« Dis voir, Maminette… » - Éditions Plon
Honneur aux anciens. Claude Sarraute, plus de 70 ans au compteur, est une des impertinentes chroniqueuses de l’équipe de Laurent Ruquier, animateur des émissions TV On a tout essayé et radio On va sa gêner ! Ancienne du Monde, elle écrit pour l’hebdomadaire Psychologies et surtout est auteur, depuis 1985, de neuf titres de romans qui lui ressemblent comme deux gouttes d’eau : l’équilibre enviable entre la passion de la vie, qui la laisse toujours aussi proche de son temps, et la prise en charge sereine, voire triomphante, de son âge vénérable, dont elle se sert très habilement pour s’ériger en gourou sympathique, tantôt gouailleur, tantôt fleur bleue.
Bref, une aristocrate dévergondée juste ce qu’il faut pour amuser les dames libérées de son âge et pleine de bon sens pour s’attirer l’amitié de femmes de tous âges, perdues entre leur carrière, leurs amours et leurs enfants. Dans son dixième roman, très enlevé, dans un tourbillon de réflexions courtes et bien placées, elle raconte sa relation avec ses trois « filles adoptives », toutes oscillant entre 30 et 50 ans. Une observation drôle, tendre et lucide, qui se sirote rapidement et très agréablement.
Extrait : « Et voilà qu’un mois plus tard je la vois débarquer, toute retournée. – Qu’est-ce qu’il t’arrive, Annie ? – Tu avais raison pour Max. Il me trompe. Avec Sylvie. – Sylvie ? C’est qui, Sylvie ? Le gros thon qu’on a rencontré à la sortie du cinéma l’autre jour ? – Oui, sauf que c’est du thon frais, vingt-quatre ans, emballé, c’est pesé. Elle, ses kilos en trop, ils vont là où il faut, la croupe et les nichons. Je la trouve plutôt sexy, moi. Max aussi apparemment. »
Jamila Aït-Abbas,
« La fatiha», Éditions
Michel Lafon
Un témoignage poignant de près de 250 pages d’une Algérienne qui raconte son mariage forcé, la « fatiha » kabyle, contre laquelle islam tolérant et République française ne peuvent rien. Installée dans la banlieue parisienne, Jamila Aït-Abbas trouve un relatif bonheur au milieu de sa famille : sa mère, qui la bat comme plâtre depuis que son premier mari, pris d’un accès de jalousie, tue leur fille et sa belle-mère. Coincée entre son père buté et silencieux, les tâches ménagères et une vie matérielle précaire à la mort de son beau-père, elle trouve une échappatoire, à 16 ans, quand elle s’embarque pour l’Algérie et le village de sa famille, soi-disant pour des vacances. Mais sa mère en a décidé autrement. Elle la marie de force avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle, et va jusqu’à l’attacher elle-même au lit nuptial pour qu’elle se laisse déflorer. Jamila se rebelle et toute sa vie change. Retour en France, fuites du domicile familial, errances dans Paris, petits boulots : être un individu, surtout quand on est une femme arabe noyée dans une tradition cruelle, est un chemin de croix, une épreuve de force que la jeune femme, envers et contre tout, affronte jusqu’à obtenir un semblant de liberté. Malade, mère d’une petite fille, Jamila Aït-Abbas a pardonné à sa mère. Un témoignage édifiant et bouleversant.
Extrait : « Pour survivre à la violence, j’ai un truc imparable : je me dédouble. À la maison, je suis Jamila la muette, celle qui ne dit rien et qui encaisse le poids des traditions sans broncher. Sous l’emprise des règles du code de l’honneur que mes oncles, eux non plus, ne se privent pas de me rappeler, je me contente de survivre car, quoi que je fasse, je suis cernée de tous côtés (…). Au-dehors, en revanche, même si je prends le risque que l’on m’aperçoive, je me sens plus forte, je suis Jamila le pitre, qui ne pense qu’à rire et s’amuser. »
Paulo Coelho,
« Onze minutes »,
Éditions Anne Carrière
Paulo Coelho, un des grands phénomènes du best-seller de ces 15 dernières années, est irrésistible. Dans un monde brouillé, où les repères sont mouvants, chacun, du plus intellectuel au plus sensuel, cherche un sens à sa vie. L’auteur brésilien sert donc sur un plateau d’argent des vérités toutes simples que ses millions de lecteurs considèrent comme autant de révélations qui ont, pour certains, changé leur vie.
Onze minutes, son huitième roman depuis le succès foudroyant en 1993 de L’alchimiste, s’intéresse au sexe, à travers l’histoire de Maria, qui décide de devenir prostituée, parce qu’elle n’a peur ni de la masturbation, qu’elle pratique avec une innocence et un plaisir sereins, ni de Dieu. Employée dans une boîte de nuit de Genève, elle rencontre deux hommes pendant le court séjour qu’elle fait en Suisse, s’étant promis de rentrer au pays et de s’y acheter une ferme : Terence, le « client spécial » qui lui fait découvrir les chemins inquiétants du sadomasochisme, et Ralf Hart, jeune peintre richissime qui semble avoir beaucoup bourlingué pour son jeune âge et qui lui fera découvrir l’amour.
