« Nous ne pouvons pas accepter de telles accusations ou nous taire (...). Les faits doivent être rendus publics », a déclaré le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal.
Le ministre s’exprimait mercredi lors d’une conférence de presse à Djeddah, sur la mer Rouge, une semaine après sa visite à Washington où il était allé plaider la cause de son pays auprès du président américain George W. Bush, pour la publication de 28 pages, classées secret défense par l’Administration américaine, d’un rapport d’enquête du Congrès sur les attentats du 11 septembre.
Ces pages contiennent, selon la presse, des éléments impliquant les autorités saoudiennes dans ces attentats.
La partie publique du document mentionne qu’Omar al-Bayoumi, un étudiant, soupçonné d’avoir été associé à deux des auteurs des attentats et dont le salaire était versé par l’autorité saoudienne de l’Aviation civile, semblait avoir accès à des fonds illimités en provenance d’Arabie saoudite.
Ce que Ryad a fermement démenti, en exigeant la publication des passages l’incriminant pour pouvoir y répondre. La presse saoudienne, montée au créneau, a crié au complot du lobby juif aux États-Unis et des néoconservateurs au Pentagone notamment.
« Des groupes travaillant derrière des portes closes au Pentagone planifient et montent des campagnes mensongères. Ils préparent de faux rapports hostiles aux Arabes, et plus particulièrement à l’Arabie saoudite, au profit d’Israël et du lobby qui lui est fidèle aux États-Unis », a écrit hier le journal an-Nadoua.
Ce quotidien – qui exprime, à l’instar des autres journaux saoudiens, un point de vue proche de celui des autorités de Ryad – avertit que « l’Amérique se rendra un jour à l’évidence que certains aventuriers sont en train de mettre sa politique au bord du gouffre dans l’intérêt d’un pays agresseur dans la région, Israël ».
Rejetant les accusations américaines comme « très, très graves », le prince Saoud a d’ailleurs estimé que les mesures prises à l’encontre de l’Arabie saoudite après les attentats du 11 septembre avaient porté « un préjudice aux intérêts américains et saoudiens, beaucoup plus grand que les avantages tirés par les États-Unis pour leur sécurité ».
« Le royaume ne peut se laisser faire pour être victime d’accusations infondées et aux objectifs suspects dans une affaire aussi importante que la lutte contre le terrorisme », a ajouté le ministre.
Son pays, dont sont originaires 15 des 19 auteurs des attentats du 11 septembre ayant fait quelque 3 000 morts, s’estime lui-même victime du terrorisme.
Il est ainsi engagé dans une véritable traque aux islamistes extrémistes ou liés au réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden, qui a conduit à l’arrestation de quelque 150 suspects et au démantèlement de cellules d’extrémistes, notamment depuis le triple attentat à Ryad ayant fait le 12 mai 35 morts.
Parallèlement, les dirigeants saoudiens tentent d’enrayer le fanatisme religieux dans le royaume, en amorçant une ouverture politique en direction des réformateurs.
À ce titre, le prince héritier Abdallah ben Abdel Aziz, qui dirige de facto le royaume, a annoncé dimanche la création du Centre du roi Abdel Aziz pour le dialogue national pour renforcer et élargir la concertation dans le pays.

