D’une pierre, le Hezbollah réussit à faire une assez belle volée de coups avec l’échange de prisonniers qui doit intervenir demain jeudi.
Ne serait-ce qu’au plan arithmétique, les termes de l’accord sont des plus avantageux en effet puisqu’en échange de plus de quatre cents prisonniers arabes et libanais, l’État juif obtient comme on sait la restitution d’un prétendu homme d’affaires et très convaincant espion, le colonel de réserve Tannenbaum, et les dépouilles de trois militaires tombés au Liban-Sud.
Le Hezbollah s’impose de surcroît comme un protagoniste incontournable pour tout ce qui a trait à la région frontalière libano-israélienne même si Israël, et avec lui les États-Unis, s’obstinent à lui dénier toute sorte de légitimité et à le compter au nombre des organisations terroristes. Une telle consécration n’est pas cependant chose trop nouvelle : ce troc de prisonniers est en fait le cinquième du genre, et le troisième à avoir été négocié par l’entremise de l’Allemagne. Au plan strictement militaire, ce passage obligé par le Parti de Dieu avait été reconnu dès 1996 quand la meurtrière opération Raisins de la colère lancée par Shimon Peres se retourna finalement contre Israël, lequel fut bien contraint de négocier indirectement un cessez-le-feu. Cet arrangement donna lieu d’ailleurs à un comité de surveillance international incluant les États-Unis aux côtés de l’intermédiaire français, d’Israël, du Liban (censé représenter et donc coiffer le Hezbollah) et enfin de son inévitable chaperon syrien. C’est un comité bien plus transparent qui se chargera de la suite des opérations – à savoir la libération du militant druze Samir Kantar en échange d’informations sur le sort de l’aviateur israélien Ron Arad – puisqu’on y trouvera autour de l’Allemagne Israël, le Hezbollah et, pour la première fois, son tuteur iranien.
À ce bilan positif peut s’ajouter le débat institué en Israël sur le bien-fondé de ce marché inégal, auquel fait pendant l’immense surcroît de prestige que connaît le Hezbollah auprès des Palestiniens. Depuis des années déjà, le Hezbollah fait figure de modèle aux yeux des Palestiniens pour être le premier et le seul, États et milices confondus, à avoir contraint l’État hébreu à évacuer un territoire par la seule pression militaire et sans le moindre traité de paix. Voici maintenant que le Parti de Dieu fait mouche là où l’Autorité autonome se cassait les dents, même si la plupart des prisonniers palestiniens promis à la liberté devaient de toute manière quitter leurs geôles dans le courant de l’année, après avoir purgé des peines relativement légères. Verra-t-on les organisations palestiniennes recourir à leur tour à la capture de militaires ou de civils israéliens pour tenter de récupérer leurs milliers de camarades embastillés ? Le plus paradoxalement du monde, il y a là de quoi inquiéter aussi bien Yasser Arafat qu’Ariel Sharon.
Reste le fait, indéniable, que ce marché n’a pu être conclu (et même passablement bricolé dans sa phase finale, relative au sort du doyen des prisonniers libanais Samir Kantar) que sous l’influence agissante, pour ne pas dire les pressions de l’Iran et de la Syrie, que l’invasion de l’Irak a rendus de plus en plus soucieux de respectabilité internationale. À l’instar de toute force de dissuasion qui perd sa raison d’être dès l’instant où elle est utilisée, les cartes maîtresses que détenait le Hezbollah n’existent plus une fois abattues : ne reste plus en effet que celle, assez aléatoire, des fameuses fermes de Chebaa, portion de territoire autour de laquelle notre pays n’a toujours pas réussi à réunir le moindre courant de sympathie internationale. Là aussi, c’est à Téhéran et Damas que sera établie la nouvelle règle d’un jeu incluant nécessairement la redoutable composante israélienne mais certes pas, hélas, la libanaise qui aurait dû être pourtant la plus naturellement qualifiée.
C’est dire qu’à l’allégresse très vive et sincère qu’inspire à tous les Libanais le retour au bercail des résistants emprisonnés par l’ennemi israélien, se mêle une bonne part de désenchantement quant à la volonté de l’État d’assumer enfin le rôle qui lui revient de droit : le rôle qu’il doit lui-même aux citoyens et qui ne devrait pas se limiter à servir de paravent à quiconque pour venir réclamer bruyamment ensuite sa part de lauriers.
C’est alors, et alors seulement, que les gouvernants baignant aujourd’hui dans l’autosatisfaction pourront prétendre crédiblement à une gloire qui, jusqu’à nouvel ordre, appartient au seul Hezbollah.
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Ne serait-ce qu’au plan arithmétique, les termes de l’accord sont des plus avantageux en effet puisqu’en échange de plus de quatre cents prisonniers arabes et libanais, l’État juif obtient comme on sait la restitution d’un prétendu homme d’affaires et très convaincant espion, le colonel de réserve Tannenbaum, et les dépouilles de trois militaires tombés au Liban-Sud.
Le Hezbollah s’impose de surcroît comme un protagoniste incontournable pour tout ce qui a trait à la région frontalière libano-israélienne même si Israël, et avec lui les États-Unis, s’obstinent à lui dénier toute sorte de légitimité et à le compter au nombre des organisations terroristes. Une...