Mais d’abord limitons les abords du sujet. Il ne s’agit pas du tout de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Prenons le sens du mot « famille » à la manière orientale, comprenant les oncles et les tantes, les cousins et les cousines, les ancêtres et les descendants, un peu comme on dit en France, « cousins à la mode de Bretagne »... Il faut remarquer aussi que les documents écrits ont été perdus ou détruits au hasard des guerres et des invasions dans cette région du Proche-Orient qui a vu tant de métissages des populations. J’en suis donc réduit à me baser sur les textes évangéliques, sur les traditions orales ou tirées du folklore, les vestiges archéologiques, et surtout sur la psychologie orientale qui accorde une si grande importance à la famille, comprise au sens large du terme.
I- Les textes évangéliques
a) Les frères de Jésus. Le sens du mot « frères » dans les Évangiles est élargi aux cousins, et les « sœurs » englobent aussi les cousines. La famille terrestre de Jésus était bien connue dans son village de Nazareth où les compatriotes « témoignent » de Jésus. « N’est-ce pas lui le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ?... (Mt, XIII, 55 et 56). saint Marc écrit aussi dans le même sens : « N’est-ce pas là le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ?... » (Mc, VI, 3).
b) Les fils de Zébédée. Qui était Zébédée ?... Sans doute un proche parent de Jésus, car leur mère va lui demander cette chose étonnante pour un esprit occidental et « démocrate » : « Voici mes deux fils. Ordonne qu’ils siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ton royaume. » (Mt, XX, 21). La Tradition nous dit que les fils de Zébédée étaient saint Jean et saint Jacques (le majeur). Ce détail est important pour comprendre les rôles futurs de ces deux apôtres, « les préférés de Jésus », qui assistèrent avec saint Pierre à la Transfiguration sur le Mont Thabor. (Mt, XVII, 1 et 2).
c) Le disciple que Jésus aimait (Jn, XIX, 26). C’est ainsi que saint Jean se désigne lui-même. Voilà pourquoi il ne mentionne que dans son Évangile la demande « prétentieuse » de sa mère qui avait choqué les autres apôtres. Cependant, à la Cène du Jeudi-Saint et durant la Passion de Jésus, saint Jean est au premier plan, même avant saint Pierre. Au repas pascal, il était placé tout près de Jésus et pouvait lui demander à voix basse qui est-ce qui allait le trahir. (Jn, XII, 23)
(I) Les références bibliques sont celles de La Bible de Jérusalem, éditions du Cerf, 29 Boulevard Latour-Maubourg – Paris.
d) Le premier miracle de Jésus (Jn, II, 1 à 2). Ce récit des noces de Cana est très révélateur pour la justification de ma thèse : l’importance du rôle familial au temps de Jésus et même encore aujourd’hui dans les rituels du mariage à la montagne libanaise auxquels j’ai participé. Relisons attentivement le texte de saint Jean, témoin évident du miracle de l’eau changée en vin par les détails très précis qu’il rapporte.
« Il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus y était, Jésus aussi fut invité à ces noces ainsi que ses disciples... » Ce verset me surprend aujourd’hui. D’abord, pourquoi saint Jean mentionne-t-il la Vierge Marie avant son fils Jésus ? Les traditions orientales, encore aujourd’hui, donnent le premier rôle aux hommes dans les cérémonies officielles. Alors, pourquoi saint Jean mentionne-t-il d’abord la Vierge Marie ?... D’après mon idée presque évidente ici, c’est parce que la Vierge Marie était une proche parente des jeunes mariés. Si on convient que Jésus avait dans les trente ans au début de sa vie publique, sa mère devait avoir autour des cinquante ans, l’âge des matrones familiales, et c’était elle probablement qui avait été chargée d’organiser le festin de la noce avec quelques autres femmes de son âge, selon la tradition encore vivante dans les montagnes du Liban. C’est elle la première qui s’aperçut que le vin allait manquer et qui pria son fils, d’une manière discrète, de faire quelque chose : « Ils n’ont plus de vin... » Et malgré la réponse évasive de Jésus, Marie s’adressa avec autorité, directement, aux serviteurs de la noce, sans passer par les parents des nouveaux mariés : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
e) L’excursion dans les parages de Tyr et de Sidon (Mt, XV, 21 à 28) (et Mc, VII, 24 à 30). Voici encore de jolis extraits évangéliques qui semblent presque d’actualité avec les querelles libano-israéliennes, mais laissons cela aux médias, et posons-nous la question : « Pourquoi Jésus est-il venu en terre aujourd’hui libanaise, ou chananéenne ou syro-phénicienne dans les textes évangéliques ? » On peut simplement supposer que Jésus avait de la famille dans cette région.
II- Preuves archéologiques
Le village de Cana où Jésus fit son premier miracle était-il au Liban ?... Faisons remarquer que les frontières au temps de Jésus n’étaient pas exactement fixées comme aujourd’hui et délimitées par des observateurs onusiens. En réalité, il existe deux villages qui portent ce nom : l’un en territoire israélien, l’autre au Sud-Liban. Pour ma part, je suis presque persuadé que c’est le village libanais qui fut le véritable lieu du miracle.
III- Les traditions orales
Selon une tradition orale, au Liban-Sud certaines familles se disent encore descendantes de celle de Jésus et que les prénoms de Joachim (ou Youakim) et d’Anne (ou d’Anna), les parents charnels de la Vierge Marie, étaient encore très répandus dans la région. Nous ignorons si saint Joachim et sainte Anne avaient d’autres enfants que la Vierge Marie.
Conclusion
Oui, il est presque probable, mais ce n’est pas une vérité de foi, qu’il existe encore des descendants de la famille de Jésus au Liban-Sud, issus de la famille de Joachim et de sainte Anne, ou de celle de Zébédée, ou de Simon, de Joset et Jude cités par saint Marc (Mc, VI, 3) ou de personnages féminins non mentionnés dans nos Évangiles, étant donné qu’en Orient les descendants mâles sont privilégiés dans les écritures officielles de jadis.
Yves CARIOU
Ancien professeur de lettres,
d’histoire et de religion
dans plusieurs collèges
du Liban et de Syrie,
de 1950 à 1995


Raggi : La distinction entre les ailes politique et militaire du Hezbollah n'est absolument pas réaliste