont écoutées et entendues. Ziyad MAKHOUL
Cinquième semaine de 2004.
L’échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah a donné lieu à une émouvante, une poignante cérémonie d’accueil pour ceux qui ont souffert pendant des années dans leur chair pour la patrie. Certes. Mais cette cérémonie aura surtout mis directement sous les spots les différentes façons d’embrasser le prisonnier libéré des pontes de la République. Émile Lahoud en « Je suis le petit père du peuple », Nabih Berry en « Mon Dieu, dites-leur que j’existe encore, j’existe ! », Rafic Hariri en « Mais qu’est-ce que je fais là ? », et Hassan Nasrallah en Leonardo di Caprio sur le pont du Titanic, les bras triomphalement ouverts aux cieux, aux vents, aux éléments. Se demandant déjà ce qu’il va bien pouvoir trouver – ou alors comment souffler l’idée aux maîtres de...