Des sources bien informées assurent que si l’ambassadeur US à Beyrouth demandait l’arrêt du feuilleton en question, la réponse serait non. Et pour plusieurs raisons, précisent ces sources. D’abord, al-Manar est une chaîne privée jouissant d’une liberté totale dans son traitement de l’information, sans compter que c’est une des télévisions les plus regardées dans le monde arabe. Ensuite, une censure du programme équivaudrait à une atteinte à la liberté d’opinion. « Pourquoi l’Administration américaine estimerait-elle que la traduction du général Michel Aoun en justice après son témoignage au Congrès est une atteinte aux libertés, et pas l’arrêt du feuilleton d’al-Manar, qui ne fait que raconter l’histoire d’un pays ennemi du Liban ? » se sont-elles demandé.
Ces sources se sont en outre étonnées de la conception américaine de l’information et de la liberté d’opinion, ainsi que des nouveaux critères instaurés par le département d’État depuis le 11 septembre 2001. Se demandant pourquoi Washington s’empresse à ce point à défendre, par les voies diplomatique et médiatique, l’histoire du mouvement sioniste, et insiste tellement pour empêcher la diffusion d’ al-Chatat. Surtout que les Américains savent pertinemment que le Liban ne répondra pas favorablement à leur requête.
Tout cela quelques jours à peine après les « souhaits » formulés par le chef du PSP, Walid Joumblatt, qui s’était désolé que le n° 2 du Pentagone, Paul Wolfowitz, ait échappé à un attentat à Bagdad. Washington avait demandé une condamnation de ces propos par le gouvernement libanais, sauf que l’ambassade US n’a pas cru bon de transmettre ce vœu à quelque responsable local que ce soit. Et tout le monde s’était étonné d’une telle demande « théorique » et irréaliste, sachant que Walid Joumblatt est un membre du Parlement libanais, qu’il représente une grande proportion de Libanais, qu’il est le chef du PSP et qu’il a le droit d’exprimer pleinement son avis. Sachant également que cette demande US avait été considérée par le Liban comme une ingérence pure et simple dans ses affaires internes.
Khalil FLEYHANE


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