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RETROSPECTIVE 2003 ENVIRONNEMENT Une année de surplace, voire de recul

Cafouillage, échecs successifs, conflits d’intérêt. C’est ainsi que l’on peut décrire la performance du gouvernement dans le traitement des grands dossiers environnementaux durant l’année 2003. Il serait exagéré de parler de surplace, il faudrait plutôt évoquer un recul, voire une aggravation de la dégradation écologique dont souffre le pays.
En effet, les quelques avancées timides observées en 2002 sur les deux fronts des carrières de sable et de gravier et de l’utilisation du (mauvais) mazout ne se sont pas confirmées. La fermeture des carrières a provoqué l’ire des entrepreneurs, triplé le prix des matières premières et ouvert la voie à l’importation de gravier et de sable de moindre qualité que celui extrait sur le territoire libanais. La mesure d’interdiction, à laquelle ont applaudi les écologistes, est d’ailleurs restée incomplète : certains propriétaires de carrières « protégés » ne se sont pas sentis dans l’obligation d’appliquer le décret, entré en vigueur en octobre 2002.
Pour ce qui est des véhicules roulant au mazout, dont trois catégories, les taxis, les bus à 15 places et les bus à 24 places, ont été interdits de circulation durant l’été 2002, on enregistre un net recul. Non seulement les propriétaires de la seconde catégorie de minibus n’ont pas obtenu leurs indemnités, mais il est devenu évident que des centaines de chauffeurs dans les différentes régions libanaises ont recommencé, en 2003, à utiliser le mazout, de mauvaise qualité donc très polluant, faisant fi de la loi n° 341 adoptée un an plus tôt. Sans que les autorités ne trouvent bon de réagir...
Toutefois, le dossier qui a causé le plus de bruit en 2003 est sans conteste celui des déchets ménagers. La situation devient en effet intenable : la décharge publique de Naamé est saturée, les grands dépotoirs sauvages, notamment celui de Saïda qui s’est effondré cet été, sont dans un état de délabrement avancé, et la rupture du contrat avec la société qui se chargeait de la collecte et du traitement des ordures a été décidée, sans aucune solution valable en vue. Sous la pression, le Conseil des ministres a approuvé un premier plan national pour le traitement des déchets qui prévoyait sept décharges dans tout le pays et treize centres de transfert. Des informations sur les régions proposées ayant filtré dans les médias, des manifestations y ont eu lieu, marquant le refus des populations locales d’accueillir de tels sites, mais aussi leur évident manque de confiance en la capacité de l’État à gérer ce dossier, après les déboires de Naamé.
Face à l’ampleur des mouvements de protestation, le Conseil des ministres a reculé, confiant à une commission ministérielle le soin de trouver une solution de rechange. Celle-ci a suggéré... que chaque caza se charge du traitement de ses propres déchets. Cette proposition a soulevé un tollé chez les écologistes, qui y voient, à juste titre, une généralisation de la pollution ainsi qu’un accroissement substantiel des dépenses. Concernant l’épineux dossier des ordures ménagères, l’année 2003 se sera donc terminée dans le flou, alors que le Conseil de développement et de reconstruction (CDR) devrait achever en janvier la rédaction du cahier des charges qui précède le choix d’une nouvelle compagnie de collecte et de traitement. En parallèle, une coalition de plus d’une centaine d’ONG s’est formée, pour revendiquer une solution écologique viable à ce problème que l’État n’a que trop tardé à aborder de manière sérieuse.
Pourquoi cette impression de flou et de chaos ? Les raisons de ce cafouillage sont multiples. Au sein de l’État, les conflits d’intérêts sont incessants : pour ne parler que du dossier des déchets, les prérogatives des ministères de l’Environnement et de l’Intérieur ainsi que celles du CDR ne sont plus très clairement réparties. Le député Akram Chehayeb a récemment critiqué les prestations du ministère de l’Environnement en la matière, soulignant qu’il n’a pas réussi à imposer son propre plan national pour le traitement des déchets.
Le manque de confiance de la population dans les capacités de l’État à gérer ce dossier de manière équitable et intègre constitue également une des causes principales des difficultés observées. À cela il faut ajouter que les habitants ne sont pas disposés à accepter les déchets provenant d’autres régions, pour des raisons souvent d’ordre social plutôt que purement écologique.
Enfin, il semble que la volonté politique continue de manquer, malgré le caractère urgent des dossiers. Les questions environnementales ne figurent pas encore en tête de liste des priorités, malgré leur incidence sur la qualité de vie et sur la santé des citoyens, ainsi que sur la vie économique et le tourisme. De plus, le légendaire laxisme dans l’application des lois au Liban n’a pas encore été démenti, comme en témoigne l’affaire du mazout. C’est ainsi qu’on en arrive à oublier l’adoption du crucial code de l’environnement en 2002 : le vote de cette loi-cadre moderne avait alors été salué comme une victoire. Sans décrets d’application, elle figure aujourd’hui parmi les textes oubliés dans les tiroirs.
En sera-t-il de même en 2004 ?

Suzanne BAAKLINI
Cafouillage, échecs successifs, conflits d’intérêt. C’est ainsi que l’on peut décrire la performance du gouvernement dans le traitement des grands dossiers environnementaux durant l’année 2003. Il serait exagéré de parler de surplace, il faudrait plutôt évoquer un recul, voire une aggravation de la dégradation écologique dont souffre le pays. En effet, les quelques avancées timides observées en 2002 sur les deux fronts des carrières de sable et de gravier et de l’utilisation du (mauvais) mazout ne se sont pas confirmées. La fermeture des carrières a provoqué l’ire des entrepreneurs, triplé le prix des matières premières et ouvert la voie à l’importation de gravier et de sable de moindre qualité que celui extrait sur le territoire libanais. La mesure d’interdiction, à laquelle ont applaudi les...