Les soldats séditieux, rentrés dans le rang dimanche en fin de journée, avaient auparavant réclamé la démission de la présidente Gloria Arroyo, de son ministre de la Défense, Angelo Reyes, et du chef du renseignement, en les accusant d’une série de manœuvres tortueuses destinées à convaincre les États-Unis d’accroître leur aide militaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Au nombre des machinations avancées par les mutins figurait en particulier la collusion de la haute hiérarchie militaire avec les groupes rebelles, qui auraient été en mesure de se procurer armes et munitions provenant des arsenaux de l’armée régulière, retrouvées au cours des opérations dans le sud de l’archipel.
Or le plus important groupe de rebelles musulmans philippins a reconnu hier avoir réussi a acheter à des militaires des armes et des munitions. « Nous déduisons de nos simples observations que des armes proviennent des arsenaux (du gouvernement) », a déclaré Eid Kabalu, porte-parole du Front Moro islamique de libération (MILF), insurgé contre le pouvoir central depuis 25 ans.
Les mutins avaient en particulier cité le MILF au nombre des groupes rebelles auxquels une hiérarchie militaire corrompue aurait, selon eux, vendu des armes.
Le porte-parole du MILF a cependant affirmé être « certain qu’il n’existe pas de collusion » entre les rebelles musulmans et le pouvoir central et que ce sont vraisemblablement des militaires subalternes qui individuellement auraient vendu aux rebelles des armes et des munitions.
« Il n’existe pas de lien direct entre le MILF et les forces armées philippines », a ajouté le porte-parole du mouvement rebelle.
L’autre accusation du groupe des mutins, dont quatre chefs ont été formés par les forces spéciales américaines à la lutte antiterroriste, portaient sur des attentats dans le Sud commis, selon eux, à l’initiative du chef du renseignement militaire, le général Victor Corpus, pour en faire porter ensuite la responsabilité sur les musulmans et convaincre Washington d’augmenter son assistance militaire.
Tout en affirmant que ces accusations sont « sans fondement », le général Corpus a démissionné hier de son poste afin de mettre un terme à ce qu’il appelle « l’agitation » dans l’armée qui a suivi l’échec de la mutinerie. Dans une lettre à la présidente Gloria Arroyo, le général Corpus affirme quitter ses fonctions afin de préserver l’unité et la stabilité de l’armée.
En acceptant sa démission, Mme Arroyo a qualifié le général d’officier « honorable » et décidé de le conserver au sein de la hiérarchie militaire. Hier, elle s’est engagée à ne rien dissimuler dans l’enquête qu’elle a ordonnée sur les causes profondes de la mutinerie.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir