Un discours simpliste mais qui, relayé par la presse de droite, est susceptible de convaincre une opinion volatile, surtout après l’assassinat de deux diplomates japonais dans le nord de l’Irak.
Toutefois, derrière les exhortations généreuses à la reconstruction d’un pays dévasté et à la fermeté contre le terrorisme international – fléau relativement inconnu des Japonais – se dessinent l’intérêt national, tel l’approvisionnement en pétrole, et, peut-être, une nouvelle realpolitik qui dispenserait l’archipel des tabous pacifistes de l’après-guerre. « L’Irak est un pas supplémentaire vers un Japon plus normal sur la scène internationale, une étape importante à franchir », renchérit un diplomate ayant requis l’anonymat. Le débat est d’autant plus biaisé que la participation militaire du Japon à la coalition en Irak serait plus symbolique qu’autre chose. Il n’a jamais été question que d’envoyer des troupes non combattantes et en nombre limité, un millier au maximum. La reconstruction de l’Irak est « directement liée aux intérêts nationaux de notre pays qui dépend du Moyen-Orient pour 90 % de ses besoins pétroliers », avouait récemment le gouvernement, non sans un certain cynisme.
En outre, les diplomates japonais ne cachent pas, en privé, que leur principal souci est la menace nucléaire nord-coréenne et que « reculer » en Irak étalerait la faiblesse de l’archipel devant la dictature de Pyongyang. Si M. Koizumi ne ménage pas son appui à l’Administration Bush, c’est qu’il peut compter en retour sur le parapluie américain en cas de crise avec la Corée du Nord.
Mais au-delà de l’alliance privilégiée – et quelque peu pesante – avec le « Shogun américain », le Japon nourrit des ambitions multilatérales, rendues plus pressantes par la montée en puissance de la Chine.
Pour nombre d’analystes, la « doctrine Yoshida » a vécu. Du nom de son concepteur, influent politicien de l’après-guerre, elle a prévalu pendant la guerre froide, laissant le Japon maître de son destin économique et déléguant les affaires de défense aux Américains. Cependant, un tel changement suppose d’amender une Constitution pacifiste qui empêche le Japon depuis 1946 de participer à des opérations de sécurité collective. L’article 9, controversé, stipule non seulement que le Japon « renonce à jamais à la guerre comme droit souverain » mais aussi qu’il lui est interdit d’entretenir « des forces terrestes, maritimes, aériennes et tout autre potentiel militaire ». M. Koizumi se dit prêt à réviser la Constitution dès 2005 afin « de permettre à l’armée de jouer un rôle actif dans les activités de maintien de la paix sur la scène internationale ».
Mais l’ambition du Premier ministre de restaurer la place internationale du Japon n’est pas sans risque politique. Outre qu’il devra assumer le prix du sang japonais versé en Irak, il est confronté à une difficulté de taille : le pacifisme, lié à son éthique bouddhiste, de son partenaire au pouvoir, le Nouveau Parti Komeito. L’appui de ce parti centriste lui est indispensable s’il veut remporter les élections sénatoriales de juillet 2004 et rester au pouvoir.

