« Nous commençons à voir un rebond, les gens sont plus confiants », constate David Wyss, principal économiste de Standard and Poor’s.
« Le niveau d’activité est plus élevé qu’au cours des trois années passées », renchérit Hugh Johnson, directeur des investissements de la banque First Albany, même s’il juge que « nous n’en sommes qu’au stade initial » d’une reprise de l’activité du secteur.
Depuis la fin du printemps, les entreprises ont retrouvé un certain appétit pour les acquisitions, à l’instar du rachat de DirectTV par News Corp, de celui du gestionnaire de fortune Neuberger Berman par Lehman Brothers, ou encore de la vente par Aegon de sa filiale Transamerica Finance Corporation à General Electric.
Guy Moskowski, analyste de Merrill Lynch, note également qu’une « poignée d’offres publiques d’achat (OPA) hostiles témoigne d’une attitude plus agressive chez les PDG ».
Ainsi, le numéro deux mondial des logiciels Oracle a-t-il lancé une offensive sur le fabricant de progiciels PeopleSoft, alors que celui-ci vient d’absorber J.D. Edwards, tandis que le groupe canadien d’aluminium Alcan tente de mettre la main sur son rival Pechiney contre son gré.
Le secteur est cependant loin d’avoir retrouvé tout son allant. Robert McMillan, analyste boursier de Standard and Poor’s, juge que « beaucoup de sociétés sont déjà largement valorisées en Bourse, je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de bonnes affaires qui traînent ».
David Wyss remarque pour sa part que beaucoup d’opérations en cours sont initiées par des « sociétés en détresse », qui cèdent tout ou partie de leur activité pour rembourser leurs montagnes de dettes.
C’est le cas de Vivendi, qui essaie de céder son unité de divertissement, une vente qui s’annonce comme l’un des plus gros « deals » de l’année.
D’après M. Wyss, les entreprises, encore convalescentes après la crise financière des dernières années, se montrent plus « conservatrices et rationnelles » que par le passé. « Il y a plus de rachats de sociétés similaires. Les entreprises n’étendent pas leur champ » d’activité, indique-t-il.
Une attitude qui contraste avec la « folie des conglomérats » à la fin des années 70 et au début des années 80, et à la frénésie qui a entouré les jeunes pousses de l’Internet dans les années 90.
Plutôt que des fusions géantes et risquées, les analystes prévoient des transactions stratégiques dans lesquelles les principales sociétés d’un secteur prennent le contrôle de leurs rivaux moins performants.
D’après David Wyss, une autre tendance significative du moment est que les rachats actuels se font avec du cash et non pas par échanges d’actions.
« Beaucoup d’entreprises disposent de montagnes de liquidités », car elles avaient suspendu leurs investissements pendant la crise, explique-t-il.
À l’inverse, « dans les années 90, les actions, qui étaient surévaluées, représentaient une monnaie de rachat bon marché. AOL Time Warner (dont le prix de l’action s’est complètement effondré après l’explosion de la bulle Internet, ndlr) en est l’exemple le plus probant », affirme-t-il.
M. Wyss s’attend à ce que les opérations de fusion et de rachat prennent place surtout dans les secteurs de la haute technologie et des biotechnologies. Il anticipe aussi des « ventes de détresse » dans les télécoms, « en raison de l’énorme surcapacité de ce secteur ».


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