On aura tout de même compris, après le sommet, que la tendance prédominante reste le statu quo. La région est en effet sur un volcan. La Syrie, avec le Liban à ses côtés, se trouve en butte non seulement à de fortes pressions US, mais aussi à de lourdes menaces militaires israéliennes. Ce n’est pas le moment de s’amuser à des vétilles, mais de resserrer au maximum la coordination entre les deux pays frères, soulignent les défenseurs de cette thèse. Ils ajoutent que l’entregent de Hariri à l’étranger peut aider le tandem à parer aux dangers. Sans compter que les mêmes circonstances devraient dissuader tout le monde au Liban de jouer avec le feu des zizanies. La défense de la patrie implique la nécessité d’en conforter la stabilité intérieure, aussi bien politique que sécuritaire ou socio-économique. Une crise ministérielle constituerait une secousse pour le moins inopportune. Et risquerait d’affecter une situation économique déjà délicate. Dans ce domaine également, le président Hariri est nécessaire. Pour limiter au moins les dégâts, d’ici à la fin du mandat présidentiel. Et en attendant que l’on puisse amorcer un véritable plan de redressement. Aussi, les présidents Lahoud et Hariri doivent-ils continuer à coopérer. Dans le cadre du jeu institutionnel, comme le président Assad l’a souhaité dans son entretien au Hayat. Abdel-Halim Khaddam souligne de son côté le même impératif. À savoir que le linge sale doit être lavé en famille, entre les quatre murs des instances constitutionnelles. Il appelle l’ensemble des Libanais, loyalistes et opposants confondus, à se rassembler, à cause de la gravité de l’heure régionale et des dangers qui menacent leur pays. Ce qui induit, à son sens, qu’il est prématuré de parler de la présidentielle. En point d’orgue, Khaddam insiste sur un ton tout à fait solennel : « Nous, en Syrie, nous voulons voir régner la stabilité et la coopération entre toutes les parties prenantes qui composent le pouvoir libanais, tout comme entre les officiels et la frange de l’opposition qui ne se dresse pas contre la ligne générale nationale. » En pratique, le chef de l’État et le vice-président syriens, sans trop entrer dans les détails, recommandent que l’on débatte des dossiers au sein du Conseil des ministres, sans les geler, pour que du travail soit accompli. Et qu’une décision soit prise, ou bien à l’amiable, ou bien par vote, dans le respect des règles. De même pour le cabinet : il ne peut partir que par la démission de son président, d’un tiers de ses membres ou en étant désavoué par la Chambre.
Toujours est-il que si l’on fait abstraction des ambitions de certains ministrables impénitents, le but des partisans du changement est de toute évidence de faire sauter Hariri. Mais qui pourrait lui succéder dans la phase présente ? Et qui, d’ailleurs, en prendrait le risque ? Bien sûr, il en est qui en rêveraient pour voir leurs noms inscrits sur les tablettes. Mais seraient-ils à la hauteur ? À de très rares exceptions près, on pourrait en douter. En tout cas, la plupart des présidentiables plausibles se montrent réticents face à un héritage aussi redoutable.
Il reste que certains stratèges proposent l’accommodement suivant : Hariri rendrait son tablier pour être remplacé par un président du Conseil convenant un peu mieux au régime, sans déplaire à l’actuel locataire du Sérail. Les noms les plus couramment avancés sont ceux de Nagib Mikati, Fouad Siniora, Samir Jisr, Bahige Tabbarah ou Adnane Kassar. En revanche, il ne serait plus question de reconduction. En tout cas, la réponse à toutes les interrogations comme à toutes les spéculations n’est pas au Liban. Mais en Syrie.
Émile KHOURY


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