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IMPRESSION L’académie des stars filantes


La Star’ac me fascine. J’ai presque honte de l’avouer, comment je me scotche tous les soirs, de 8 à 9, à regarder les évolutions pathétiques des quinze, puis des sept derniers à ce jour, apprentis artistes dont une poignée de professionnels ont à charge d’accoucher le talent, en direct, sous vos yeux.
Après ça, on se demande comment ont fait les autres, les chanteurs qui sont arrivés sans Star’ac, sans personne pour les juger sous le regard de leurs pairs et des ménagères affairées qui les saquent à l’œil, des ados qui en rêvent, qui en crèvent et qui s’identifient, et qui les jettent sans pitié. Les candidats, ils ont, quoi, l’âge du bac, à peine ? Alors, celle que je trouve incroyable, moi, c’est la prof d’expression scénique qui leur reproche leur peu de « vécu ». Ben voyons. Là, on ne te sens pas, elle dit. On ne sens pas que tu sens. Y a rien dans tes yeux. Pas de pathos, pas de douleur, ça ne passe pas. Ta chanson parle d’amour et c’est à se demander si tu as jamais connu ça, l’amour. Elle s’appelle Raphaëlle, la prof. Elle a en permanence une drôle de queue-de-cheval accrochée au sommet du crâne et qui sautille d’une manière comique quand elle dit ça : là, c’est bon, là je te sens, c’était beau quand tu as eu envie de pleurer. La queue-de-cheval, c’est donc la prof à pleurer. Et le téléspectateur est là qui se tâte : la petite brune, elle a tout bon puisque c’est là, ça me gratouille dans la gorge comme une envie de pleurer moi aussi. Mais au conseil de classe, le prof de théâtre qui en connaît un rayon est impitoyable : c’est du chiqué, il dit. L’émotion qu’elle vous a donnée, la petite, c’est un « truc » qu’elle a travaillé pour voir si ça marche. Tant pis pour vous si vous vous êtes laissé avoir. Le public doit être exigeant. Les places sont chères, et les sponsors vous offrent le droit de retourner le pouce.
Pour la troisième année consécutive et pour longtemps encore, à voir comment ça prend, les nouveaux gladiateurs sont de retour. Ils sont tout jeunes, tout beaux, ils ont du talent tout plein, et ils en veulent. On vous offre de les regarder vivre. Tous les jours, pendant une heure, vous êtes au plus intime de leur intimité. Vous les regardez, jeunes lions en cage, séparés de leurs familles, de leur entourage, de leur milieu naturel, craquer sous la pression, tomber amoureux les uns des autres, lâcher des petites phrases qui tuent dans l’état de susceptibilité exacerbée où ils se trouvent. Forcément, vous êtes vous aussi conditionné par cette promiscuité forcée. Quand vous écoutez à leur porte, ce n’est pas de l’indiscrétion, c’est la vie de famille. Vous avez vos sympathies, vos têtes de Turc. Vous ne jugez plus le talent d’un chanteur découvert sur les ondes ou en tête de gondole. Vous votez pour un compagnon ou une compagne idéale. D’ailleurs, vous ne votez rien du tout. Ce sont vos ados qui décident, et même les préados. À ce jeu-là, il ne s’agit pas d’être bon, ni même discipliné, ni d’« en avoir ». Il faut être beau, pas trop. Sympa, mais sans faire le fayot. Il faut être le meilleur sans avoir l’air d’un premier de classe.
En somme, la Star académie, quand on a le tort de manquer de vécu, à 18 ans, elle vous en donne, du vécu à vivre. On n’en sort pas indemne, vu qu’on en sort jeté. Quant à l’heureux gagnant, après avoir paradé quelques mois d’un show télévisé à l’autre et enregistré quelques disques, il ne lui restera plus qu’à céder la place, pantouflant dans une retraite prématurée. C’est qu’à force d’avoir donné du « vécu », le temps d’une Star’ac, on a rogné sur la part « à vivre ». Au suivant !

Fifi ABOUDIB
La Star’ac me fascine. J’ai presque honte de l’avouer, comment je me scotche tous les soirs, de 8 à 9, à regarder les évolutions pathétiques des quinze, puis des sept derniers à ce jour, apprentis artistes dont une poignée de professionnels ont à charge d’accoucher le talent, en direct, sous vos yeux.Après ça, on se demande comment ont fait les autres, les chanteurs qui sont arrivés sans Star’ac, sans personne pour les juger sous le regard de leurs pairs et des ménagères affairées qui les saquent à l’œil, des ados qui en rêvent, qui en crèvent et qui s’identifient, et qui les jettent sans pitié. Les candidats, ils ont, quoi, l’âge du bac, à peine ? Alors, celle que je trouve incroyable, moi, c’est la prof d’expression scénique qui leur reproche leur peu de « vécu ». Ben voyons. Là, on ne te...