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Actualités

L’option citoyenne

D’Oslo à la « feuille de route ». Dix ans. Dix années au cours desquelles ont été avancées toutes sortes de projets visant à mettre fin au conflit entre Palestiniens et Israéliens. Dix années au terme desquelles le processus de paix est plus que jamais moribond. Aujourd’hui, les acteurs et observateurs du conflit ne cachent plus leur désarroi. Que faire pour enfin clore ce dossier sanglant ouvert il y a plus de cinquante ans ? Un « accord bilatéral » ? Le processus d’Oslo a été signé et enterré. Un plan international ? La « feuille de route » a été adoptée par les deux parties, pour montrer ses limites quelques semaines plus tard seulement. La mise en place d’une force internationale d’interposition ? On la réclame côté palestinien, on la refuse côté israélien, et on évite soigneusement de l’aborder du côté des États pourvoyeurs de troupes.
Face à un monde politique impuissant et aphone (à l’exception notable du courageux point de vue publié récemment par Avraham Burg), une voix commence toutefois à s’élever : celle de la société civile. Celle de citoyens mécontents de la politique menée par l’État, celle de citoyens responsables et décidés à promouvoir une alternative aux options prises par leurs gouvernements.
Force est de reconnaître qu’à l’heure actuelle, cette voix se fait essentiellement entendre du côté de Tel-Aviv. Le mouvement a été lancé (ou plutôt relancé car les « refuznik » donnent de la voix depuis plusieurs années déjà) par 27 pilotes de chasse israéliens qui, le 24 septembre dernier, ont affiché leur refus « de continuer à porter atteinte à des civils innocents » dans les territoires occupés. Au-delà du militaire, c’est bien du citoyen qu’il s’agit ici. Des citoyens qui refusent de continuer à prendre part aux exactions commises de l’autre côté de la ligne verte. Avant-hier, 200 professeurs et universitaires israéliens ont apporté leur soutien à la pétition des pilotes réfractaires. Le 30 septembre, le Yesh Gvoul, un groupe pacifiste israélien, a demandé à la Cour suprême d’ordonner une enquête pour déterminer si un « crime de guerre » avait été commis lors d’un bombardement meurtrier à Gaza en 2002. Au cours d’une opération de « liquidation » d’un chef du Hamas, une bombe d’une tonne avait été larguée sur un quartier résidentiel de la ville causant la mort de 16 civils dont neuf enfants.
Toujours le 30 septembre, le groupe israélien de défense des droits de l’homme, B’Tselem, a dénoncé le tracé de la « clôture de sécurité » israélienne qui, en s’enfonçant bien au-delà de la ligne verte, va « entraîner la violation des droits de 80 000 Palestiniens ». Et B’Tselem de dénoncer l’instrumentalisation par le gouvernement Sharon des peurs de la population israélienne « pour faire avancer ses objectifs politiques ».
À noter également cette pétition, signée par de jeunes Arabes israéliens, enjoignant au président Arafat de mettre un terme à la violence. « Les attentats dans les autobus tuent aussi aveuglément que les missiles (...) Nous sommes tous embarqués dans la même galère, et nous nous sommes malheureusement habitués à la dure réalité d’un cauchemar quotidien », écrit ainsi une jeune Bédouine de 17 ans.
Côté palestinien, les voix sont plus discrètes. Alors que la situation économique dans les territoires palestiniens se détériore un peu plus chaque jour et que l’Autorité ne parvient plus à faire face, le principal représentant de la société civile palestinienne, le « Palestinian Non-Gouvernemental Organisation Network » (PNGO), a dû monter au créneau et assigner une large part de ses ressources à des activités sociales. L’un des fondateurs du PNGO, Izzat Abdel Hadi, s’est toutefois employé, en juillet dernier, à définir le rôle de la société civile palestinienne dans l’établissement de la paix. Un rôle qui s’articule autour de quatre points. La société palestinienne doit, tout d’abord, utiliser ses contacts et partenariats régionaux et internationaux pour soutenir la « feuille de route ». La société civile doit également renforcer ses liens avec son homologue israélienne. Elle doit ensuite encourager la participation des communautés locales au processus de paix en faisant circuler l’information. « Les communautés locales doivent s’approprier la “feuille de route” », souligne Izzat Abdel Hadi qui appelle également à promouvoir « une culture de la paix et une volonté d’accepter l’autre ». Enfin, ce professeur exhorte la société civile palestinienne à participer activement au processus de réforme de l’Autorité palestinienne et à contrôler le processus de démocratisation.
Alors que les solutions venues « d’en haut » ne cessent de montrer leurs limites, le temps est peut-être venu de se tourner vers d’autres options, d’écouter d’autres voix, celles de deux sociétés civiles exaspérées par la violence. Début septembre, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, ne disait pas autre chose lors de la Conférence internationale de la société civile : « La société civile, et en particulier la société civile palestinienne, doit faire entendre sa voix haut et clair contre le terrorisme. (...) Si nous voulons réaliser la vision de la “feuille de route”, la société civile doit faire sa part. » Le message aurait-il été enfin entendu ? Il faut l’espérer, car là pourrait débuter le dernier fil d’Ariane vers la sortie de l’enfer.
Émilie SUEUR
D’Oslo à la « feuille de route ». Dix ans. Dix années au cours desquelles ont été avancées toutes sortes de projets visant à mettre fin au conflit entre Palestiniens et Israéliens. Dix années au terme desquelles le processus de paix est plus que jamais moribond. Aujourd’hui, les acteurs et observateurs du conflit ne cachent plus leur désarroi. Que faire pour enfin clore ce dossier sanglant ouvert il y a plus de cinquante ans ? Un « accord bilatéral » ? Le processus d’Oslo a été signé et enterré. Un plan international ? La « feuille de route » a été adoptée par les deux parties, pour montrer ses limites quelques semaines plus tard seulement. La mise en place d’une force internationale d’interposition ? On la réclame côté palestinien, on la refuse côté israélien, et on évite soigneusement de...