Bien sûr, dès le début de l’histoire, on voit arriver la fin. Mais l’intérêt du récit du Paulo Coelho consiste non seulement à offrir un nouveau regard sur l’immense marché du sexe, mais aussi à relativiser l’image négative, toujours vivace, de la pratique du sexe. L’auteur brésilien réussit ici un bel équilibre entre évocation directe de certaines pratiques érotiques et défense du sexe comme pendant de la spiritualité. Comme d’habitude, Paulo Coelho tape dans le mille. Il embarque son lecteur qui ne le lâche plus.
Extrait : « Elle regarda l’homme à qui elle avait décidé de se donner sans jamais lui dire ce qu’elle ressentait, parce que ses émotions n’avaient pas encore pris de forme, pas même physique. Il semblait à l’aise, comme s’il traversait une période captivante de son existence. Il souriait, racontait le voyage qu’il avait fait récemment à Munich pour rencontrer le directeur d’un grand musée. »
Nadine de Rothschild,
« Sur les chemins de l’amour», Éditions Robert Laffont
Autre grande prêtresse des lectures estivales, Nadine de Rothschild offre à ses lecteurs ce qu’ils aiment par-dessus tout, même s’ils les connaissent déjà par cœur : les histoires passionnées des people, des happy few et autres têtes couronnées. Sous la forme d’un journal, la baronne raconte ses déplacements à travers l’Europe pour partir sur les traces de Juliette Drouet et de Victor Hugo, à Guernesey, d’Ingrid Bergman et de Roberto Rossellini, à Stromboli ou de Sissi et de François-Joseph, à Vienne. Il va sans dire que la reine du savoir-vivre a aussi une jolie plume et que ses récits, documentés et vivants, ont de quoi accrocher.
Extrait : « Ingrid est au pied du mur, déchirée entre sa passion naissante et sa famille, sa carrière, son sens des responsabilités, son horreur du scandale… Pourtant, elle décide d’écouter son cœur, d’affronter les critiques, de mettre son avenir en péril et de se jeter dans l’inconnu. Car que sait-elle de cet homme ? Pratiquement rien. Il a 42 ans et, malgré un physique quelconque et une calvitie précoce, elle a pu constater que c’était un séducteur. A-t-elle déjà conscience que la fidélité n’est pas son fort ? Avant elle, il a connu une vie sentimentale agitée, séparé de sa femme qui lui a donné deux fils, il a eu plusieurs compagnes, dont la dernière en date est l’actrice Anna Magnani. »
Wendy Buonaventura,
« I Put A Spell On You »,
Éditions Saqi
Le sous-titre de ce livre suffit à éveiller la curiosité : « Dancing Women from Salome to Madonna». L’auteur, elle-même danseuse et auteur du best-seller américain Serpent of the Nile, s’est lancée dans une étude dense de quelque 300 pages sur le sujet de la danseuse et de toutes ses représentations, tant mythiques que très contemporaines. Neuf chapitres, abordant le thème selon l’angle thématique plutôt qu’historique, jalonnent l’ensemble, qui envisage l’image de la danseuse sous toutes ses coutures : sociale, sexuelle, économique, symbolique et rituelle. Très fourni en témoignages, cet ouvrage, écrit en anglais, est aussi curieux qu’intéressant.
Extrait : « Isadora (Duncan), la coqueluche de deux continents, est devenue la proie des potins mondains, et les journaux ont plus d’une fois révélé qu’elle avait essayé de se suicider en mer. Elle était lourdement désargentée et ses dettes étaient considérables. Désormais habituée à avoir pris goût aux belles choses, Isadora refusait de revenir à une vie plus simple. Elle avait pris du poids et le chorégraphe Balanchine, qui l’a vue danser à cette époque, raconte qu’elle était “grosse et ivre, roulant sur scène comme un cochon ”. Mais d’autres étaient émus aux larmes par ce qu’elle créait. »
Dr Paul Hauck,
« Comment se débarrasser des emmerdeurs »,
Éditions Michel Lafon
« Ne vous laissez plus marcher sur les pieds ! » : un sous-titre qui en dit long sur les souffrances, légères ou douloureuses, de ceux qui, trop faibles, se laissent envahir, voire anéantir par ceux qui sont unanimement qualifiés d’emmerdeurs. L’intérêt de ce guide, qui peut s’avérer indispensable, c’est qu’il est rédigé par un psychologue qui, comme le veut une mode éditoriale anglo-saxonne qui a largement fait ses preuves, aborde le sujet en donnant des exemples, sous couvert d’anonymat, vécus par ses propres patients. Les emmerdeurs, pour être visibles à l’œil et envisagés rationnellement, sont classés par catégorie. D’aucuns s’y retrouveront, quand d’autres reconnaîtront des proches et des collègues: tyrans, brutes, «losers», sales gosses, les casse-pieds, ils sont tous là et Paul Hauck les passe systématiquement au bistouri et donne ses conseils, avisés et dénués de tout jargon, et ses modes d’emploi suivant le type d’emmerdeur recensé. Le livre pour vivre, enfin, de vraies vacances.
Extrait : « Une de mes patientes évoquait son père : il ne supportait pas d’être le dernier dans une file d’attente. Au cinéma, malgré la queue, il se présentait directement au guichet sous prétexte de poser une question et en profitait pour acheter deux billets. Cela lui importait peu d’avoir doublé la dizaine de personnes qui auraient dû passer avant lui. Car ces sales gosses ne se préoccupent que de leur propre intérêt. »
Diala GEMAYEL


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