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Une partie de l’opposition bataille pour qu’il y ait duel...

Dès les premiers moments, la cause paraissait entendue. La disparition du regretté Pierre Hélou ne devait pas provoquer de complications internes. Les deux ans restants seraient assumés par son fils, Henri. Au nom d’une tradition qui tient autant à la civilité, ou à la concorde, qu’à des considérations de fidélité au niveau de la représentation populaire.

En effet, dans cet esprit, qui peut mieux qu’un proche garantir, aux yeux de l’opinion, que la confiance placée dans un véritable élu ne serait pas trahie ? Dès les premières heures, Walid Joumblatt se prononçait dans ce sens et le faisait savoir au patriarche Sfeir, par le biais d’une estafette de qualité. Talal Arslane s’est dit aussitôt du même avis. Imité par les clés électorales chiites du Hezbollah et du mouvement Amal.
Arithmétiquement, le problème semblait résolu avant même d’avoir été posé. Mais, très vite, des voix diverses se sont élevées pour défendre le principe d’une élection effective. Des modérés ont ainsi fait savoir que, tout en se félicitant de la candidature de Henri Hélou et en souhaitant sa victoire, il fallait une compétition. Au nom de la démocratie bien comprise. Des ultras, comme Michel Aoun, indiquaient de leur côté qu’il fallait, avant tout, rejeter tout processus à caractère népotique, toute allégeance automatique, toute dévolution successorale affectant le droit de libre-arbitre reconnu au peuple souverain. Une position en flèche, au titre des principes, qui va plus loin que la question de principe invoquée par les modérés. Et a fortiori, plus loin que l’adhésion à une élection d’office. Au sein même du principal groupe opposant de l’Est, Kornet Chehwane, les trois options se confrontent, sinon s’affrontent, aujourd’hui.
Ainsi, l’un des piliers de la Rencontre, parodiant le Saddam de la guerre du Koweït, va jusqu’à soutenir qu’à Baabda-Aley, l’opposition doit fourbir ses armes, pour livrer « la mère des batailles ». Faisant fi des attentistes, cette source soutient que la contestation, pour être conséquente avec elle-même, doit nécessairement engager l’épreuve de force avec le pouvoir. Et se trouver un candidat, capable sinon d’emporter le scrutin du moins de marquer un score honorable. Non seulement pour des raisons d’idéologie, mais aussi pour planter des jalons en vue des prochaines législatives générales. Cette personnalité affirme qu’au fond une telle approche reste celle qui correspond le mieux à la trajectoire de Pierre Hélou lui-même. Le député disparu avait en effet été le seul, dans la circonscription, à percer la liste principale parrainée par Joumblatt avec la bénédiction des décideurs, donc du pouvoir local. Sur le plan pratique, des contacts sont donc entrepris pour persuader l’Est de rejoindre l’idée d’un candidat commun face à Henri Hélou. Le nom le plus couramment cité est celui de l’ancien bâtonnier, Chakib Cortbaoui, membre dynamique de Kornet Chehwane.
Cependant, d’autres sources de Kornet Chehwane, tout en admettant la nécessité d’une élection effective, avouent qu’à leurs yeux le mieux reste d’éviter tout climat de défi. Le succès de Henri Hélou paraissant largement assuré, ces personnalités chrétiennes préfèrent qu’il n’y ait pas de tension avec les druzes. Ni de rupture trop prononcée avec Joumblatt. Afin de ne pas compromettre les efforts déployés par le patriarche Sfeir, à travers ses tournées dans la Montagne, pour consolider la coexistence et ouvrir la voie à une véritable réconciliation. Cependant, ces mêmes sources imputent à Joumblatt d’avoir commis une erreur, en se précipitant pour proclamer ses choix sans prendre la peine de se concerter avec les parties localement concernées. En d’autres termes, ce climat de défi que l’on veut prévenir risque de prendre ses germes dans une orientation joumblattiste qui a tout l’air d’un fait accompli que l’on veut imposer à tous.
D’autre part, ajoutent les mêmes sources, on peut trouver suspect que certaines parties se soient hâtées de faire acte d’allégeance à Henri Hélou. Comme pour provoquer exprès des réactions contraires et susciter des tensions, voire des frictions. Qui serviraient de prétexte, selon ce raisonnement complexe, au maintien prolongé des forces syriennes présentes dans cette région centrale du pays.
Grosso modo, cependant, les réticences exprimées par cette composante de Kornet Chehwane ne les empêchent pas de préférer qu’il n’y ait pas de véritable bataille à Baabda-Aley. Les intéressés font valoir que le rapport de force ne peut pas être inversé, qu’on perdrait trop d’énergies et de possibilités ultérieures d’alliances rentables, dans un duel dont l’enjeu est tout à fait secondaire.
Ce ne sont pas du tout les avis, répétons-le, de leurs partenaires radicaux qui affirment, pour leur part, que, comme au Metn, l’opposition est tenue de rechercher le bras de fer. Et de s’unifier autour d’un candidat fort, pour dire non au pouvoir comme aux décideurs et à leur fameux remote control. D’autant que le déroulement de la campagne peut modifier les donnes pour les prochaines législatives, comme, éventuellement, pour la présidentielle.
Pour tout dire, au sein de Kornet Chehwane, il y a aujourd’hui des colombes, des faucons et des quasi-neutres. Qui proclament tous, étrangement, qu’il est nécessaire de parler d’une seule et même voix. Chacun signifiant par là, bien entendu, que cela doit être la sienne propre.

Philippe ABI-AKL
Dès les premiers moments, la cause paraissait entendue. La disparition du regretté Pierre Hélou ne devait pas provoquer de complications internes. Les deux ans restants seraient assumés par son fils, Henri. Au nom d’une tradition qui tient autant à la civilité, ou à la concorde, qu’à des considérations de fidélité au niveau de la représentation populaire.En effet, dans cet esprit, qui peut mieux qu’un proche garantir, aux yeux de l’opinion, que la confiance placée dans un véritable élu ne serait pas trahie ? Dès les premières heures, Walid Joumblatt se prononçait dans ce sens et le faisait savoir au patriarche Sfeir, par le biais d’une estafette de qualité. Talal Arslane s’est dit aussitôt du même avis. Imité par les clés électorales chiites du Hezbollah et du mouvement Amal.Arithmétiquement, le...